227
Animaux
252
Bible
57
Mal
2
Stricher Joseph
Les bêtes du mal dans la Bible
Gros plan sur
 
Commencer
 
Dans la Bible, certains animaux permettent d'évoquer le mystère du mal...
 

Le Mal ne peut se décrire : on ne peut que l'évoquer, comme Dieu. Du serpent de la Genèse au dragon de l'Apocalypse, les auteurs de la Bible déploient un bestiaire fantastique qui fascine et fait peur. C'est toujours une manière pour eux d'affirmer leur foi en Dieu vainqueur du Mal.

Une ville envahie par les chats sauvages, des maisons habitées par les hiboux et les autruches, des palais envahis par les hyènes et les chacals, avec des satyres qui dansent dans les ruines, c'est ainsi que le prophète Isaïe imagine Babylone dans l'avenir (Is 13,21). Il en dira autant pour le royaume ennemi d'Édom : « Les chats sauvages y rencontreront les hyènes, les satyres s'y répondront. Et là aussi s'installera Lilith : elle y trouvera le repos. C'est là que le serpent fera son nid, pondra, couvera ses œufs et les fera éclore sous sa protection » (Is 34,1415). La plupart de ces animaux sont inoffensifs, même les satyres, qui ne sont que des boucs. Mais leur présence, leurs danses et leurs cris, là où devraient vivre des humains, crée une impression de malaise et de mort. Impression renforcée par la présence du serpent, qui se multiplie sous la protection d'un être démoniaque femelle: la Lilith.

Le serpent qui fait peur

De tous temps le serpent cause des frayeurs. Vipère ou cobra, il peut mordre et faire mourir (Dt 32,33; Gn 49,17). Il est inquiétant à plus d'un titre: il ne se déplace pas comme les autres animaux, il circule sous terre du côté du shéol, il peut foudroyer sans faire aucun bruit, aussi bien au désert (Dt 8,15) qu'à la maison (Am 5,19). Avec d'autres fléaux, il fait partie des calamités que Dieu peut envoyer contre les impies : « Je lâche contre vous des serpents, des vipères insensibles aux charmeurs; ils vous mordront, oracle du Seigneur » (Jr 8,17; Si 39,30). Avec sa reptation silencieuse et fascinante, il n'est pas étonnant que le serpent soit devenu le symbole de la prudence méfiante (Mi 10,l6) et de la ruse (2 Co 11,3). Sa langue fourchue et ses crochets venimeux évoquent la méchanceté et la violence de celui qui prémédite le mal : « Ils ont dardé leur langue comme le serpent, ils ont du venin d'aspic entre les lèvres » (Ps 140,4).

Le serpent symbole du mal

Dans les récits bibliques, le serpent représente les forces du mal. Au paradis, « la plus astucieuse de toutes les bêtes que le Seigneur Dieu avait faites » pousse l'homme et la femme à la méfiance et à la révolte contre Dieu. « Par la jalousie du diable, la mort est entrée dans le monde » commente le livre de la Sagesse (2,24).

Dans les Actes des Apôtres, le serpent se met par deux fois en travers de la route de Paul. Une fois sous la forme d'un « esprit python », un esprit de divination qui possède une jeune servante (Ac 16,16-18). Une autre fois sous la forme d'une vipère bien réelle (Ac 38,3-6). La première fois, il se fait expulser et la seconde, malgré ses crochets enfoncés dans la main de Paul, il ne peut plus faire de mal et tombe dans le feu. « Voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront dans leurs mains des serpents, et s'ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal » avait annoncé le Ressuscité (Mc 16,17-18).

Les auteurs de l'Ancien Testament utilisent encore l'image du serpent rendu inoffensif pour dire le salut. Lors de l'Exode, le simple fait de regarder le serpent de bronze sur une hampe permet aux fils d'Israël de ne pas mourir des morsures qu'ils ont reçues (Nb 21,4-9). Quand il se contente de manger de la poussière (Is 65,25) ou qu'il laisse les enfants jouer à proximité de son nid (Is l1,8), le serpent signifie que le Règne de Dieu arrive.

Les monstres

En plus du serpent, les textes bibliques décrivent des animaux de plus en plus fantastiques et monstrueux, pour signifier la victoire de Dieu sur toutes les forces du Mal. Aux appels révoltés de Job qui souffre, Dieu répond en décrivant les deux bêtes les plus extraordinaires qu'il a créées. L'une s'appelle Behémoth et l'autre Léviathan (Jb 40,15 -41,26). À lire ces descriptions, on reconnaît l'hippopotame et le crocodile. Mais il y a plus que cela : ces bêtes rejoignent la galerie dés monstres mythiques, marins qui peuplent l'imaginaire des Orientaux.

Rahab, c'est le Tempêtueux, le monstre du chaos, et Tannin, le Dragon des origines, le grand monstre marin. Ils sont vaincus par Dieu en un combat primordial (Ps 89,11; Jb 7,12). Le Seigneur, de la même façon, a fixé ses limites à Yam, l'Océan (Jb 38,11) et a maîtrisé Tehom, l'Abîme, au début de la création (Gn 1,2). Léviathan, que la mythologie cananéenne qualifie de « serpent fuyant et tortueux » est frappé par la puissante épée divine (Is 27,1). On l'imagine comme une hydre dont le Seigneur écrase les multiples têtes (Ps 74,14). Il est même le jouet que le Créateur s'est réservé pour s'en amuser (Ps 104,26).

Tous ces monstres redoutables paraissent en effet ridicules à côté de la force du Créateur : il les maîtrise sans aucune peine pour dégager un espace habitable pour l'homme. En répondant à Job, Dieu n'a pas expliqué les forces du Mal, mais il s'est révélé plus fort qu'elles, ce qui doit inciter Job à lui faire confiance. Les monstres peuvent aussi représenter des nations ennemies. Quand le dragon prend la forme du crocodile, il est facile de deviner qu'il symbolise l'Égypte (Ez 29,3). En Isaïe 51,9-10, 1'épée qui s'abat sur les bêtes monstrueuses est à la fois un rappel du Dieu créateur qui écrase les forces du mal, et du Dieu libérateur qui combat pour faire sortir son peuple du territoire ennemi.

Les bêtes

Dans le livre de Daniel apparaît une dernière catégorie d'animaux fantastiques : les quatre Bêtes de la vision du chapitre 7. Elles sortent de la Grande Mer; en langage à peine codé, elles désignent les empires qui se succèdent dans la région. Au lion ailé (Babylone) succède l'ours (les Mèdes), puis le léopard (les Perses). Mais la plus terrible des Bêtes est la dernière, qui ne ressemble à rien de connu. Mais l'auteur la connaît bien, puisqu'il la subit : elle représente l'empire des Grecs, les Séleucides de Syrie qui dominent les Juifs depuis 200 avant J.-C., en particulier le roi persécuteur, Antiochus IV.

Dans le Nouveau Testament, le livre de l'Apocalypse reprend, développe et actualise ces images de Daniel. Au ch. 13, « la Bête qui monte de la mer » est l’Empire Romain, associée à « la Bête qui monte de la terre » (v. 11) et persécute les chrétiens. Son pouvoir lui vient du Dragon (v. 2), « l'antique serpent, celui qu'on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier » (12,9). En accomplissement de l’ancienne promesse (Gn 3,15), le Dragon s'attaque sans succès à la femme et à sa descendance (Ap 12) et il est vaincu. À la fin du livre, il est précipité dans l'étang de feu, avec la Bête. Un ciel nouveau et une terre nouvelle pourront surgir, car il n'y aura plus de Mer.

© SBEV. Joseph Stricher


Pour consulter d'autres articles permettant de réfléchir sur le place et l'importance des animaux dans la Bible, cliquer ici

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org