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Gruson Philippe
Les sacrifices d’animaux dans la Bible
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Pourquoi la religion d'Israël a comporté tant de sacrifices d'animaux ?
 

Nous avons bien du mal à comprendre, surtout aujourd'hui, pourquoi la religion d'Israël a comporté tant de sacrifices d'animaux. Quel est ce D`eu qui ordonne. de tels abattages ? Pourquoi les fidèles croyaient-ils que le sang qui coulait et la graisse qui brûlait lui faisait plaisir ?

Des animaux purs et impurs

Le récit du déluge rapporte que Noé a emmené avec lui, dans l'arche, sept couples des animaux purs et un seul des animaux impurs (Gn 7,2). En effet, on ne peut sacrifier à Dieu que des animaux purs, de ceux qui se mangent. Deux listes d'animaux impurs (Lv 11 et Dt 14) essaient de justifier ces anciens tabous. Pour les quadrupèdes, ne sont purs que les animaux « qui ont le sabot fendu et qui ruminent » (Lv 11,3), c'est-à-dire les bovins, ovins et caprins. Dt 14,4-5, ajoute une liste de 7 animaux sauvages comme le cerf, la gazelle et l'antilope. Se trouvent donc exclus comme impurs tous les quadrupèdes qui n'ont pas le sabot fendu, comme le chameau, le cheval et l'âne, ou « qui marchent sur la plante des pieds » (sans sabots), comme le lion, l'ours, le chien. Du côté des poissons, sont interdits tous ceux « qui n'ont ni écailles ni nageoires » (entre autres tous les fruits de mer !). Quant aux oiseaux, la liste des 21 volatiles impurs (Dt 14,1-20) ne laisse à la consommation et aux sacrifices que le passereau, la colombe, la tourterelle, la caille et la perdrix.

Mais d'où viennent ces interdits ? Sur quoi se fonde la répulsion qu'on éprouve à l'idée de manger certains animaux ? Du moins dans une culture donnée, car cela varie selon les pays... Ce monde des tabous n'est pas rationnel et nous ne le comprenons qu'en partie. Il peut s'agir de l'hygiène : telle viande peut rendre malade, notamment à cause des parasites, ou de son altération rapide en pays chauds (comme les fruits de mer). Certaines viandes ont un goût bizarre ou désagréable. Sont également exclus tous les carnassiers, parce qu'ils se nourrissent de charognes. Mais il existe aussi des raisons idéologiques : tel animal est associé à des cultes païens (comme le porc, à Babylone et dans le monde grec). Inversement, les Égyptiens de l'île d'Éléphantine, au Ve s. avant J.-C. ont attaqué les juifs et détruit leur temple, parce que ceux-ci immolaient et mangeaient des moutons pour la Pâque, alors que c'était l'animal tabou des fidèles du dieu-bélier Khnoum.

Pourquoi sacrifier des animaux ?

À propos de l'agneau pascal ou de tout autre sacrifice israélite, nos contemporains se posent de plus en plus la question. Il faut d'abord se rappeler que les anciens mangeaient peu de viande, seulement à certaines occasions, notamment lors des fêtes (religieuses), et donc en lien avec des sacrifices. Anciennement, jusqu'à la réforme de Josias (622), tout animal pur ne peut être tué que dans un sanctuaire, selon un rite précis. L'interdit du sang exige que la bête meure en perdant son sang et que celui-ci soit versé sur l'autel. Car si on ne doit jamais consommer du sang, c'est précisément parce que le sang, c’est la vie. Or toute vie vient de Dieu et lui appartient.

Si toutes les religions ont connu des sacrifices d'animaux, c'est parce que le culte suppose que l'homme offre à son dieu ce qu'il a de mieux. Et qu'y a-t-il de plus précieux que la vie ? En Israël, comme chez tous les peuples éleveurs, le bétail symbolise la richesse. On y pratique le sacrifice du premier-né des animaux, pour reconnaître que la vie vient de Dieu et qu'il en reste le seul maître. Mais la grande innovation d'Israël est justement l'interdit absolu du sacrifice humain, et donc le « rachat » du garçon premier-né par le sacrifice d'un animal (Ex 13,11-15). Dans ce cas, l'animal semble bien être un substitut de l'enfant. Dans un sacrifice israélite, l’important n'est pas du tout l'immolation, la mise à mort (comme dans d'autres religions), mais le fait de verser le sang de l’animal sur l'autel. Le sacrifice n'est pas la destruction d'une vie mais son offrande à Dieu. C'est particulièrement évident dans trois rituels : l'agneau pascal, l'alliance et Kippour.

Le sang pour 1'absolution

Le sang qui marque les maisons des Israélites pour la nuit de la Pâque, est une mise à part : à la fois une protection du fléau (la mort des premiers-nés) et une consécration à Dieu qui va libérer son peuple. Le rite du sang pour l'Alliance du Sinaï (Ex 24,6-8) est encore plus clair : l'immolation des taurillons est un rite préparatoire, secondaire, accompli par des jeunes; mais c'est Moïse seul qui asperge de ce sang l'autel (symbole de Dieu) et le peuple qui vient de s'engager à vivre selon la Loi. C'est désormais un même sang, une même vie, qui relie les deux partenaires de l'Alliance. Jésus dira la même chose : « Voici mon sang de l'Alliance nouvelle versé pour vous... »

Lors de la fête de Kippour, le rite central qui obtient l'absolution des péchés est celui accompli par le grand prêtre seul : à sept reprises il asperge de sang le dessus de l'arche, le « propitiatoire », autre symbole ,de la présence de Dieu. Et même lorsque l'arche aura disparu, dans le Second Temple, le grand prêtre continuera de faire ces aspersions dans le Saint des saints vide. Le sang sert alors à purifier, à exclure les péchés de tout le peuple, parce que « la vie d'une créature est dans le sang; et moi, je vous l'ai donné, sur l'autel, pour l'absolution de votre vie. En effet, le sang procure l'absolution parce qu'il est la vie » (Lv 17,11).

En aucun cas le sang ne signifie la mort, et donc un châtiment que l'animal – innocent – subirait à la place des humains, seuls coupables. La preuve, c'est que tout animal sacrifié est considéré comme « très saint », consacré, même s'il s'agit d'un sacrifice pour le péché; on ne doit le brûler ou le manger que dans le sanctuaire. Selon le rituel de Kippour un animal est bien chargé symboliquement des péchés de tout Israël, c'est le « bouc émissaire ». Mais il n'est pas du tout mis à mort; au contraire on l'éloigne des régions habitées et on l’envoie au désert (Lv 16,20-22).

La fin des sacrifices d'animaux

Avec la destruction du Temple magnifiquement reconstruit par Hérode, les légions romaines de Titus ont mis fin à tous les sacrifices israélites en l’an 70 de notre ère. Avant cette date, l'auteur anonyme de l'Épître aux Hébreux a déjà exprimé l'opposition entre le culte du Temple et celui offert par Jésus et célébré dans les communautés chrétiennes. Il met en valeur le contraste entre « le sang des boucs, des veaux et des taureaux » et celui de Jésus qui peut purifier les consciences (He 9,12-14).

Pour ce faire, il cite un psaume qui relativisait déjà le système des sacrifices d'animaux : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande... tu n'as demandé ni holocauste ni expiation. Alors j'ai dit : Me voici, je viens... Mon Dieu, je veux faire ce qui te plaît... » (Ps 40,7-9).

On pourrait encore lire bien d'autres textes dans le même sens, où les sacrifices d'animaux ne sont qu'un moyen pour l'homme d'exprimer sa volonté d'être au service de Dieu et de faire sa volonté : par exemple Ps 51,18-19; Ps 50,8-23 et surtout Os 6,6 : « C'est l'amour qui me plaît, et non le sacrifice... », que Jésus citera après avoir appelé le douanier Matthieu (Mt 9,13). Les chrétiens n'auront guère de peine à quitter le culte du Temple. D'ailleurs jamais les évangiles, qui montrent parfois Jésus dans le Temple, ne laissent supposer qu'il y a offert un sacrifice. L'offrande d’un couple de tourterelles ou de pigeons pour la purification de Marie au Temple (Lc 2,22~24) a un tout autre sens. Paul parlera de « sacrifices spirituels » pour désigner la vie chrétienne : « Offrez-vous vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel » (Rm 12,1; cf. 1 Pierre 2,5).


© SBEV. Philippe Gruson


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