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Paul
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Sagesse
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Le Saux Madeleine
Paul et le Seigneur crucifié dans la première Épître aux Corinthiens
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Jésus crucifié : sagesse et folie pour les hommes...
 

Le souffle que l'on sent passer dans toute la première Épître aux Corinthiens est celui de la « passion » : passion de Paul pour le Christ Jésus, passion du Christ lui-même. Paul ne se lasse pas de parler du Christ : il ne vit que pour lui et juge de tout en fonction de lui. Il trouve dans l'amour qui l'a saisi les intuitions et les mots pour dire qui est Jésus.

Christ et Seigneur

Paul ne cesse de nommer le Christ Jésus : de la salutation du début (quatre fois) jusqu'à la formule finale (trois fois). Il l'appelle « Christ (Messie) » ou « Christ Jésus » (65 fois), mais aussi « Seigneur » ou « Seigneur Jésus » (66 fois). Paul n'est pas d'abord intéressé par l'homme de Nazareth, qu'il n'a d'ailleurs jamais rencontré, mais il sait d'expérience – le chemin de Damas – que Jésus est le Messie, un Messie que les hommes n'auraient pas imaginé. Il appelle Jésus : « Seigneur », le nom qu'utilisent les Juifs pour désigner Dieu sans prononcer son nom. Or, celui qu'il annonce comme Messie et Seigneur, non seulement était un homme, mais il a été crucifié.

Sagesse et folie pour les hommes

« Les Juifs demandent des signes (des miracles) et les Grecs recherchent la sagesse » (1,22). Les premiers aimeraient que le messager qu'ils entendent, si inattendu et déroutant, soit authentifié par des miracles. Les autres ne se laissent convaincre que si leur intelligence est satisfaite par une argumentation solide. Tous finalement cherchent des sécurités. Pour entraîner l'adhésion des Corinthiens, Paul devrait donc recourir « à la sagesse du discours et au prestige de la parole ».

Les Juifs s'attendent bien à ce que le Messie paraisse comme « puissance de Dieu et sagesse de Dieu ». Davantage encore, l'idée même que « la Sagesse divine soit vue sur terre, vivant parmi les hommes » a été rendue familière par des textes de l'Écriture, par exemple Baruch (3,38); Mais comment admettre que le Messie, le Christ, ait connu la mort ignominieuse d'un crucifié ? N'est-il pas écrit dans le Deutéronome que « le pendu est une malédiction de Dieu » (Dt 21,23) ? Que le salut vienne par un tel homme est une parole difficile à entendre, surtout si celui qui I annonce est peu éloquent, faible, craintif et tout tremblant.

Sagesse et folie de Dieu

Partout dans cette Première lettre aux Corinthiens Paul insiste avec force en reprenant des formules du prophète Isaïe : « Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées et ses voies diffèrent des nôtres » (Is s5,8); Dieu « détruit la sagesse des sages et anéantit l'intelligence des intelligents » (Is 29,14). Dieu « a rendu folle la sagesse de ce monde » dit Paul à son tour. Dans sa sagesse, Dieu a parlé au monde « le langage de la croix ». C'est pourquoi l'apôtre ne peut pas en avoir d'autre : « J'ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié », déclare-t-il d'emblée (2,2).

La sagesse de Dieu, manifestée en Jésus, est bien une sagesse, mais « mystérieuse et cachée », compréhensible seulement par des « chrétiens adultes ». Si étrange que cela puisse sembler à l'esprit humain, « Christ est mort... il a été enseveli » (15,3-4). Telle est la sagesse de Dieu qui est folie pour les hommes.

La croix, victoire sur la mort

Pour Paul, « ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. Jésus Christ crucifié est devenu pour nous justice, sanctification et délivrance ». Il est le fondement du salut : « nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place, Jésus Christ » (3,11).

La croix, « folie pour ceux qui se perdent » dans leur propre sagesse, est « puissance de Dieu pour ceux qui sont en train d'être sauvés » (1,18).

L'esprit de l'homme ne peut de lui-même accueillir ce message : « Ce qui est en Dieu, personne ne le connait, sinon l'Esprit de Dieu ». Mais celui qui reçoit l'Esprit de Dieu, le « chrétien adulte », peut entrer dans son mystère et reconnaître en Jésus le Christ et le Seigneur. Il peut, sans se scandaliser, entendre qu'il est « mort pour nos péchés... et que Dieu l'a ressuscité » (15,3-4.15). Il comprend que Dieu nous donne la victoire sur la mort « par notre Seigneur Jésus Christ ». En résumé, « nul ne peur dire “Jésus est Seigneur”, donc sauveur, si ce n'est par l’Esprit Saint » (12,3).

Pour annoncer cette extraordinaire nouvelle, les « discours persuasifs de la sagesse » ne sont guère utiles, mais « la puissance de l’Esprit » agit par la parole de l’apôtre, jusque dans sa faiblesse. Et qu'importe si, parmi ceux qui reçoivent l’appel de Dieu, il n'y a pas beaucoup de sages ni de puissants ! Chez les Corinthiens, comme en Paul, et dans le Christ Jésus lui-même, ce qui pour le monde « est faible... vil et méprisé, Dieu l'a choisi pour réduire à rien ce qui est ». Ainsi personne n'a lieu de s'enorgueillir et, l’œuvre du Seigneur est manifeste. La puissance de Dieu se révèle clairement dans la croix du Christ puisque le crucifié est ressuscité des morts. C'est aussi en lui que « tous recevront la vie ». Tel est l’Évangile que Paul a reçu et qu’il veut transmettre.


© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org