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David
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Evangiles
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Berder Michel
La figure du roi David dans le Nouveau Testament
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Le nom propre de David apparaît 59 fois dans le Nouveau Testament...
 

Le nom propre de David apparaît 59 fois dans le Nouveau Testament. Même là où le titre de roi ne lui est pas attribué formellement, son statut royal se trouve à l'arrière-plan d'une grande partie de ces textes. C'est essentiellement dans le cadre de la christologie que ces références sont exploitées.

On peut observer que la répartition des occurrences entre les différents corpus est inégale: 37 mentions dans les évangiles synoptiques (sept dans Mc, dix-sept dans Mt, treize dans Lc), onze dans les Actes, deux dans l'évangile de Jn, trois dans Rm, une dans 2 Tm, deux dans He, trois dans Ap. À cette liste il conviendrait d'ajouter quelques passages qui font appel à d'autres désignations, comme le rejeton de Jessé (cf. Rm 15,12). Il est instructif de passer brièvement en revue ces différents ensembles.

L'évangile de Marc

Mc cite sept fois le nom de David. Aucune de ces mentions ne lui est propre. Elles ont toutes des parallèles à la fois en Mt et Lc.

La première référence se lit dans une parole de Jésus au sein d'un bref récit, en Mc 2,2328. Mis en cause par des pharisiens reprochant à ses disciples d'avoir arraché des épis de blé un jour de chabbat, il renvoie ses interlocuteurs à un épisode de la vie de David relaté en 1 S 21,2-7 : « Vous n'avez donc jamais lu ce qu'a fait David, quand il s'est trouvé dans le besoin et qu'il eut faim, lui et ses compagnons ? » Même si, dans l'itinéraire de David, ce fait prend place après l'onction par Samuel (1 S 16,13), ce n'est pas sa qualification royale en tant que telle que Jésus prend comme élément de référence, c'est son prestige, son autorité en matière de comportement, de halakhah, afin de faire saisir le sens des prescriptions du chabbat.

Les six autres mentions de David sont concentrées dans trois péricopes situées en Mc 10 -12. Elles font toutes appel au titre de Fils de David.

En Mc 10,46-52 il s'agit de la guérison de l'aveugle Bartimée. Celui-ci interpelle Jésus par deux fois, en style direct : « Fils de David, prends pitié de moi ! » (v. 47.48, la première apostrophe comporte, en outre, le nom propre Jésus). Certains commentateurs suggèrent de voir dans cette désignation une allusion à Salomon, le fils de David, dont la tradition juive a valorisé les qualités de réalisateur de miracles. Mais le contexte de l'évangile conduit surtout à l'interpréter comme titre messianique, faisant écho à la prophétie de Natan en 2 S 7.

En Mc 11,9-10, lors de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, la foule l'acclame : « Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Béni soit le règne qui vient, celui de notre père David ! Hosanna dans les hauteurs ! » L'acclamation Hosanna ! et la formulation de la première bénédiction proviennent de Ps 118,25-26. Le texte évangélique au v. 10 ajoute deux précisions: le thème du règne et la mention explicite de David. Ce procédé accentue la dimension messianique de la mise en scène qui revêt des traits à la fois liturgiques et politiques.

Mc 12,35-37 rapporte un enseignement donné par Jésus dans le temple. Dans ces versets, il prononce par trois fois le nom de David. D'abord, il évoque en style indirect l'emploi par les scribes du titre de fils de David pour désigner le messie. Puis, faisant allusion à la tradition juive qui reconnaît en David l'auteur du psautier, il cite textuellement Ps 110,1 comme parole de David, lui-même, inspiré par l'Esprit Saint. Puis il ajoute un commentaire sur ce verset psalmique en faisant remarquer que le titre de Seigneur y est appliqué à~ la fois à Dieu et au messie : « David lui-même l'appelle Seigneur, alors, de quelle façon est-il son fils ? » Jésus en reste à cette interrogation qui invite à la réflexion sur la portée des titres qui lui sont donnés. La conclusion de l'épisode est une brève notice du narrateur qui signale l'accueil positif que lui réserve la foule.

En résumé, chez Mc, la mention de David se comprend surtout en référence à l'attente messianique. On peut noter que jamais ce nom n'est employé directement par l'évangéliste. Et la dernière séquence évoquée montre que Jésus lui-même invite à s'interroger sur les implications du titre de fils de David.

L’évangile de Matthieu

En comparaison avec Mc, la lecture de Mt présente quelques traits originaux. Dès son premier verset, I'évangéliste souligne lui-même le lien qui rattache Jésus à David : Livre de l'origine de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham. Dans la généalogie qu'il reproduit en commençant à Abraham, il précise : Jessé engendra David, le roi. David engendra Salomon, de la femme d'Urie (Mt 1,6). Alors que cette liste comporte plusieurs noms de rois, on peut observer que David est le seul pour lequel cette qualification est explicitement signalée. Dans la généalogie de Mt, c'est par la mention de Joseph que la naissance de Jésus se rattache à la lignée davidique, tout en ménageant une place particulière pour Marie, ainsi que l'indique le v. 16 : Jacob engendra Joseph, I'époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, appelé Christ. En finale, le v. 17 récapitule en ces termes l'ensemble des données fournies : Le total des générations est donc : d'Abraham jusqu'à David, quatorze générations; de David jusqu'à la déportation de Babylone, quatorze générations; de la déportation de Babylone jusqu'au Christ, quatorze générations. Dans la mise en relief du chiffre quatorze on peut reconnaître l'usage du procédé de gematria, qui exploite la valeur numérique des lettres de l'alphabet. Ce chiffre correspond aux lettres DWD, qui forment le nom de David en hébreu. Un écho de cette généalogie se retrouve quelques versets plus loin, lors de l'annonce de la naissance de Jésus à Joseph. L'ange du Seigneur apparaît en songe en le saluant ainsi : « Joseph, fils de David » (Mt 1,20).

Sans que le nom de David soit prononcé, l'épisode de la visite des mages en Mt 2,1-12 fait appel à la tradition juive qui établit un lien entre Bethléem de Judée et le lieu de naissance du messie attendu, chef et berger d'Israël. Les paroles prophétiques auxquelles renvoient les scribes interrogés par Hérode d'après Mt 2,6 se comprennent en référence à la figure de David (voir Mi 5,1; 2 S 5,2; 1 Ch 11,2).

Dans la suite de son évangile, Mt fait un large emploi du titre de fils de David (neuf attestations). Il le mentionne lors de divers récits de miracles: en Mt 9,27-31 (épisode propre à Mt), guérison de deux aveugles qui interpellent Jésus en lui disant : « Prend pitié de nous, fils de David »; en Mt 12,23, interrogation des foules stupéfaites devant la guérison d'un démoniaque aveugle et muet : « Celui-ci n'est-il pas le fils de David ? »; en Mt 15,22, interpellation d'une Cananéenne en faveur de sa fille possédée : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! » Ce dernier exemple est particulièrement significatif car il met en scène une femme païenne.

Dans sa présentation de l'entrée triomphale à Jérusalem, Mt fait dire à la foule : « Hosanna au fils de David! » (Mt 21,9: formule qui ne se lit ni chez Mc ni chez Lc). La même expression se retrouve en Mt 21,15 sur les lèvres d'enfants qui reconnaissent les actions étonnantes qu'il accomplit dans le Temple. Mt est le seul des évangélistes à signaler à cette occasion que Jésus, dans le temple, guérit des aveugles et des boiteux. Or, ces deux catégories de personnes étaient frappées d'exclusion, selon une formule qui fait explicitement référence à David en 2 S 5,8.

Parmi les quatre évangiles, Mt est celui qui nomme le plus souvent David. On peut retenir que, non seulement il reprend à son compte toutes les références présentes chez Mc, mais il donne une plus grande ampleur à la thématique du fils de David, en particulier dans les récits de miracle. De plus, en prélude à son récit, il met d'emblée en relief, pour son lecteur, l'appartenance de Jésus à la lignée de David. Ces données rejoignent un certain nombre de traits qui montrent l'insistance de cet évangile sur les relations de Jésus avec la tradition juive.

(...)

© Michel Berder, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Evangile n° 166, (décembre 2013), "Le roi David (1 S 16 à 1 R 2)", p. 27-29.

 
 
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