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Exil
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Sevin Marc
La crise de l'Exil
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Dieu a-t-il encore une parole à dire à ceux qui viennent de tout perdre ?
 

« Oracle du Seigneur ! Dieu vous parle... » les prophètes ont fait leur travail. Au moment des alliances entre tribus, puis au temps de David et de Salomon, et surtout lors de la période des royaumes séparés du Nord et du Sud, ils méditent l'histoire passée et y découvrent l'empreinte de Dieu. Ils peuvent ainsi se faire les interprètes de Dieu pour maintenir la cohésion du peuple autour d'une même foi. Mais les deux royaumes ont disparu, chacun à leur tour, emportés par les grandes puissances voisines. Jérusalem est tombée et la population active a été emmenée de force en exil à Babylone. Dieu a-t-il encore une parole à dire à ceux qui viennent de tout perdre ?

Ses prophètes comme Ézéchiel ou celui qu'on appelle le « Second Isaïe » s'efforcent de rassurer les déportés. Comment désespérer lorsqu'on sait que Dieu réalise toujours ce qu'il dit ? Si le Seigneur a été capable jadis de délivrer son peuple de la servitude au pays d'Égypte, II peut maintenant renouveler son geste : l'Exode de Babylone sera plus merveilleux que celui du temps de Moïse. Les histoires saintes du passé qui célèbrent les interventions de Dieu, sa Parole, garantissent le succès de l'avenir. Il faut donc garder courage dans les épreuves présentes.

Mais voilà. L'Exil dure une cinquantaine d'années, le temps de deux générations... Le rêve du bel Exode s'est évanoui. Pour les rescapés rentrés au pays la situation est loin d'être aussi belle que celle prévue et chantée par les prophètes. Leurs maisons et leurs biens ont été accaparés. Le Temple est toujours en ruines. Plus aucune muraille ne protège Jérusalem. La royauté bénie de David est définitivement morte. L'administration est aux mains des étrangers. La litanie des malheurs est longue... Les prophètes se seraient-ils trompés ? Auraient-ils mal compris le message de Dieu dont ils se disaient les porteurs ? Quelques prophètes malgré tout essaieront encore d'annoncer des temps meilleurs, mais qui peut les écouter ? Dieu semble ne plus répondre. Dieu se tait.

Comment croire ?

Les prophètes ont disparu. Est-il encore possible de connaître la pensée de Dieu ? À qui se fier ? Autrement dit, comment vivre ce silence de Dieu ? Deux réponses vont être données. L'une provient du mouvement « apocalyptique » : elle se nourrit de la certitude que Dieu bientôt brisera son silence; ce Jour-là notre monde disparaîtra pour faire place au monde nouveau que Dieu prépare. L'autre n'est pas nouvelle; elle reprend et développe la réflexion des sages. Un bon tiers de la bible catholique est formée par des écrits de sagesse, rien de moins ! Mais qu'est-ce qui explique le succès des sages dans cette période qui va de l'Exil à Jésus ?

L'observation de la vie

« Mieux vaut un plat de légumes là où il y a de l'amour qu'un bœuf gras assaisonné de haine » (Proverbes 15,17). « Qui est lent à la colère est très raisonnable, l'homme irascible étale sa folie » (Proverbes 14,29). La réflexion de sagesse ne date pas de l'Exil; elle a toujours existé en Israël. À partir dé l'observation de la vie quotidienne, les sages cherchent à établir des règles, des orientations qui permettent de conduire adroitement sa barque au milieu des récifs, de bien réussir sa vie malgré les dangers qui menacent. En Israël, vivre en sage c'est, bien sûr, chercher la voie du bonheur, mais c'est aussi et surtout chercher à se mettre en harmonie avec Dieu qui est le Sage par excellence. La sagesse des hommes est comme le reflet de la sagesse de Dieu. Elle n'est donc pas à négliger. Elle est un chemin d'accès à la connaissance de Dieu.

Les sages d'Israël ne se sont pas contentés de dresser un catalogue de maximes de bonne conduite. Leur réflexion a pris en compte tous les secteurs de la vie de leurs contemporains comme par exemple l'éducation, la vie en société, l'amour, la souffrance, la mort...

La crise de l'Exil

La crise de l'Exil n'a pas touché les sages de la même manière que les prophètes. La réflexion des sages part de la vie quotidienne, celle des prophètes directement de la Parole venant de Dieu. Les sages n'ont pas été balayés par la drame de l'Exil parce qu'ils n'étaient pas, comme les prophètes, directement liés aux grandes institution qui structuraient le peuple : la terre, le Temple, la royauté. La disparition des prophètes les a mis en avant, eux qui restaient souvent au second plan dans la vie de la nation.

Les sages d'après l'Exil ne veulent pas douter malgré le silence apparent de Dieu. La situation précaire du peuple, ou de ce qu'il en reste après l'Exil, va les pousser à reprendre et à approfondir la réflexion que leurs prédécesseurs avaient déjà amorcée depuis le temps de Salomon.

Le livre de Job témoigne par exemple de l'approfondissement de la question de la souffrance injuste. Des sages vont affirmer haut et clair qu'on ne peut plus tenir l'affirmation classique selon laquelle celui qui fait le bien est toujours récompensé et celui qui fait le mal toujours puni. La souffrance, même si on ne peut l'expliquer, n'est pas une punition pour des fautes connues ou cachées. Les faits montrent que la souffrance s'attaque au juste comme au méchant. Comment Dieu peut-il laisser souffrir le juste ? La question est clairement posée même si elle ne reçoit pas de réponse satisfaisante.

D'autres sages iront jusqu'à dénoncer l'absurdité de la vie (cf. le livre de Qohélet) tout en conseillant de vivre quand même et de profiter des bons moments que Dieu donne.

Derrière Job, derrière Qohélet, nous devinons que les sages dessinent la situation du peuple d'Israël après l'Exil.

Des questions nouvelles

Si jadis les sages pouvaient penser découvrir facilement la sagesse de Dieu, maintenant ils vont être plus réservés, au vu de la faiblesse et de la misère de leurs frères. Certains vont être amenés à penser qu'il n'est pas possible de trouver le chemin de la sagesse de Dieu. Les limites que sont la mort, la souffrance et même l'absurdité de la vie ne démontrent-elles pas qu'il y a un fossé infranchissable entre Dieu, et nous. Dieu reste Dieu, on ne peut l'approcher. La seule chose que nous puissions faire est encore de suivre les traditions des anciens : « La crainte de Dieu, voilà la Sagesse » (Job 28,28).

Sagesse et Parole de Dieu

Conjointement au mouvement prophétique, les sages ont toujours essayé de décrypter dans la vie ordinaire de tous les jours comment Dieu pouvait nous indiquer le chemin du bonheur, autrement dit comment Dieu peut nous parler à parti du banal de la vie quotidienne. Le dernier stade de la réflexion des sages d'Israël a nourri l'espérance d'une venue prochaine de Dieu. Les chrétiens verront dans l'Esprit Saint ou dans Jésus la manifestation de cette Sagesse de Dieu. Ils se serviront des réflexions des sages sur la Sagesse en personne pour éclairer le mystère de Jésus.

© SBEV. Marc Sevin

 

 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org