545
Exégèse
1531
François d'Assise
116
Dahan Gilbert
Y a-t-il une exégèse franciscaine ?
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La production littéraire des Franciscains au XIIIe siècle est abondante et aussi savante que celle, par exemple, des dominicains...
 

Y a-t-il une spécificité de l’exégèse franciscaine, particulièrement dans les premiers temps de l’histoire de l’ordre, au XIIIe siècle ? Le refus de la science que l’on prête parfois à saint François a-t-il eu des répercussions par la suite ?

Répondons d’abord brièvement à cette seconde question : la production littéraire des Mineurs au XIIIe siècle est abondante et aussi savante que celle, par exemple, des dominicains. On verra qu’il faut nuancer l’impression que l’on a à propos des rapports de saint François avec la science ; s’il s’affirme lui-même ignorant (idiota) et simple, si l’une des anecdotes les plus connues qui le concernent est celle du « sermon aux oiseaux », la lecture des textes qu’il a pu rédiger laisse percevoir immédiatement un intérêt pour l’Écriture sainte – et, au xiiie siècle, l’intérêt pour l’Écriture sainte exclut une lecture qui ne s’appuierait pas sur toute une tradition d’enseignement et d’exégèse – que l’on soit du côté du maître ou du côté du disciple ; les mises en garde de la seconde épître de Pierre ne sont pas ignorées.

Bien plus : François se rend compte assez rapidement que la période des débuts du troupeau modeste et fruste est bien dépassée : c’est maintenant une communauté qui s’est développée autour du saint homme, qui exige une structuration sur tous les plans, y compris sur celui de l’étude. L’adhésion d’Antoine de Padoue offre alors des possibilités pour un enseignement de qualité et la lettre que lui envoie François (voir p. 00) marque en quelque sorte son approbation, pourvu que ne soient pas oubliés les principes fondateurs, une vie guidée par la prière et la dévotion. Dès les années 1230, l’entrée dans l’ordre de plusieurs maîtres au faîte de leur gloire, comme Alexandre de Halès, va accélérer le développement des acquis culturels et les exigences intellectuelles. Saint Bonaventure, à la fois maître et penseur d’une profonde spiritualité, représente la perfection d’un idéal.

Sur le plan des études bibliques, la production franciscaine se fonde sur les principes (herméneutique) et sur les méthodes qui sont partagés par l’ensemble des exégètes du xiiie siècle. L’utilisation de procédés comme la division du texte ou la distinction, qui donnent un aspect très technique aux commentaires, fait partie des écrits franciscains ; de même, le recours aux questions doctrinales ou théologiques qui mènent à un approfondissement du donné scripturaire est aussi présent dans les commentaires franciscains que dans le reste de la production exégétique, dominicaine ou séculière. Davantage, formés dans les studia de l’ordre ou à l’université, les étudiants franciscains acquièrent rapidement l’ensemble des savoirs exigés dans le cursus des études, y compris dans le domaine profane ; et, dans les commentaires bibliques, Aristote est cité autant par Bonaventure que par Thomas d’Aquin.

Alors peut-on parler d’une spécificité franciscaine ? Il semble que oui. Mais elle ne concerne ni l’herméneutique ni les méthodes d’exégèse. Elle réside plutôt dans la récurrence d’un certain nombre de thèmes ou d’attitudes, qui ne sont certes pas exclusifs aux franciscains mais semblent bien avoir chez eux davantage de poids.

La référence à François d’Assise

Prenons pour commencer le thème le plus évident : la référence au fondateur de l’ordre. Là encore, on aurait tort de rechercher systématiquement sa présence dans les commentaires ; en fait, elle est discrète mais significative. On observe qu’Antoine de Padoue ne nomme jamais François dans ses sermons ; est-ce parce que le matériau qui est réuni dans le recueil est antérieur à l’entrée d’Antoine chez les frères mineurs ou plutôt parce que François est encore en vie ou bien mort depuis trop peu de temps (François meurt en 1226, Antoine en 1231) ? C’est à partir de la génération suivante que les mentions de saint François apparaissent dans les commentaires bibliques. Bonaventure, à qui le chapitre de Narbonne (1260) avait confié la rédaction de la biographie officielle, la Legenda maior, cite plusieurs fois le fondateur des Mineurs dans ses commentaires.

(...)

© Gilbert Dahan, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Evangile n° 169, (septembre 2014), "François et ses frères, lecteurs de la Bible au XIIIe siècle", p. 3-4.



 
 
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