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Dubreucq Marc
Dieu, les animaux et nous
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Les récits de la création et du déluge sont porteurs d'une réflexion profonde sur l'homme et sur son humanité...
 

Les récits de la création et du déluge sont porteurs d'une réflexion profonde sur l'homme et sur ses relations avec les animaux. Ceux-ci ne sont pas seulement les figurants des récits d'origine, ils nous révèlent à notre humanité. Relisons ces textes fondateurs, rédigés du 8e au 5e siècles avant Jésus.

Qu'est-ce qui distingue l'homme de l'animal ? Le premier chapitre de la Genèse répond à cette question. Après les végétaux, les animaux reçoivent l'ordre de se reproduire « selon leur espèce » (1,21.24-25). Cette expression revient dix fois dans le poème de la création; elle témoigne de la multiplicité, du foisonnement de la vie végétale et animale. Mais il n'en va pas de même pour l'homme, créé après les animaux : « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, mâle et femelle il les créa » (1,27). Pour l'être humain seul est indiquée la différence des sexes.

L'homme dans le projet de Dieu

Réaliser l'unité de l'humanité est la tâche que Dieu confie à l'homme; en même temps, celui-ci reçoit l'ordre d'établir une harmonie dans le monde des vivants : « Emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux

du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre » (1,28). Cette harmonie est à vivre de manière pacifique : les animaux ne se dévorent pas car Dieu leur donne comme nourriture « toute la verdure des plantes » (l,30). Le vrai visage de l'homme est donc de devenir « père d'une humanité une et en même temps rassembleur de la diversité des vivants ». Lorsque l'homme accepte cette mission de Dieu et l'accomplit de manière fidèle, les animaux vivent en paix et leur diversité fait encore ressortir la dignité étonnante de l'humanité. Alors son unité devient le reflet du projet de Dieu.

Nous savons bien pourtant que l'humanité est souvent divisée, et les auteurs de la Bible le savent aussi. Sans cesse les hommes brisent l'unité, se rejettent les uns les autres et retournent à l'animalité « chacun selon son espèce ». Face à la réalité brutale, l'intention du rédacteur semble alors pleine d'espérance : loin de se résigner à cette humanité divisée, il annonce la promesse faite par Dieu dès l'origine, déposée en l'homme comme un don.

L'animalité de l'homme

Mais, dès les débuts de l'Histoire, c’est la bête qui prend le dessus et commande à Caïn de tuer son frère : « Le péché n'est-il pas à ta porte, une bête tapie qui te convoite et que tu dois dominer ? » (4,7). Après le meurtre du premier frère, la violence n'est plus contenue : « Noé engendra trois fils, Sem, Cham et Japhet (de ceux-ci sortiront toutes les familles dé la terre). La terre se pervertit devant Dieu et elle se remplit de violence » (6,10-ll). L'homme n'obéit plus à l'ordre de Dieu, qui l'avait établi comme maître d'une création paisible; la violence partout présente révèle que l'homme obéit à l'animal qui « sommeille à sa porte ». Lorsqu'on oublie l'appel premier de l’humanité, les nations se divisent comme les espèces animales, les plus fortes survivent aux dépens des plus faibles : c'est le règne animal qui sert de modèle à l'homme.

Voilà donc la situation après le déluge résumée en trois phrases : Dieu maintient la vocation de l'homme : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre » (comme en 1,28). Mais l'homme règne par « la crainte et l'effroi » sur le monde animal (9,2). Cependant Dieu accorde à l'homme de tuer l'animal pour s'en nourrir. L'image de l'homme n'est donc plus celle d'un maître semblable à Dieu, qui règne par la parole, par la raison et par l'amour : il s'affirme par la force aussi bien sur les animaux que sur les autres hommes. L'homme tue l'animal pour s'en nourrir : il se révèle par ce geste, comme dans un miroir, capable de tuer le frère et de régner par une loi de fer.

La limite du sang

La loi de l'Alliance avec Noé, après le déluge, prend acte de la situation dans laquelle vivent les hommes. Comment ne pas détruire à tout jamais l'image de Dieu déposée au cœur de l'homme ? L'interdiction de consommer le sang de l'animal (9,4) est comme une limite à la loi de violence; une limite symbolique, une digue pour empêcher la destruction. Le sang, c'est la vie; on peut se nourrir de la chair, mais non de la vie, qui appartient à Dieu seul. Le peuple juif observe toujours cette règle alimentaire; pourtant elle a été donnée à toute l'humanité : à Noé et tous ses descendants. L'interdit du sang reste lié à la violence envers ses frères.

Ainsi Dieu accompagne l'homme dans sa faiblesse mais en même temps, il cherche à le relever. Cette loi, par son aspect particulier et provisoire, rappelle le sens de l'histoire humaine, son passé et son avenir possible. Le monde est désormais éclairé par l'arc-en-ciel, signe de l'Alliance que l'homme peut vivre avec Dieu, en maîtrisant son animalité.

De Noé à Jésus, le nouvel Adam

Cet avenir nouveau est déjà symbolisé par 1’arche de Noé. Ce juste aux yeux de Dieu a commandé aux animaux pour les faire entrer dans l'arche et les sauver. Il est un nouvel Adam, image de Dieu, qui fait vivre les animaux en paix dans l’arche; la colombe en est le symbole. Voilà une humanité nouvelle qui se met à naviguer au milieu des éléments déchaînés : en elle est le germe d'un peuple où toutes les nations seront invitées à se rassembler dans la paix. Mais la loi du sang à respecter rappelle l'aspect provisoire de cet état : quand donc viendra le nouvel Adam définitif ?

Le règne du Christ est celui de l'agneau. Il s'agit bien du seul animal qui ne tue personne mais qui est souvent tué. Le langage qui décrit cet achèvement auquel la création toute entière aspire est encore symbolique. Il reprend les images du prophète Isaïe, pour dire l'attente du royaume messianique, la venue du fils de David : « Le loup habite avec l'agneau, la panthère se couche près du chevreau; veau et lionceau paissent ensemble sous la conduite d'un petit garçon » (Is 11,6-8). Le Ressuscité, nouvel Adam définitif, l'agneau pascal donné en partage a montré la douceur humaine envers ses frères tout comme envers les animaux.

© SBEV. Marc Dubreucq


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