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Citernes
1503
Puits
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Sources
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Gruson Philippe
Sources, puits et citernes dans le pays de la Bible
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Durant la saison sèche, la vie dépend des sources, des puits et des citernes...
 

Pas de vie sans eau, pas de maison sans point d'eau. Ce qui est banal dans nos régions est crucial dans des pays, tel celui de la Bible, où il ne pleut pas pendant la moitié de l'année. Durant la saison sèche, la vie dépend des sources, des puits et des citernes.

 Les sources

Lorsque une nappe d'eau souterraine affleure à la surface du sol, ou ruisselle au pied d'une pente, c'est presque un miracle ! Toute source est une bénédiction, un cadeau de Dieu. Depuis la préhistoire, ces endroits sont habités, voire même vénérés. Dans la Bible, une bonne vingtaine de localités portent le nom de leur source, et commencent par ein (forme de ayin, source, en hébreu comme en arabe). Mentionnons Ein Harod en Galilée, où Gédéon trie curieusement ses troupes (Juges 7); Ein Guédi, au bord de la mer Morte où David se cache (1 S 24); Ein Roguel, près de Jérusalem, où Adonias tente de succéder à son père David (1 R 1,9); Aenon en. Samarie, où Jean baptise (Jn 3,23).

Ces eaux qui sourdent de la terre, les « eaux d'en bas », comme les « eaux d'en haut » qui donnent la pluie, sont les bonnes eaux, opposées à celles de la mer et de l'abime. Elles font de la terre donnée par Dieu un magnifique jardin : « Le Seigneur ton Dieu te fait entrer dans un bon pays, un pays de torrents, de sources et d'eaux souterraines jaillissant dans la plaine et la montagne, un pays de blé et d'orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers » (Dt 8,7-8). Jérémie compare le Seigneur à une source, lui qui fait vivre Israël : « Ils m'abandonnent, moi, la source d'eau vive, pour se creuser des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l'eau ! » (Jr 2,13).

Les puits

Au contraire de la source, naturelle, le puits est creusé pour atteindre une nappe d'eau plus ou moins profonde. Les premiers puits ont dû être de simples trous, à la saison sèche, pour retrouver l'eau des mares asséchées (Jr 14,2-9). Dans plusieurs récits, le même point d'eau est appelé tantôt source et tantôt puits, ainsi à Lahai-Roï pour Hagar (Gn 16,7 et 14), à Nahor pour Rébecca (Gn 24,11 et 13) ou au puits de Jacob pour la Samaritaine (Jn 4,6 et 11). Peu à peu les hommes ont appris à aménager et à maçonner ces trous autour des sources. À propos d'Isaac, la Genèse raconte l'histoire de plusieurs puits, si importants pour les troupeaux et la culture au Néguev (Gn 26, 19-22 et 32-33). Déjà au temps d'Abraham le puits de Beér Shéba avait fait l'objet d'une alliance; son nom signifie « puits des sept » (agnelles) ou « puits du serment » (Gn 21,22-33).

Si le sol est rocheux, on peut forer un puits étroit et beaucoup plus profond, ce qui permettra de puiser à l'aide d'une corde, sans avoir besoin de descendre jusqu'à l'eau. Certains puits étaient célèbres pour leur profondeur : celui de Beér Shéba dépasse 40 m et celui de la Samaritaine atteint 46 m (mais l'eau monte à une vingtaine de mètres de la surface du sol).

Un puits appartient au groupe qui l'a creusé; c'est une propriété collective, dont l'usage est très réglementé, comme on le voit avec Jacob : « Faites boire les moutons et allez les faire paıtre. – Nous ne le pouvons pas tant que les troupeaux ne sont pas tous rassemblés; alors on roule la pierre de dessus la bouche du puits et nous abreuvons les moutons » (Gn 29,2-10). Cela n'empêchera pas Jacob d'ouvrir seul le puits et d'abreuver le troupeau de sa belle Rachel. Le puits est aussi le lieu de rendez-vous des femmes et des filles qui viennent puiser. On peut donc les y regarder librement et leur parler; ainsi naîtront quelques belles histoires d'amour...

Les citernes

La plupart des citernes ressemblent parfaitement à des puits, mais c'est de l'eau de pluie qu'on y a mise en réserve pendant l'hiver. Les citernes ordinaires, taillées dans la roche, ont une ouverture étroite, facile à couvrir, puis s'évasent en descendant jusqu'à 5 ou 7 mètres. Les parois sont rendues étanches par des couches successives d'enduit fait de chaux, de sable et de cendres Il existe aussi de larges bassins à ciel ouvert, surtout dans le fond des vallons, pour irriguer les cultures voisines.

Aux premiers siècles de notre ère, les Nabatéens ont ainsi réussi à mettre en culture de nombreuses vallées du Néguev, en recueillant soigneusement l'eau des rares pluies d'hiver (10 cm d'eau par an) Leur astuce consistait à drainer les eaux de ruissellement sur de très vastes pentes et à les canaliser, par de petits murets, vers les bassins et les citernes. Bien avant, au VIII° s déjà, on dit du roi Ozias : « Il bâtit des tours dans le désert et il creusa de nombreuses citernes, car il avait beaucoup de troupeaux » (2 Ch 26,10). Ces citernes peuvent être bien plus anciennes, car Israël se souvient qu'il est entré dans un pays déjà habité, avec « des citernes toutes prêtes que tu n'as pas creusées » (Dt 6,11).

Il arrive que des citernes mal entretenues perdent leur eau; elles ne sont plus que des fosses dans lesquelles on peut se cacher (1 S 13,6) ou enfermer quelqu'un. C'est ce qui est arrivé à Joseph (Gn 37,22-30) et à Jérémie : « Ils introduisirent Jérémie dans la citerne de Malkiya à l'aide de cordes. Il n'y avait pas d'eau dans la citerne, seulement de la vase, et Jérémie s'y enfonça » (Jr 38,6). Réelle ou symbolique cette situation de détresse apparaît dans quelques psaumes (Ps 69,15-16).

S'il est un endroit où les hommes ont accumulé l'eau dans le désert, c'est bien à Qumrân, au-dessus de la mer Morte. Dans cette sorte de monastère juif du temps de Jésus, les ruines laissent voir clairement tout le système hydraulique, alimenté par les eaux d'hiver d'un oued voisin, et qui dessert une dizaine de bassins, dont trois très grands. Les uns fournissaient l'eau potable à la communauté essénienne (qui a pu compter jusqu'à une centaine de membres), et les autres servaient de bains rituels. Pour ces « convertis », engagés dans une vie selon l'Alliance, les purifications et ablutions quotidiennes exprimaient et favorisaient leur démarche spirituelle vers la sainteté et la pureté. Au cœur du désert, combien précieuse devait leur sembler cette eau, image de la parole de Dieu révélée à leur fondateur, qui priait ainsi : « Je te rends grâces, mon Seigneur, car tu as fait de moi une fontaine de flots dans l'aridité, un jaillissement d'eaux dans la terre desséchée et un arrosage de jardin » (Hymnes de Qumrân, VIII, 4-5).

© SBEV. Philippe Gruson

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org