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Femmes
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Paul
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Sauret Sabine
Les femmes et les hommes selon Paul dans la première Épître aux Corinthiens
 
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Les paroles de Paul sur la condition de la femme peuvent sembler misogynes et bien dépassées aujourd'hui. Qu'en est-il exactement ?
 

Les paroles de Paul sur la condition de la femme peuvent sembler misogynes et bien dépassées. Notre culture s'oppose, sur ce sujet, aux habitudes de son temps. Mais faut-il pour autant rejeter ce qui ne nous plaît pas ? Paul est un théologien : ce qu'il connaît, c'est le Christ, et à travers le Christ, l'humanité.

Le mariage (1 Co 7)

En réponse aux questions des Corinthiens, Paul esquisse un grand discours de sagesse sur la vie de couple, avant de parler de ceux qui ne sont pas mariés (célibataires ou veufs : v. 8-16). Il parle de l'amour et des pulsions du désir (7,2) : c'est le don de son corps à 1'autre qui doit régler le dynamisme de la relation sexuelle. Et ce don demande à être réciproque (7,3-4). Ne pas nier le désir, mais le vivre comme don de soi dans une relation de réciprocité, voilà qui va permettre la reconnaissance de l'autre, le conjoint. Cette relation capitale marque aussi la relation à l'Autre, à Dieu, puisque la vie de couple comporte aussi la prière (7,5).

Les versets suivants, dans leur simplicité révolutionnaire pour leur époque, touchent au cœur d'une question majeure pour notre société : la fidélité. Ni séparation, ni répudiation. Paul ici n'argumente pas, ne démontre pas : il donne une loi, il appelle l'homme et la femme à la vie. Ainsi l'homme et la femme mariés vont vivre ensemble leur condition sexuée dans le désir partagé, la fidélité, la réciprocité, mais aussi l'unité, même si la foi chrétienne n'est pas partagée par les deux : car le mari non croyant est sanctifié par, sa femme (croyante), et la femme non croyante, par son mari (croyant) (7,14).

Femme et homme (1 Co 11)

Le chapitre 11 (v. 2-16) nous déconcerte au premier abord. Nous y lisons la dépendance de la femme (v. 10), la soumission et 1'obéissance (v. 13) et même, plus loin, le silence imposé (14,34). Pourtant Paul affirme ici autre chose : « Toute femme qui prie ou prophétise... » (v. 5); la femme peut donc prier ou prophétiser à haute voix, tout comme l'homme. La prière et la prophétie ne sont pas sexuées; elles dépendent de leur condition commune de baptisés. C'est une condition filiale, accordée aux femmes comme aux hommes dans l'Esprit Saint. Mais elle se différencie dans des modalités féminine ou masculine. Chacun incarne cette condition unique de façon différente; c'est le sens de la démonstration de Paul sur « la tête couverte » (par la chevelure, plutôt que par un voile).

Aussi Paul se réfère-t-il à la Genèse qui affirme que la femme est autre que l'homme, dans son être profond, comme Dieu est autre que l'homme. Il fait ressortir avec humour cette contradiction entre l'expérience de chacun : tout homme est né de la femme, et le discours de la Genèse: la femme est tirée de l'homme. Il veut dire que la femme, elle, n'est pas tirée de la terre, de la poussière, comme l'homme. Et elle doit le signifier dans ses pratiques, dans son comportement, en portant sur la tête la marque de son pouvoir (11,10).

Nous pouvons alors mieux comprendre le v. 3 : Le chef de tout homme, c'est le Christ; le chef de la femme, c’est l'homme. On peut en déduire que la relation du Christ et de la femme est autre que celle du Christ et de l'homme. Apparaît là une liberté, une autonomie de la femme, et cette altérité doit fonder les sociétés comme les assemblées de croyants; elle est même l'image de l'altérité ultime, celle de Dieu : « À l'image de Dieu il le créa; homme et femme il les créa » (Gn 1,27).

Il nous reste à réfléchir sur ce terme de « chef ». Il s'agit, en grec, du mot « tête » (képhalè). Nous sommes dans cette métaphore du corps dont Paul use souvent pour dire l'unité du corps et du « chef » : l'unité de l'2glise et du Christ, du Père et du Fils, de l'homme et de la femme. Relation non de domination mais de participation, de solidarité, de communion, d'unité.

Les femmes dans les assemblées (1 Co 14)

Dans les assemblées chrétiennes, tous, hommes et femmes, prophétisent et parlent en langues : « Je souhaite que vous parliez tous en langues, mais je préfère que vous prophétisiez » (14,5). Aux v. 34-35 c'est de « parler » dont il s'agit. Dans une assemblée, encore aujourd'hui, on ne parle pas n'importe comment : il y a un rituel, une liturgie des prières, une parole publique (l'homélie, par exemple). Quant à la discussion, la femme va la mener « à la maison ». La foi, avec ses questions, va ainsi habiter les foyers, c'est-à-dire la vie de tous les jours. Oui, que la femme vive comme elle est; qu'elle prie, prophétise et parle; elle génèrera la réflexion; elle sera féconde du dialogue, de la sagesse et de la foi.

Nous sommes bien loin de la misogynie si souvent lue et utilisée pour refuser à la femme sa place dans l'humanité et dans l'Église. La femme est l'œuvre dont on dit qu'elle est la « gloire » de l'homme (11,7), la gloire de la création, celle en qui Dieu trouve la joie de la création achevée, mettant au monde le Fils (Lc 1,28-29).


© SBEV. Sabine Sauret

 
 
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