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Le Saux Madeleine
L'homme et les animaux
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Dans la Bible, les animaux n'intéressent pas pour eux-mêmes. Ils apparaissent toujours en relation avec l'homme...
 

De toute évidence il n'est pas de parole sur les animaux qui ne vienne des humains. Aussi ce que nous disons d'eux parle de nous également. Dans la Bible, les animaux n'intéressent pas pour eux-mêmes. Ils apparaissent toujours en relation avec l'homme.

Une commune condition

Dans le Proche Orient ancien, comme dans toutes les vieilles civilisations rurales, hommes et bêtes vivent très proches les uns des autres et, pour une grande part, partagent la même vie. L'homme biblique voit tout naturellement dans l'animal un « vivant » qui lui ressemble. Les animaux ont, comme les humains et avant eux, été créés par Dieu, le Vivant, à l'origine de tous les vivants. Le poème de la création, au début de la Genèse, leur fait une large place : « grouillement d'êtres vivants dans les eaux », oiseaux dans le ciel, grands serpents de mer et « toute la gent ailée », bestiaux, bestioles, bêtes sauvages sur la terre, tous « créés selon leur espèce ». Ensuite apparaît l'homme, unique dans sa différence puisque « à l'image et à la ressemblance » du Créateur et fait pour dominer les autres vivants. À l'un comme aux autres cependant, Dieu commande : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre... »

Le sage Qohéleth pousse plus loin la similitude : pour lui, « le sort de l'homme et le sort de la bête sont identiques : comme meurt l'un, ainsi meurt l'autre, et c'est un même souffle qu'ils ont tous les deux » (Qo 3,19). En ce sens les enfants des hommes sont comme des bêtes, venant eux aussi de la poussière et retournant à la poussière. D'autres textes moins pessimistes montrent que le Créateur ne les oublie pas pour autant. Tous, ils attendent du Seigneur qu'il leur donne « en son temps leur manger » pendant leur vie si brève. « Il ouvre sa main, ils se rassasient » (Ps 104,27-28). Plus tard Jésus lui-même compare la sollicitude du Père commun à l'égard des humains et à l'égard des petits oiseaux : « Est-ce que l'on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Pourtant, pas un d'eux ne tombe à terre sans votre Père... Soyez donc sans crainte » (Mt 10,29-31). Pour le meilleur et pour le pire, la vie des hommes et celle des animaux présentent bien des points communs.

Reflets et reproches

Il arrive que l'homme biblique trouve dans les animaux le reflet de sentiments et de désirs humains. La biche cherchant les eaux vives renvoie au psalmiste l'image de sa propre soif de Dieu (Ps 42,2-3). Plus souvent, les qualités attribuées aux bêtes constituent des reproches vivants pour les hommes. « Un bœuf connaît son propriétaire, dit Isaïe, et un âne la mangeoire chez son maître, mais Israël ne connaît pas le Seigneur » (Is 1,3). Quant à l'auteur des Proverbes, il semble prendre un malin plaisir à attirer l'attention de ses lecteurs sur des modèles animaux. Le paresseux s'entend conseiller : « Va vers la fourmi... Considère sa conduite et deviens un sage. Ou bien va vers l'abeille et considère combien elle est laborieuse et combien noble est l'œuvre qu'elle accomplit (le miel) » (Pr 6,6-8, avec l'addition de la Septante). Plus loin, dans une sorte de devinette, il loue « quatre êtres tout petits et pourtant sages parmi les sages »; de qui s'agit-il ? Ce sont les fourmis qui savent se nourrir même en été, les damans qui habitent les rochers, les sauterelles qui vivent en bandes et les lézards qui s'introduisent dans les palais (Pr 30,24-28). Ou encore : « ils sont trois à avoir belle allure et quatre ont une belle démarche : le lion... le zèbre... le bouc... et le roi à la tête de son armée » (Pr 30,29-31).

Peurs et menaces

Les terreurs des humains prennent aussi figure animale. Les bêtes féroces, bien sûr, entrent alors en scène, désignant des ennemis redoutables. Le malheureux du Ps 22, dont Jésus reprendra l'appel sur la croix, se sent cerné par de nombreux taureaux, des bêtes du Bashân, des chiens, des lions déchirant et rugissant : toute une bande de malfaiteurs. Il supplie le Seigneur de le délivrer des pattes du chien, de la gueule du lion, des cornes des buffles... et de l'épée. Point n'est besoin que les animaux impressionnent par leur taille. Il suffit qu'ils soient très nombreux pour devenir dangereux. Ainsi les sauterelles, les grenouilles ou les mouches des plaies d'Égypte, contre lesquelles il n'est pas de protection selon le livre de la Sagesse 16.

Tous ces êtres vivants représentent pour l'homme, d'une manière ou d'une autre, une menace de mort. Aussi est-ce le signe du salut que de pouvoir marcher « sur le lion et la vipère », piétiner « le tigre et le dragon » (Ps 91,13), prendre dans ses mains des serpents sans en ressentir aucun mal (Mc 16,18; Ac 28,3-5), savoir se garder des loups féroces (Ac 20,29.31) ou de la ruse d'un renard comme Hérode (Lc 13,32). Quand « le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur », selon Isaïe, les animaux ne s'entre-dévoreront plus et « le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra » : toute crainte sera bannie (Is 11,6-9).

Mots de tendresse et d'amour

Quand le jeune Tobie prend la route avec son mystérieux compagnon pour la lointaine Médie (l'Iran), « le chien aussi partit avec lui » et au retour il les suivait encore (Tb 6,1; 11,4). L'âne et le bœuf sont les aides indispensables pour travailler la terre et porter les fardeaux. Le roi-messie annoncé par Zacharie entre dans Jérusalem « humble et monté sur une ânesse et sur ânon » 22,32-33). Chez un peuple d'éleveurs, l'agneau et la brebis se mêlent à la famille (2 S 12,3).

Jacob bénissant ses enfants avant de mourir compare plusieurs d'entre eux à des animaux : Juda est un lionceau, Issakar un âne solide, Dan un serpent, Nephtali une biche et Benjamin un loup (Gn 49,9.14.17.21.27). Bien des personnages bibliques portent même des noms d'animaux. Or on sait que, dans la Bible, le nom exprime toute la personne. Rachel, la bien-aimée de Jacob, est la brebis (à l'instar d'Agnès dans nos langues latines). Job, après ses épreuves, appelle sa première fille Tourterelle. Jonas signifie colombe et Caleb, le courageux messager de Josué, veut dire chien.

Rien d'étonnant à ce que l'amour et la tendresse s'inspirent d'un vocabulaire animal pour s'exprimer. Le fiancé et la fiancée du Cantique des Cantiques – selon une coutume immémoriale pour ceux qui s'aiment, encore aujourd'hui – s'appellent de noms d'animaux : biche, chevrette, gazelle, faon, cavale, colombe, etc. Dieu lui-même prend figure de l'aigle qui veille sur son nid (Dt 32,11) et emporte les siens sur ses ailes (Ex 19,4), ou encore du lion auquel rien ne résiste (Os 5,14). Le Serviteur du Seigneur, qui se sacrifie pour son peuple, est « un agneau traîné à l'abattoir, une brebis muette devant ses tondeurs » (Is 53,7).

Aux yeux du Seigneur

Le Créateur a le souci de tout ce qu'il a fait. C'est lui, est-il dit au livre de Job, qui pourvoit aux besoins de la lionne et des lionceaux, du corbeau et de l'onagre. Il veille sur les biches et les faons, l'autruche et l'épervier. Il donne leur force au bison et au cheval (Jb 38,39 – 39,30). L'alliance conclue avec Noé s'étend aux oiseaux, bestiaux et bêtes sauvages (Gn 9,10-11). Et donc la loi les concerne également. Ce peut être pour le châtiment : si un bovin encorne un humain, l'animal sera lapidé (Ex 21,28). Mais c'est aussi pour la justice : « Tu ne muselleras pas le bœuf quand il foule le blé » (Dt 25,4). Le sabbat leur garantit le repos, tout comme aux humains (Dt 5,14). Et l'on doit secourir l'âne ou le bœuf tombés sous leur fardeau (Dt 22,4). À Ninive, ils font pénitence et jeûnent comme les humains (Jon 3,7) ! Leurs premiers-nés, comme ceux des hommes, appartiennent au Seigneur et doivent lui être consacrés (Ex 13,15). De mille façons, la Bible dit l'importance et la grandeur des animaux créés par Dieu. Pourtant ils ne sont pas les plus grands dans la création. Le plus grand, c'est l'homme. Le Psaume le dit d'un mot : « Tout fut mis par toi sous ses pieds ».

© SBEV. Madeleine Le Saux


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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org