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Gruson Philippe
Paul au milieu des païens à Corinthe
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Corinthe, la capitale de l'Achaïe (la Grèce), est profondément païenne...
 

Corinthe, la capitale de l'Achaïe (la Grèce), est profondément païenne. C'est pourtant là que Paul va apprendre à des païens à vivre la Bonne Nouvelle. Découvrons quelques aspects de la vie quotidienne de ces premiers chrétiens.

Toutes les religions se valent

Beaucoup de Corinthiens devaient penser cela ! Par les textes anciens et les fouilles des archéologues, on sait que la ville comptait de nombreux temples. Les touristes photographient volontiers les superbes colonnes doriques du temple d'Apollon, mais il reste aussi des vestiges de ceux de Poséidon (en l'honneur duquel étaient célébrés les Jeux Isthmiques), d'Esculape, le dieu guérisseur, de Dionysos et surtout d'Aphrodite, la déesse de la ville. Elle avait son sanctuaire au sommet de la montagne, mais aussi un autre tout près du port de Cenkrées, là où les marins venaient facilement lui faire leurs dévotions... avec les Prostituées « sacrées ».

Plusieurs cultes avaient été amenés dans la ville par les colons et les esclaves venus d'Asie, de Syrie et d'Égypte, installés là par les Romains : cultes de Cybèle, de Mithra, de Sérapis et d'Isis. Quant aux marins, ils devaient aussi demander de bonnes traversées à leurs dieux protecteurs Castor et Pollux, les Dioscures. Enfin, comme dans toute grande ville de la Méditerranée, il existait une communauté juive. On a même retrouvé le linteau de la porte, avec l'inscription mutilée : « Synagogue des Hébreux ». C'est là que Paul vient d'abord prêcher. Quand il se fait expulser, à cause du succès de sa prédication, il va chez un voisin, Titius Justus, un païen sympathisant. En fait, les juifs et les chrétiens sont les seuls à penser que non, toutes les religions ne se valent pas !

Des associations religieuses

Le monde grec du 1er siècle connait le développement d'un phénomène sociologique important : les associations ou « thiases ». Le droit de l'Empire romain a toléré ces groupes très divers, qui assuraient un certain tissu social et favorisaient le brassage des ethnies et des classes sociales. On se rassemblait en associations – toujours sous la protection d'une divinité – entre gens d'un quartier, artisans d'une même profession, partisans d'une même doctrine philosophique, fidèles d'une même divinité, etc.

C'est dans ce cadre des associations que la communauté chrétienne s'est formée : ses membres étaient heureux d'y trouver des relations, une solidarité, une certaine identité, et surtout un idéal, un sens à leur vie : d'après Paul, le salut de Jésus pouvait les concerner, eux, modestes débardeurs, artisans ou petits commerçants. Il semble que les fidèles ont constitué à Corinthe, au temps de Paul, trois ou quatre groupes, en fonction des maisons où ils se réunissaient : chez Titius Justus, Caïus, Stephanas... D'où, probablement aussi, les risques de clans et de divisions : les partisans de Paul, de Pierre, d'Apollos, etc.

Les viandes aux idoles (1 Co 8)

Bien des problèmes pratiques se posent pour les nouveaux convertis. Par exemple où acheter la viande ? L'abattage des bêtes se fait dans les temples : tout ce qui n'est pas brûlé ou consommé dans les repas rituels est mis en vente au marché. Certains chrétiens n'osent pas en acheter, de peur de renouer avec l'idolâtrie. D'autres, au contraire, se vantent de leur « connaissance » et se sentent assez forts pour en acheter librement. Paul rappelle à ces derniers qu'ils ne sont pas supérieurs aux autres et qu'ils ne doivent pas scandaliser les « faibles ». Certes, les divinités païennes ne sont pas Dieu, mais par elles agissent les « démons », ces forces obscures dont les païens recherchent la complicité. Prudence donc ! En tout cas, le grand principe reste celui de la charité fraternelle (8,9).

La vie de couple (1 Co 7)

Paul réagit contre un cas d'inceste qu'on lui a rapporté : un chrétien vit maritalement avec la femme de son père. Cela montre quelle était la liberté des mœurs admise à Corinthe ! Paul, avec toute la tradition juive, sait que l'interdit de l'inceste ne supporte aucune exception, sinon la vie de famille n'est plus possible. Il décide donc de faire exclure le coupable de la communauté.

Paul interdit également aux chrétiens de fréquenter les prostituées, comme cela se pratiquait largement. Comme le disait un auteur du temps : « Nous avons les courtisanes pour le plaisir, et les épouses pour les enfants et la maison ». Dans la société grecque d'alors, la soumission de l'épouse et son appartenance au mari étaient normales cela ne prédisposait pas les chrétiens de Corinthe à des relations d'égalité et de réciprocité entre époux, comme le leur demande Paul. Peu à peu, la vie dans l'Esprit Saint fera évoluer les relations du couple et découvrir les exigences de l'amour du Christ, dont chacun, homme ou femme, est devenu un membre.

© SBEV. Philippe Gruson

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org