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Berger
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Pierre
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Gruson Philippe
Pierre, le pêcheur devenu berger (Jn 21)
Gros plan sur
 
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Pierre acceptera de suivre Jésus et de se laisser mener par lui pour faire paître le troupeau, jusqu'au martyre...
 

Pour Pierre et ses compagnons, la mort de Jésus a refermé la grande parenthèse des deux ou trois ans passés ensemble. Il leur avait dit : « Venez, suivez-moi », mais il n’y a plus personne à suivre. Les voici revenus à leurs barques et à leurs filets, comme les autres pêcheurs de Capharnaüm et de Bethsaïde. Comme avant, comme si rien ne s'était passé. « Je m'en vais à la pêche. Nous allons avec toi ». C'est dans ce rude travail, après une nuit d'efforts, que paraît le Ressuscité.

Avec le Ressuscité

Dans ce récit on retrouve aisément la triple structure de tous les récits sur Jésus ressuscitév: Jésus prend l'initiative de la rencontre (v. 1-6); les disciples le reconnaissent (v. 7-14), enfin il leur confie une mission. Ici la mission ne concerne que Pierre (v. 15-19). Comme dans d'autres récits d'apparition, Jésus mange avec les siens. « Nous avons mangé et bu avec lui, après sa résurrection » pourra témoigner Pierre (Actes 10,41). Pour les communautés ultérieures, il s'agit des premiers « repas du Seigneur ». Que Jésus soit visible ou non, il doit être d'abord reconnu et chaque eucharistie est célébrée à la table du Ressuscité, à son invitation et en sa présence. Il est « l'Absent-présent du repas chrétien ».

La reconnaissance, au petit jour, sur le rivage, n'a été possible que grâce au signe d'une pêche abondante, inexplicable après une nuit de travail inutile. Et c'est « le disciple que Jésus aimait » – peut-être Jean ? – qui, le premier, a reconnu le Seigneur. L'intuition de son amitié et l'élan de sa confiance ont devancé Pierre, comme lorsqu'il arriva le premier au tombeau vide, « il vit et il crut » (20,8).

Mais la foi de Pierre, plus lente, n'en est pas moins vigoureuse : il se jette à l'eau pour rejoindre son maître. Fougueux et audacieux, parce qu'il aime, il ne supporte pas les distances ni les délais, pas même la centaine de mètres qui le sépare du rivage.

Le patron pêcheur

Pierre est en tête de liste, comme partout dans les évangiles. C'est lui qui mène son équipe : thomas, le héros du récit précédent et Nathanaël, l'un des premiers appelés (tous deux passés de l'incroyance ou du doute à la foi), les fils de Zébédée : Jacques et Jean – d'après les synoptiques – et deux autres, anonymes. Sept en tout, symbolisant la totalité des disciples futurs. Bien d'autres symboles guident encore la lecture. Ainsi la barque menée par Pierre, le filet qui rassemble les poissons et les tire hors de l'eau : évocations de la Communauté chrétienne formée par la prédication des apôtres, pour rassembler les hommes et les attirer vers Jésus et le Monde nouveau. Le chiffre mystérieux de « 153 gros poissons » peut correspondre au « chiffre triangulaire » de 17, la somme des chiffres de 1 à 17, 10 signifiant la multitude et 7 la totalité. Les Anciens comptaient d'ailleurs 153 espèces de gros poissons. Pierre arrive à tirer le filet à terre, seul. Aux v. 6 et 11, c'est le même verbe que dans la parole de Jésus : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi » (12,32).

Le berger

Lors de la Passion, Pierre avait bien suivi Jésus, mais sans le courage nécessaire pour risquer de se dire son ami. Àson triple reniement répond maintenant la triple question, auprès d'un autre feu de braise : « Pierre m'aimes-tu ? », jusqu'à la tristesse de celui qui se souvient et comprend (v. 17). On est loin de la fougue prétentieuse, lors du dernier repas : « Pourquoi ne puis-je te suivre tout de suite ? Je donnerai ma vie pour toi ». Pierre a subi sa passion : il se sait loin de Jésus, du côté des lâches. Et par trois fois Jésus lui redonne confiance : « Sois le berger de mes brebis ». Jésus seul est un vrai berger, car il se dessaisit de sa vie pour ses brebis (10,11), tandis que Pierre s'est enfui comme un lâche. Désormais il acceptera de suivre Jésus et de se laisser mener par lui pour faire paître le troupeau, jusqu'au martyre. Le « suis-moi » des v. 19 et 22 reste l'ultime consigne de Jésus à Pierre, comme il avait été sa première parole lors de l'appel, sur ce même rivage du lac de Tibériade.

© SBEV. Philippe Gruson

 
Jn 21
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org