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Décalogue
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Gruson Philippe
Le décalogue : les dix paroles
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Comme tout groupe humain, les Hébreux, avaient besoin de lois et de règles pour vivre...
 
Comme tout groupe humain, les quelques centaines de familles qui nomadisent avec Moïse, vers 1200 av. J.-C., avaient besoin de lois et de règles pour vivre, surtout au désert. Or ces lois anciennes d'Israël sont assez souvent comparables à celles d'autres peuples de l'Ancien Orient, comme le Code de Hammourabi. Parmi toutes les coutumes des peuples voisins, d'où provenaient ses ancêtres, Israël a suivi celles qui convenaient à son mode de vie sociale et économique. Mais il a su les adapter en fonction de son identité et de ses raisons de vivre : l'Alliance avec son Dieu. Les nécessités de la vie en groupe, et plus encore les exigences de la conscience ont été comprises comme la volonté de Dieu. Le Dieu qui l'a libéré d'Égypte et guidé au désert est aussi celui qui « parle au cœur », à la conscience.

Le Code de l'Alliance (Ex 20,22 à 23,19) date en grande partie du temps des Juges (Xl1°-XI° s). Les lois cultuelles, sociales et pénales s'y succèdent et recouvrent tous les domaines de la vie : le profane et le sacré. Mais l’originalité des lois d'Israël tient à ce que Dieu est lui-même présent aux rapports sociaux, avec leurs tensions, leurs conflits et leurs violences Impossible de le reléguer dans son sanctuaire, loin des exigences sociales de la justice et du service.

Pour vivre libre

Parmi les Dix Paroles (le Décalogue : Ex 20,2-17), les trois premières regardent le culte, l'adoration : interdits des cultes à d'autres Dieux, des images de Dieu et de la magie. Les cinq dernières concernent la vie sociale : interdits du meurtre, de l'adultère, du rapt, du faux témoignage et du vol. Quant aux deux obligations centrales (le sabbat et le respect des parents), elles touchent, finalement, aux deux domaines à la fois.

Or ces Dix Paroles commencent par une déclaration qui n'est pas un commandement, mais qui fonde tous les commandements : « C'est moi, le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude » (Ex 20,2). Avant de lui donner sa loi, Dieu a libéré Israël. C'est donc en ce sens qu'il faut écouter les commandements qui suivent : ce sont des règles pour une vie libérée. À les transgresser, on retomberait dans l'aliénation et la servitude d'une vie soumise à la violence et au droit du plus fort. Pour Israël, ces règles n'ont rien d'impersonnel : elles sont paroles de son Dieu, volonté de celui qui de fait vivre.

Une tradition vivante

Au fil des siècles, Israël a dû adapter ses lois, et même en créer de nouvelles, en fonction des évolutions socio-économiques. Ainsi le Deutéronome (« Deuxième loi »), avec la réforme de Josias en 622, ou les lois sacerdotales comme celles sur le sabbat et la circoncision, pendant l'exil au Vl°s. Or toutes ces lois sont introduites par « Dieu dit à Moïse », car elles sont le développement des plus anciennes.

Toutes sont inspirées par le même Dieu qui parle, au long des siècles, par ses prêtres, ses prophètes et ses sages. Un texte célèbre du Talmud dit très bien cette unité de la tradition vivante qui remonte à Moïse, c'est-à-dire à Dieu : « Moïse reçut la Torah (la Loi) au Sinaï et la transmit à Josué. Josué la transmit aux Anciens, et les Anciens la transmirent aux Prophètes. Les Prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée (après l'exil)» (Traité des Pères, premier siècle).

© SBEV. Philippe Gruson

 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org