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Actes des Apôtres
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Pierre
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Beaude Pierre-Marie
Pierre dans les Actes des Apôtres
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S'il fallait caractériser d'un mot la figure de Pierre dans les Actes des Apôtres, on dirait volontiers qu'il est responsable...
 

Pierre el Paul : deux personnalités, deux tempéraments différents. On sait que leur rencontre provoqua parfois des orages : « Quand Pierre vint à Antioche, je m'opposai à lui ouvertement », dit Paul dans sa lettre aux Galates. Dans les Actes des Apôtres, Luc leur accorde une grande place. En bon écrivain soucieux d'équilibre et de paix, il retravaille ses personnages pour que chacun soit mis en valeur sans faire d'ombre à l'autre.

S'il fallait caractériser d'un mot la figure de Pierre dans les Actes des Apôtres, on dirait volontiers qu'il est responsable. Souvent nommé le premier, il est celui qui parle au nom des autres, celui qui réfléchit, juge une situation, prend des décisions. Suivons-le au long du récit.

La première fois que Luc mentionne les apôtres un à un, Pierre est nommé en tête. C'est après l'Ascension; tout le monde s'est retiré dans la chambre haute : « Il y avait là : Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe et Thomas... » (1,13). Un peu plus loin, c'est lui qui prend l'initiative de donner un remplaçant à Judas (1,15).

Quand vient la Pentecôte, Pierre qui est là « avec les Onze » se lance dans un discours argumenté : « Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié » (2, 36). De la mort et de la résurrection de Jésus, du don de l'Esprit, il est le tout premier héraut. Et il exhorte le peuple : « Convertissez-vous; que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit » (2, 38).

Aux chapitres 3 et 4, il joue encore un rôle de premier plan comme thaumaturge et homme de la Parole. Accompagné de Jean – le deuxième apôtre de la liste citée plus haut –, il guérit un infirme de naissance installé à la porte du Temple. Le miracle est un signe opéré « au nom de Jésus Christ le Nazôréen ». Et le discours qui suit, prononcé par Pierre, dégage la portée de l'événement et invite à la conversion. Envoyés en prison par les prêtres, Pierre et Jean sont interrogés par le Sanhédrin; et c'est Pierre encore qui parle devant le tribunal. L'épisode se termine par le retour des deux apôtres chez leurs compagnons à qui ils racontent ce qui vient de se passer. Toute la communauté prie; l'Esprit Saint est donné à chacun. L'assurance dont Pierre et Jean ont fait preuve devant le Sanhédrin est donnée maintenant à chacun; « ils furent tous remplis du Saint Esprit et disaient avec assurance le parole de Dieu » (4,31).

Pierre et les autres

Donc Pierre est le premier. Il reste le chef de la communauté comme le montre bien l'épisode d'Ananie et de Saphire où il révèle la faute de ces deux chrétiens coupables d'avoir « dissimulé » (5,1-11). Mais, pour Luc, il est important de montrer que les apôtres à leur tour, avec Pierre, participent à l'annonce de la Bonne Nouvelle concernant Jésus. Il écrit : « Beaucoup de signes et de prodiges s'accomplissaient dans le peuple par la main des apôtres »; après quoi il précise qu'on plaçait « les malades dans les rues afin que Pierre, au passage, touche au moins l'un ou l'autre de son ombre » (5,1-5). Autre exemple : on se rappelle que Pierre et Jean ont été emprisonnés; ce sont maintenant « Pierre et les apôtres » qui le sont et qui doivent, à leur tour, se justifier devant le Sanhédrin (5, 29). Enfin c'est Pierre qui avait proposé le remplacement de Judes; ce sont maintenant « les Douze » qui instituent les Sept chargés du service des tables (6,1-7).

Ainsi Pierre, le premier, le chef, se trouve situé dans l'ensemble des Douze, au service de l'Église qui rassemble au nom de Jésus Christ. D'autres personnages, dans les Actes, vont apparaître et Luc va attirer plus ou moins longuement l'attention sur eux : Étienne (chapitres 6 et 7), Philippe (8) et surtout Paul (à partir de 7,58). Est-ce à dire que Pierre est oublié ? Non. Il est là, par exemple, avec Jean, pour entériner le travail missionnaire de Philippe en Samarie : « apprenant que la Samarie avait accueilli la Parole de Dieu, les Apôtres y envoyèrent Pierre et Jean » (8, 14). Pierre, le chef, envoyé par les apôtres ! La formule mérite d'être notée ! Pierre n'est pas le fondateur de l'Église. Il est à son service. Responsable mais serviteur.

Pierre et Paul

Un des soucis de Luc est de bien situer Pierre et Paul l'un par rapport à l'autre afin que l'équilibre soit sauvegardé.

Paul est l'apôtre des païens. Il prend de plus en plus d'importance à mesure que le livre des Actes avance. Pierre a été mentionné 56 fois jusqu'au chapitre 15. Après l'assemblée de Jérusalem, il n'est plus question de lui. Des chapitres 16 à 28, son nom est absent. Pourtant Luc n'entend pas retirer à Pierre pour donner à Paul. Plusieurs fois les gestes de l'un appellent ceux de l'autre. Par exemple, Pierre guérit un infirme à la porte du Temple (3,1-10) à Lystre, Paul en guérit un lui aussi (14,8-10).

On pourrait un instant supposer que Paul, l'apôtre des nations, élargit les perspectives trop particulières de Pierre. Il n'en est rien. Luc prend bien soin de montrer que Pierre reconnaît la nécessité du « passage aux païens ». Avec le centurion Corneille, un « craignant Dieu », il découvre que « Dieu n'est pas partial et qu'en toute nation quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui ». Le message de Dieu envoyé aux Israélites est que « le Christ est le Seigneur de tous les hommes » (10,34-36). Et lors de l'assemblée de Jérusalem, Pierre se déclare pour un évangile de la grâce sans la Loi : « Vous le savez, frères, c'est par un choix de Dieu que, dès les premiers jours et chez vous, les nations païennes ont entendu de ma bouche la parole de l'Évangile et sont devenues croyantes : Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, quand il leur a donné comme à nous  l’Esprit Saint. Sans faire la moindre différence entre elles et nous, c'est par la foi qu'il a purifié leurs cœurs. Dès lors, pourquoi provoquer Dieu en imposant à la nuque des disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n'avons été capables de porter. Encore une fois, c'est par la grâce du Seigneur Jésus, nous le croyons, que nous avons été sauvés, exactement comme eux ! » (15,7-11).

On croirait entendre Paul ! Ainsi, lorsque, dans la seconde partie des Actes, le lecteur est invité à emboîter le pas à Paul, l'apôtre des nations, Pierre n'est pas renié. Que sont finalement Pierre, Paul, Étienne ou Philippe ? Des serviteurs de la Parole. Cette Parole les a précédés et les dépasse; elle les appelle à donner le meilleur d'eux-mêmes.

© SBEV. Pierre-Marie Beaude

 
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