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Pâques
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Sacrifice
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Marchadour Alain
Le sacrifice de la pâque
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Les sacrifices n'étaient pas inconnus des nomades israélites, avant l'Exode et le Sinaï...
 

Les sacrifices n'étaient pas inconnus des nomades israélites, avant l'Exode et le Sinaï. La révélation de Dieu à Moïse n'a pas effacé ces pratique antérieures. Elle leur a simplement donné un sens nouveau. Il en est ainsi du sacrifice de la Pâque, qui occupe la place centrale dans la religion d'Israël au temps de Jésus.

Le temps des nomades

Israël a toujours su que ses pères étaient différents de lui, vénéraient d'autres dieux et s'adonnaient à d'autres rites. Il a d'ailleurs entretenu sa mémoire par des rites fidèlement répétés, hérités du temps des ancêtres nomades. Ainsi, chaque année, lorsqu'au printemps le groupe s'apprêtait à changer de campement pour la transhumance, il prenait soin de se concilier les puissances divines. Pour cela, à la nuit tombante, à l'heure où les forces maléfiques se font plus menaçantes, on offrait un sacrifice pour les conjurer. Durant les déplacements à venir, les plus exposés étaient les jeunes agneaux. Aussi offrait-on l'un d'entre eux, né dans l'année. Son sang, dont les piquets de tente étaient marqués, garantissait la protection divine contre tout « fléau destructeur ». L'animal était ensuite rôti et mangé, accompagné de pains sans levain et d'herbes amères, selon la coutume du désert. Même quand la vie nomade prend fin, les Hébreux conservent ce rite comme une marque de leur identité propre. Au temps du séjour en Égypte, ils continuent, chaque printemps, de se retirer au désert pour y célébrer le sacrifice hérité de leurs ancêtres.

Le temps de l'Exode

Pourtant, vers le milieu du 13° siècle av. J.-C., ce rite va prendre une signification nouvelle. En ces temps-là, les conditions de vie des fils d'Israël deviennent de plus en plus difficiles : « Les Égyptiens asservirent les fils d'Israël avec brutalité et leur rendirent la vie amère par une dure servitude » (Exode 1,13). Plus que jamais les forces de mort se font menaçantes. Alors, comme chaque année, mais de façon plus pressante cette fois, les Hébreux demandent au Pharaon l'autorisation d'aller offrir leur sacrifice traditionnel dans le désert : « Laisse sortir mon peuple pour qu'il me serve. »

Mais le Pharaon résiste et une série de cataclysmes se déchaîne sur la terre d'Égypte et ses habitants. Finalement, conduits par leur Dieu – qui vient de se révéler à Moise comme un Dieu en alliance avec son peuple – les Hébreux peuvent sortir. Mais cette fois ils ne reviendront plus en terre d'Égypte, malgré la nostalgie de quelques uns. Cette sortie devient donc un événement nouveau et donnera au sacrifice annuel, désormais, un sens tout à fait nouveau.

Du rite ancien, bien des éléments subsisteront : le sang aux portes des maisons, l'agneau ou le chevreau rôti, les herbes amères, le pain sans levain, l'heure nocturne et enfin l'attitude du départ : ceinture, sandales et bâton en main. C'est le sens qui a changé. On célèbre l'irruption du Dieu vivant aux côtés du peuple sauvé. La fête de la Pâque devient historique : elle ne célèbre plus le rythme répétitif des saisons, mais l'acte libérateur du Dieu de l'histoire, cette année-là.

Le temps du mémorial

Le propre de l'événement, c'est qu'il n'arrive qu'une fois. Il ne peut se répéter que s'il devient événement liturgique, mémorial célébré. C'est ainsi que la fête de la Pâque devient dans la vie d'Israël un temps fort, la rencontre toujours recommencée de Dieu et de son peuple, le triomphe des forces de vie sur les puissances de mort toujours à l'œuvre. Au fur et à mesure du déroulement de l'histoire, cette fête, au sens sacrificiel très parlant, recueillera le résumé de l'expérience d'Israël face à son Dieu.

Ainsi un commentaire ancien du récit de la Pâque, un targoum, considère qu'en cette nuit-là se sont réunies les quatre grandes nuits de l'histoire du monde : la nuit de la Création, quand « sur la confusion, le chaos et la ténèbre, brillait la lumière »; la seconde nuit, quand Isaac fut arraché à la mort par l'ange de Dieu; la troisième, « quand le Seigneur protégeait les premiers-nés d'Israël » (la Pâque) et la quatrième, « quand le monde arrivera à sa fin pour être dissous ».

Du sacrifice sanglant des nomades à la mort du Christ, en passant par la Pâque historique des Hébreux, il y a continuité et accomplissement. En la mort du Christ, ressuscité par son Père, le sens profond du sacrifice se révèle : les puissances de mort sont vaincues. Dans le grand voyage de l'aventure humaine, Dieu accompagne et protège l'homme.

© SBEV. Alain Marchadour

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org