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Élie et Élisée, les champions de foi
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Le livre des Rois (1 et 2 R) accorde une grande portance aux prophètes, les porte-parole du vrai roi d'Israël et, parmi eux, Élie et Élisée...
 

Le livre des Rois (1 et 2 R) accorde une grande portance aux prophètes, les porte-parole du vrai roi d'Israël. Ce sont les hommes et des femmes de foi qui n’hésitent pas à intervenir dans les affaires politiques pour rappeler à temps et à contretemps que le roi d’Israël ou de Juda n’est que le « lieu-tenant » du vrai Dieu. Mais la plupart du temps, les rois de méfient de ces gêneurs de prophète, et certains cherchent même à s’en débarrasser par la manière forte.

Il circulait probablement de nombreuses histoires édifiantes, dans le royaume du Nord, autour de ces deux hommes de Dieu célèbres que furent Élie et Élisée. Pour servir leur propos, les auteurs du livre des Rois vont rassembler ces histoires, les remanier et les insérer dans leur fresque nationale. On appelle souvent « cycles » ces collections de récits populaires autour d'un personnage célèbre.

L'activité d'Élie commence sous le règne d'Akhab, fils d'Omri, qui régna 22 ans sur le royaume du Nord, Israël (875-853). Akhab a épousé Jézabel, la fille du roi de Sidon. Elle est très religieuse... mais d'une religion concurrente : celle des Phéniciens. Elle vénère le dieu Baal et la déesse Astarté, dont elle a amené à Samarie de nombreux prêtres et prophètes. Pour Élie, la foi au Dieu d'Israël est en danger, d'autant que le petit peuple s’accomode fort bien de deux divinités : il vaut mieux s'assurer de deux côtés ! « Akhab fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur en se prosternant devant le Baal ». Élie se fait alors l'ardent défenseur de la foi de ses pères. Son successeur, Élisée, hâtera la disparition de cette dynastie d'Omri corrompue en soutenant le coup d'état de Jéhu (841).

Le cycle d’Élie (1 R 17-21 ; 2 R 1 – 2)

Celui qui lit pour la première fois le cycle d’Élie est à la fois fasciné et surpris par la foi intransigeante d’Élie. Fascination des « belles « histoires comme celle de la veuve de Sarepta, du sacrifice du Carmel ou de la vigne de Naboth. Mais aussi surprise devant  la violence de certains passages comme l’exécution des 450 prophètes de Baal au Carmel. Le lecteur sait déjà que le Baal, dieu de l’orage et de la foudre, donc de la pluie et de la fertilité, est impuissant puisqu’il ne peut arrêter la sécheresse dans son propre pays. N’est-ce pas le Dieu d’Israël qui, par Élie, s’est occupé de la veuve de Sarepta, dans le territoire du Baal ?  Selon la même logique, le fils d’Akhab est condamné pour avoir consulté un dieu étranger, le Baal-Zeboub (2 R 1,16).

Il ne s'agit pas seulement de combattre les cultes étrangers, mais aussi de purifier la religion des Israélites, pour qui le Seigneur ressemblait un peu trop au Baal. À l'Horeb, Élie fait l'expérience que Dieu ne se révèle pas dans la tempête ou l'orage, mais dans le silence. Et ce n'est pas par hasard si Élie retourne à l'Horeb ou Sinaï, la montagne de l'Alliance. Il se bat aussi pour que soit respectée la Loi de Dieu : « Tu ne tueras pas; tu ne voleras pas ». Le récit sur le pauvre Naboth illustre cette obligation pour tous – même pour le roi – de respecter le droit et la justice.

Le cycle d'Élisée (2 R 2 9: 13)

Ce cycle présente un caractère tout différent du précédent, mais les convictions défendues sont les mêmes. Les premiers récits, communs avec ceux d'Élie, soulignent la continuité entre les deux prophètes : l'appel d'Élisée (1 R 19,19-21) et l'enlèvement d'Élie (2 R 2,1-18). Élisée « lavait les mains d'Élie » (2 R 3,11) : il était donc son serviteur. Élisée reste obstinément auprès de son maître jusqu'à ce que celui-ci disparaisse. Il reçoit alors une « double part de son esprit, comme le fils aîné recevait toujours une double part d'héritage.

Les récits du cycle d’Élisée sont disparates, mais on peut distinguer parmi eux plusieurs catégories. Certains récits parlent des « fils de prophètes » (2 R 23,1-7.15-18.19-22 ; 4,1-7.38-44 : 6,1-7). Dans d’autres intervient le serviteur Guéhazi (4,8-37 ; 5,1-27 ; 6,8-23). Enfin il y a trois récits de guerre (3,4-27 ; 6,24 à 7,20 ; 13,14-19) et deux récits où Élisée intervient pour faire des rois : en Israël (9,1-13) et chez les Araméens (8,7-15). Il réalise ainsi la mission confiée à Élie sur l’Horeb.

Dieu n’intervient plus aussi directement sur dans le cycle d’Élie. « Homme de Dieu », Élisée accomplit des merveilles, comme un homme sensible et serviable. Il est bine le porte-parole du Seigneur qui veut le bonheur et la vie de son peule. L’ouverture aux autres peuples est soulignée à travers la guérison de Naaman, ce général ennemi converti qui s'engage à ne plus adorer que le Dieu d'Israël.

Un nouvel avenir possible

Pourquoi tant de place accordée à Élie et Élisée, alors que le prophète Isaïe n'apparaît que dans deux chapitres (2 R 19-20) ? En plus de l'abondance des traditions populaires sur Élie et Élisée, les auteurs du livre des Rois voulaient montrer que, par ses deux prophètes, Dieu condamne une dynastie infidèle et la remplace par une autre. Car il est capable de mettre fin à une situation présente malheureuse et dangereuse pour Israël, pour lui ouvrir des temps nouveaux, plus heureux. Croire au Dieu d'Israël, c'est aussi espérer.

Au moment de l'exil et après, alors que la patrie, le temple et le roi ont disparu, il était vital de rappeler que Dieu est toujours capable d'offrir un avenir heureux à ses fidèles. L'incapacité des rois ne peut l'empêcher de poursuivre la mise en œuvre du bonheur pour son peuple. Il n'est pas étonnant alors que la tradition ultérieure ait espéré la venue d'un nouvel Élie pour annoncer les temps nouveaux de Dieu. Il n'est pas étonnant que les communautés chrétiennes aient reconnu ce nouvel Élie en Jésus.


© SBEV. Marc Sevin

 
 
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