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Evangile de Marc
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Passion
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Tricard François
La passion selon saint Marc
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La Passion selon Saint Marc est probablement le noyau original à partir duquel ont été construits les récits de Matthieu, Luc et Jean. Elle est la catéchèse, la confession de foi d'une première communauté. Les 13 chapitres précédant la passion sont organisés pour déboucher vers ce récit du martyre du Christ, de son Heure (14,35.41). Jean développera ce thème (Jn 12,27), mais Marc est le premier à utiliser l'expression.

L'heure du choix

« Simon tu dors ? » (14,37)

Les trois témoins de la Transfiguration Pierre, Jacques et Jean, sont invités à s'asseoir tandis que Jésus tombe. Les réactions de Jésus révèlent que son humanité n'est pas de façade : effroi, angoisse, tristesse (Épître aux Hébreux 5,7) Luc ajoutera la sueur de sang. Pendant ce combat de Jésus, les disciples dorment. Ils préfèrent le repos et le sommeil à la veille. L'esprit de Pierre est ardent, mais « sa chair est faible ».

La prière de Jésus est une lutte pour faire coïncider sa volonté avec celle du Père (Épître aux Hébreux 10,5-9). Entré en tentation, comme au commencement de sa mission (Mc 1,12-13), Jésus prie. Marc met sur ses lèvres la prière du Psaume 42, et celle de Jonas (4,9) : « Je suis triste à en mourir ».

On notera le mot « Abba » : appellation filiale familière, celle du petit enfant. Luc et Matthieu ne reprendront pas ce cri.

Jésus a fait son choix. Il ne se dérobe pas. Nul ne lui prend sa vie, il la donne.

L'arrestation de Jésus

« Emmenez-le sous bonne garde » (14,44)

Judas, l’un des Douze, le livre. Marc souligne le drame. Comment a-t-il pu en arriver là ? Ils se sont tous ligués contre Jésus : les grands prêtres, les pharisiens, la foule menée par la noblesse sacerdotale, les docteurs et les riches propriétaires. Judas a pris la tête du complot. Ils sont armés. Il les a prévenus contre lui : « Emmenez-le sous bonne garde ».

Qui est livré ? Le Fils de l'Homme, celui qui a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés (Mc 2,10). Ils accomplissent les Écritures. Ce ne sont pas eux qui ont décidé de l'Heure. Le Père est maître de l'Histoire.

« Mon Maître » dit Judas à celui qu'il fait appréhender comme un brigand. Le signe du baiser est significatif. Ils viennent arrêter quelqu'un qu'ils ne connaissent même pas. La bande armée est aveugle.

Le procès

« Lui se taisait et ne répondait rien » (14,61)

Marc et Matthieu situent l'assemblée du Sanhédrin de nuit, aussitôt après Gethsémani. Suivent la scène des outrages, le reniement de Pierre et de nouveau un conseil du Sanhédrin. Chez Luc les outrages et les reniements ont lieu de nuit, mais la séance du Sanhédrin a lieu le matin.

Le Sanhédrin cherche une raison valable, juridique, car il n'y en a pas. Jésus est innocent. Ils le savent. La mauvaise foi des calomniateurs est réelle.

Une seule accusation touche : Jésus a manifesté son intention de détruire le temple fait de main d'homme et de rebâtir en trois jours un temple non fait de main d'homme. L'allusion à la résurrection de son corps, et aux « trois jours » est évidente.

Malgré la relecture post-pascale il semble bien que Jésus ait effectivement annoncé au cours de sa vie publique son désir d'un culte nouveau et la destruction du temple (Mc 13,2). Jean développera cet aspect (Jn 4,21-23; 7,37).

Jésus ne sort de son silence que pour la grande révélation. Ce n'est plus le secret réservé aux proches. Jésus, le Messie, est le Fils du Béni : « Désormais vous verrez le Fils de l'Homme siégeant à la droite du Tout Puissant et venant avec les nuées du ciel ». La réponse rassemble en une seule formule le Ps 110,1 et Daniel 7,13. La révélation provoque : « Vous verrez triompher celui que vous allez condamner et tuer ».

La trahison de Pierre

«Je ne connais pas cet homme » (14,71)

Une servante perspicace et curieuse met Pierre mal à l'aise. À la lumière du feu il est reconnu, démasqué. Il essaie de trouver une échappée mais elle insiste et cherche des témoins. Il est piégé et ne peut s'en sortir que par le parjure. Marc, « témoin privilégié de Pierre » nous dit la tradition, ne le flatte pas; Pierre est décrit dans toute sa faiblesse d'homme reniant tout par peur de la torture.

Le procès romain

« Mais qu’a-t-il fait de mal ? » (15,10)

Le récit de Marc est maladroit. Pilate va au devant: «Tu es le roi des Juifs?», alors qu'il ne sait pas encore ce dont on l'accuse. Marc ne charge pas Pilate qui apparait plutôt comme favorable à Jésus. Il voudrait trouver une solution intermédiaire. La foule n'a pas encore d'opinion. Elle est aussi favorable à Jésus. Ce n'est qu'à l'instigation des autorités juives qu'elle choisira Barabbas. En attendant, Pilate est conscient de l'innocence de Jésus. En soulignant devant la foule que Jésus est leur roi, il vexe le peuple et contribue à son rejet définitif.

Jésus est torturé et ourragé

(15,21-32)

Jésus est ensuite outragé et torturé (Is 50,5-6).

La réquisition de Simon de Cyrène, père d'Alexandre et de Rufus, indique peut-être les destinataires de l'Évangile. Le lecteur est censé les connaître. En effet Paul nomme Rufus à la fin de l'épitre aux Romains (Rom 16,13).

Autre remarque, le fait qu'il revenait des champs montre que les événements n'ont pas lieu pendant la fête pascale, mais la veille.

L'évangéliste rythme la marche vers la mort : troisième, sixième, neuvième heure ! Un rythme liturgique de prière. Celui qui va mourir est le pauvre en détresse qui va voir la délivrance. Le Psaume 22 à la lumière de Pâques est une clef de compréhension de la passion (Ps 22,7-8. 18-19).

Une mort révélatrice

« Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (14,32)

Cette mort est décevante pour les juifs qui attendaient un libérateur. Les « craignant Dieu » reconnaissent sa véritable identité. Le cyrénéen et le centurion représentent cette première communauté faite de païens convertis et de juifs de la diaspora qui adhèrent au Seigneur : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15,3~9).

Il est accompagné de José, de Jacques, de Marie de Magdala, de Marie (Mc 6,3; 15,40,47). C'est leur foi qui est exprimée.

La Passion selon Saint Marc est à la fois le combat, le procès, la victoire de Jésus et de la communauté chrétienne. La mort de Jésus est relue et écrite probablement à travers le martyre de Pierre et de Paul mais sûrement des premiers chrétiens.


© SBEV. François Tricard

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org