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Parole créatrice
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Le Saux Madeleine
La parole créatrice de Dieu
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On lit « Dieu dit » dès la troisième phrase du Livre de la Genèse et donc de la Bible...
 

On lit « Dieu dit » dès la troisième phrase du Livre de la Genèse et donc de la Bible. Avant que Dieu parle, il y a le « tohu-bohu », l'informe, le désert. Il y a aussi les « ténèbres » et « l’abîme » sur lequel plane « le souffle de Dieu ». Avant, il y a donc un chaos sans vie et sans Dieu. Le commencement est l'œuvre de la parole de Dieu ou plutôt de dix paroles, (un « décalogue » en somme), car dix fois l'écrivain répète « Dieu dit » et montre comment une création a lieu chaque fois que « Dieu dit ».


Et il en fut ainsi

C'est un vieux rêve de l'humanité : dans une situation de manque, pouvoir faire surgir d'un seul mot ou d'un seul geste la réalité souhaitée. Les contes sont pleins de pareils prodiges : le mot « amour » change la bête tyrannique en prince charmant, la baguette de la fée marraine transforme la citrouille de Cendrillon en carrosse doré. De même, plusieurs mythes très anciens attribuent l'origine de notre monde et de ses habitants à la parole quasi magique de quelque divinité. Le poème biblique lui-même commence de cette façon : Dieu dit « que la lumière soit », et la lumière fut. Mais les ténèbres étaient déjà là, et le travail de Dieu est en fait de « séparer » la lumière des ténèbres.

La parole de Dieu sépare, pose des limites, distingue. Elle crée, en appelant à une existence autonome dans un territoire précis. « Dieu dit », et la lumière existe face aux ténèbres, la terre à côté de la mer, le firmament au-dessus de la terre, les plantes et les animaux « chacun selon son espèce ». « Dieu dit », et tout se met à exister comme son œuvre, distinct de lui. Rien de ce qu'il fait n'est lui, ni même de sa substance. La parole, de soi, met une distance entre le créateur et le créé. Le savent bien tous ceux qui ne parlent pas pour ne pas séparer. Ni le soleil, ni la lune, ni les animaux, ni l'homme lui-même ne sont Dieu. La parole met Dieu à part de tout le reste. Elle ordonne le monde.

Dieu appela

Chaque créature reçoit de Dieu un nom, un être propre. « Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuit, le firmament ciel, le continent terre et la masse des eaux mer ».

Nommer c'est faire sortir de la confusion, de la non-existence. G'est situer. Et c'est signifier un pouvoir sur celui que l'on nomme.

De fait, la parole de Dieu assigne un rôle à chacun des êtres créés. Les « luminaires » doivent servir de « signes, tant pour les fêtes que pour les jours et les années », « éclairer la terre », « commander au jour et à la nuit ». Les êtres vivants sont appelés à « grouiller », à « être féconds », à « se multiplier ». L'homme est investi en outre de la fonction de « soumettre la terre ».

Ce que Dieu dit encore, c'est que chaque être créé produise ce qu'il peut produire : « Que la terre verdisse de verdure, herbes et arbres portant eux-mêmes leur semence »; « que les eaux grouillent d'êtres vivants » et les airs d'oiseaux, et qu'ils se multiplient; « que la terre produise des êtres vivants ».

Dieu dit enfin pour juger son œuvre : « c'est bon », « c'est très bon ». Il bénit, et c'est comme un envoi : « ce qui sort de la bouche de Dieu » fait vivre.

Faisons l'homme à notre image

Lorsqu'il en vient à l'homme, « Dieu dit » trois fois. Il ne dit pas : « que l'homme soit ! », mais « faisons l'homme ». On a pu entendre là un pluriel de majesté, mais aussi la première parole de Dieu à l'homme : Dieu veut faire l'homme avec le concours de l'homme. Il le fait « homme et femme ». La deuxième et la troisième paroles leur donnent une tâche : « soumettez la terre », et de quoi vivre : « ce sera votre nourriture».

Dès le début l'homme est créature unique : « faisons l'homme à notre image et ressemblance ». Il lui est donné de dire à son tour et de créer en disant. L'homme peut, lui aussi, faire sortir du chaos et de l'inexistence, faire reculer la contusion et le désert, rendre possible la vie. Si la parole lui est donnée, pour lui aussi elle se juge à ce qu'elle crée. Il n'est cependant que « l'image » : il doit vivre « non seulement de pain, mais de la Parole de Dieu ». À la même époque, le Prophète Isaïe (ch. 40 à 55) rappelle à Israël en exil que cette parole, créatrice dès le commencement, peut encore et toujours faire du neuf, autrement dit sauver en toute situation. Et un jour sera révélé ce que peut et veut faire la Parole faite homme.

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org