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Alliance
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Sacrifice
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Barrios Dominique
Le sacrifice de l'alliance (Genèse 15)
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« Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abraham... »
 

« Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abraham... » Pour mieux percevoir le caractère solennel et contraignant de ce pacte, on pourrait traduire : « le Seigneur scella une alliance », car aujourd'hui un pacte d'alliance est écrit, signé, marqué d'un sceau.

En hébreu, le terme employé signifie littéralement « coupa l'alliance » : I'image sous-jacente n'est pas celle d'un sceau authentifiant un document écrit, mais celle d'un sacrifice : une alliance qui se conclut, se « coupe », comme on coupe en quartiers les animaux pour le sacrifice; ils sont alors le symbole du châtiment réservé à celui qui romprait l'alliance.

« Va me chercher une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et un pigeonneau ». Il lui amena tous ces animaux, les partagea par le milieu et plaça chaque moitié vis-à-vis de l'autre. Cependant il ne partagea pas les oiseaux. Les rapaces s'abattirent sur les cadavres, mais Abraham les chassa.

On connaît dans l'Ancien Orient beaucoup de textes et de traités d'alliance, entre tribus ou peuples et entre particuliers – souvent entre un suzerain et son vassal, Or le sacrifice n'en est pas un élément obligatoire.

Dans la Bible, le Pacte de Sichem (Josué 24), où Josué « coupe l'alliance » pour le peuple, ne semble accompagné d'aucune immolation.

Mais avec ce récit de la Genèse, nous assistons en quelque sorte à un sacrifice fondateur de toute l'alliance entre Dieu et son peuple.

Et il faut noter ici un fait particulièrement remarquable. Normalement, lors d'une alliance entre un seigneur et son vassal, c'est le vassal à qui est imposé le traité que l'on menace de châtiments et de malédictions s'il n'y est pas fidèle. Et c'est bien ainsi que l'entend Jérémie (cf. Jérémie 34,15) quand il évoque ce vieux ritue1 des animaux partagés comme une menace proférée par Dieu contre les hommes qui l'ont trahi. Or, ici, c'est Dieu lui-même qui passe entre les animaux partagés sous la forme du feu et de la fumée, comme plus tard au buisson ardent, ou bien dans le désert, pour guider les Israélites. C'est Dieu qui prend ainsi sur lui les obligations de l'alliance : « Quand le soleil fut couché et que les ténèbres s'étendirent, voici qu'un four fumant et un brandon de feu passèrent entre les animaux partagés. Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abraham. »

C'est le Seigneur suzerain qui s'engage ici vis-à-vis de son vassal par une promesse sans contrepartie, et il s'engage seul : son alliance est un don, la ratification solennelle d'une promesse (« À ta postérité, je donne ce pays »), un engagement fondé sur son amour et sa fidélité.

Et Abraham est saisi de torpeur et d'effroi.

Un rapprochement inattendu s'impose tout d'un coup à l'esprit : cet homme pris de torpeur, ce Dieu qui renonce à sa majesté pour se soumettre, comme le ferait un homme, aux exigences de l'alliance qu'il propose, ne nous entraîne-t-il pas vers le jardin de Gethsémani où, près des disciples endormis, Jésus s'engage sur le chemin du dernier sacrifice de l'Alliance ?

© SBEV. Dominique Barrios

 
Gn 15
 
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