1499
Contestation
1500
Défense
1323
Paul
72
Gruson Philippe
Paul face à la contestation de son ministère (1 et 2 Co)
 
 
Paul sait faire preuve d'une grande autorité, face à ceux qui contestent sa fonction d'apôtre, de fondateur...
 

« Vous n'avez pas plusieurs pères : c'est moi qui, par l'Évangile, vous ai engendrés en Jésus Christ ». Ainsi parle Paul aux Corinthiens, ses « enfants bien-aimés ». Et pourtant il sait faire preuve d'une grande autorité, face à ceux qui contestent sa fonction d'apôtre, de fondateur.

« Moi, j'ai planté »

Paul, le premier, a apporté l'Évangile à Corinthe, et il en est fier. Mais il a conscience d'être apôtre du Christ Jésus, c'est-à-dire envoyé par lui, et envoyé avec d'autres comme Apollos:  s'il se sent père des Corinthiens, il n'en est pas propriétaire. « Qu'est-ce donc qu'Apollos ? Qu'est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez été amenés à la foi; chacun d'eux a agi selon les dons que le Seigneur lui a accordés. Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé, mais c'est Dieu qui faisait croitre » (1Co 3,5-7) Et plus loin : « Selon la grâce que Dieu m'a donnée, comme un bon architecte j'ai posé le fondement, un autre bâtit dessus... Quant au fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place : Jésus Christ » (3,10-11).

Paul est à Éphèse lorsqu'ii reçoit de mauvaises nouvelles de Corinthe, de l'autre côté de la mer Égée. Divisions, scandales, désordres dans l'assemblée... Il doit intervenir. En même temps une lettre des Corinthiens lui pose des questions précises auxquelles il répond point par point. Il est la référence, le garant de l'unité. Et à ce titre il est fier de rappeler qu'il a toujours annoncé gratuitement l’Évangile, sans demander qu'on l'entretienne, comme le font d'autres apôtres (1 Co 9). N’a-t-il pas travaillé de ses mains chez Aquilas et Priscille (Ac 18,3) ?

Des opposants

« Se figurant que je ne reviendrais pas chez vous, certains se sont enflés d'orgueil. Mais je viendrai bientôt chez vous... » (1 Co 4,18). En effet, toujours lors de son séjour à Éphèse – probablement après un temps passé en prison –, Paul a fait un rapide voyage à Corinthe. Mais cela a dû mal tourner : quelqu'un lui a fait affront en refusant de reconnaître son autorité (2 Co 2,5-11) et Paul est reparti aussitôt. Mais il a envoyé son fidèle Tite, plus diplomate, pour dénouer la crise, et sa réussite a réjoui Paul (2 Co 7,6-7).

Plus tard Paul apprend que des prédicateurs chrétiens qui se disent « super-apôtres » (2 Co 11,5) sont venus contester son autorité et son enseignement. « Ces gens-là sont de faux apôtres, des faussaires camouflés en apôtres du Christ » (11,13). D'après les arguments de Paul il s'agit de judéo-chrétiens (« Ils sont hébreux ? Moi aussi ! » 2 Co 11,22). Ces « judaïsants » veulent imposer les pratiques juives à tous les païens convertis, contrairement aux décisions de l'assemblée de Jérusalem. C'est dans ce contexte polémique que Paul va opposer le ministère de la nouvelle alliance, qu'il exerce en Christ, à celui de l'ancienne alliance : il crée la formule « ancien testament » pour désigner toutes les Écritures des Juifs qui refusent Jésus comme Messie (2 Co 3,14).

La paternité de Paul

Les relations de Paul avec ses Corinthiens, on le voit, ont été plutôt mouvementées. Si la communauté connaît des désordres à cause d'exaltés, persuadés que l'Esprit Saint bouleverse toutes les règles sociales et qui s'enorgueillissent de leurs charismes, Paul, de son côté, n'est pas un « fonctionnaire » de l'Evangile, froid et distant, maniant des dossiers; bien au contraire ! Passionné et sensible comme il est, il s'implique tout entier dans sa relation pastorale. On ignore tout de sa vie antérieure : a-t-il été marié et père de famille, comme on pourrait l'attendre de tout bon juif, surtout après une formation rabbinique ? Nul ne le sait.

En tout cas son langage est très paternel, aussi bien avec quelques collaborateurs immédiats comme Tite et Timothée (1 Co 4,17), qu'avec les communautés qu'il a fondées (4,14). Sa famille, c'est son ministère; à la différence d'autres apôtres comme Pierre et Jacques il n'emmène pas d'épouse avec lui (1 Co 9,5). Et comme un vrai père, il ne garde par ses enfants pour lui : « Je vous ai fiancés à un époux unique, pour vous présenter au Christ, comme une vierge pure » (2 Co 11,2).

Il peut allier l'affection et la tendresse la plus touchante à une grande sévérité, telle que la paternité du monde antique l'exigeait. « Que préférez-vous ? Que je vienne à vous avec des verges ou avec amour et dans un esprit de douceur ? » (1 Co 4,21). Témoin ses ordres d'exclusion des coupables (5,3-5 et 2 Co 2,5-11). Témoin encore la fameuse lettre écrite « dans les larmes... pour que vous sachiez l'amour détordant que je vous porte » (2 Co 2,4). Paul vit cet amour qu'il annonce : son hymne à l'agapè montre qu'il parle d'expérience pour dire le travail en lui de l'Esprit : « L'amour prend patience, il ne jalouse pas, il ne s'enfle pas d'orgueil, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'irrite pas... Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L'amour ne disparaît jamais » (1 Co 13,4-8).

© SBEV. Philippe Gruson

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org