571
Evangile de Marc
1462
Royaume
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Le Saux Madeleine
Les signes du Royaume selon saint Marc
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La venue du Royaume s'annonce dans les faits, des faits bien particuliers...
 

« Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché : convertissez-vous et croyez à l'Évangile » (Mc I,15). C'est la première parole de Jésus rapportée par Marc. La deuxième sera l'appel des premiers disciples, et tout de suite commence le récit des « actes de puissance » de Jésus. La venue du Royaume s'annonce dans les faits, des faits bien particuliers.

Signes de la puissance de Dieu

Marc raconte d'abord comment, à Capharnaüm, Jésus délivre un homme d'un « esprit impur ». Les témoins s'écrient : « Voilà un enseignement nouveau, plein d'autorité. Il commande même aux esprits impurs et ils lui obéissent » (1,28). Suivent d'autres guérisons : celles de la belle-mère de Simon, de « nombreux malades et démoniaques », d'un lépreux, d'un paralysé, d'un homme à la main desséchée, d'une multitude. « Tous ceux qui étaient frappés de quelque mal se jetaient sur lui pour le toucher ».

Ces récits paraissent plutôt étranges au lecteur d'aujourd'hui, tant à cause de la manière de guérir – Jésus pose les gestes coutumiers des guérisseurs de son temps – qu'en raison de l'omniprésence, visiblement redoutée, des démons ou « esprits impurs ». Au temps de Jésus, le peuple attribuait infirmités, malheurs et maladies à ces esprits dont le pouvoir était, bien entendu, opposé à l'action de Dieu. Proclamer la venue du Royaume de Dieu s'accorde donc tout naturellement avec des exorcismes et des guérisons. Loin de choquer, c'est un langage clair et adapté : si les démons sont mis en échec, c'est que la puissance de Dieu se manifeste par Jésus.

Signes de la venue du Sauveur

On sent aussi chez Marc le souci de montrer que les signes donnés par Jésus accomplissent les Écritures. Quand Jésus est « pris de pitié » pour la foule de ses auditeurs « parce qu'ils sont comme des brebis sans berger », on pense au Psaume 23 et à Ézéchiel 34,11 : « Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin ». Lorsque Jésus commande à la mer déchaînée et qu'elle lui obéit, on se souvient que, dans l'Ancien Testament, Dieu est le maître de la mer. Quant aux exemples, choisis parmi tant d'autres, de la guérison d'un sourd-bègue, de paralysés et d'aveugles, ou encore de la résurrection de la fille de Jaïre, ils reportent à Isaïe : « Voici votre Dieu... il vient lui-même vous sauver... Alors les yeux des aveugles verront, et les oreilles des sourds entendront. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie » (Isaïe 35,4-6). « Tes morts revivront, leurs cadavres ressusciteront » (Isaie 26,19).

Signes pour les croyants

Aux chrétiens que nous sommes, les rapprochements semblent évidents et nous nous disons : c'est le Règne de Dieu que vient inaugurer Jésus. Les contemporains de Jésus auraient dû comprendre. Nous voyons pourtant avec quelle insistance le Jésus de Marc entretient son secret. Discrétion autour des guérisons elles-mêmes : Jésus emmène le sourd-bègue « loin de la foule à l'écart » (7,33), « conduit hors du village » l'aveugle de Bethsaïde (8,23), met tout le monde dehors chez Jaïre (5,40). Il impose le silence aux témoins et aux bénéficiaires de ses « actes de puissance » : le lépreux, Jaïre et les trois disciples, le sourd-bègue, l'aveugle. Il interdit « sévèrement » aux démons qui le reconnaissent de dire qui il est. Le possédé de Gérasa peut, une fois guéri, proclamer « ce que le Seigneur a fait pour lui ». Mais il est encore trop tôt pour que soit révélée l'identité du guérisseur par qui le « Règne » arrive. On n'est pas prêt pour reconnaître en cet homme « celui qui vient sauver », ni le salut qu'il offre, ni surtout la croix qui va signer son œuvre.

Autre trait caractéristique : les signes du Royaume ne se réalisent que pour ceux qui croient. « Va, ta foi t'a sauvée », dit Jésus à la femme qui souffre d'hémorragies; et à Jaïre : « Sois sans crainte, crois seulement ». De même, les signes ne sont tels qu'à la mesure de la foi de chacun. Les disciples eux-mêmes ne comprennent pas ce qui arrive. Il y a loin entre le cri de l'esprit impur dès les débuts : « Tu es le Saint de Dieu » (1,24), et la confession du centurion à la mort de Jésus : « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu » (15,39). Sur cette longue route, les signes ont été multiples, offerts aux juifs et aussi aux païens, mais déchiffrés par les seuls croyants.

Marc lie indissolublement la foi, la Parole et les actes. Il est donné et demandé aux disciples de continuer les signes du Royaume. Les Douze reçoivent « autorité sur les esprits impurs » (6,7), « le Seigneur agit avec eux et confirme la Parole par les signes qui l'accompagnent » (16,17-20).

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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