581
Evangile de Luc
1485
Procès de Jésus
72
Gruson Philippe
Le procès à Jésus selon saint Luc (Lc 22,66 – 23,25)
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Pour Luc, cette séance devant le Conseil juif se transforme en une solennelle déclaration de Jésus sur son identité...
 

Au matin, Jésus est traduit devant le Sanhédrin. Pour Luc, cette séance devant le Conseil juif se transforme en une solennelle déclaration de Jésus sur son identité. Tout tourne autour des mots Christ et Fils de Dieu (v. 67-70). Jésus se méfie du mot Christ qui peut prendre une connotation très politique; en revanche, il donne un témoignage très net sur lui-même en parlant du Fils de l'Homme qui « siégera à la droite de Dieu », non pas à la fin des temps, mais « à partir de maintenant », c'est-à-dire par sa résurrection que Luc sait toute proche Quant au titre de Fils de Dieu, Jésus parait bien le revendiquer fermement en déclarant : « Vous dites que je (le) suis »; elle rappelle le « nom propre » du Dieu de l'Exode qui s'est révélé à Moise sous le nom de « Je suis » (Exode 3, 14)

En fait, cette séance devant le Sanhédrin est très étonnante : aucun verdict n'est prononcé; le Grand Prêtre n'apparaît pas; aucun témoignage à charge n'est cité alors que le verset 71 semble en supposer (comparer avec Marc 14, 58 qui rappelle la parole contre le Temple). Le récit de Luc aurait-il été abrégé ? En tout cas, il est essentiellement le témoignage de Jésus sur lui-même, face aux autorités juives; Jésus se déclare Fils de l'Homme et Fils de Dieu. Et il en mourra.

Agitateur politique

Le pouvoir romain se réservait alors le droit de condamner à mort; c'est donc devant Pilate que le Sanhédrin accuse Jésus, mais plus pour des raisons religieuses. On le présente comme un vulgaire agitateur politique. Voilà les chefs juifs devenus défenseurs de l'impôt dû à César, contre l'un des leurs (cf. 20, 25)! Le procès devant Pilate est réduit à une seule question : « Es-tu le roi des Juifs ? » La réponse est ambiguë : « Tu (le) dis ». Ce sera la dernière parole de Jésus dans tout son procès. Pilate proclame l'innocence de l'accusé pour la première fois. Comprenant qu'on veut lui arracher cette condamnation, il trouve une échappatoire en envoyant Jésus à Hérode, le vice-roi de Galilée.

Ce Hérode Antipas, le meurtrier de Jean Baptiste, cherchait à voir Jésus (9,7-9), peut-être même à le tuer (13,31). Mais Jésus ne fait ni miracle ni déclaration spectaculaire; Hérode, déçu, se venge en l'humiliant et en le traitant comme un fou, avant de s'en débarrasser. La seule explication plausible de cette scène propre à Luc, serait de montrer le parallélisme entre la passion de Jésus et celle de Paul, dans les Actes. Lui aussi comparaîtra devant le Sanhédrin (Ac 22,30), le gouverneur romain Festus (Ac 25,6) et le roi Hérode Agrippa II, qui désirait l'entendre (Ac 25,22-23).

L'innocent condamné

Pilate cherche une nouvelle issue pour pouvoir relâcher Jésus et décide un « châtiment », probablement la flagellation; mais Luc ne dit pas si Jésus l'a subie. Une autre échappatoire s'offre : la grâce d'un prisonnier, à l'occasion de la Pâque. Le v. 17 semble ajouté pour expliquer la demande du v. 18. Luc se contente d'opposer la grâce d'un meurtrier, réellement dangereux pour l'ordre romain, et la calomnie contre Jésus « excitant le peuple à la révolte » (v. 14). La fin du procès est un déni de justice flagrant : aux trois déclarations d'innocence de Jésus, (v 4.14-15.22) et à la triple intention de Pilate de le relâcher (v. 16.20.22) s'opposent les cris des chefs juifs réclamant par trois fois la condamnation à mort (v. 18.21.23).

La conclusion de Luc souligne l'iniquité du juge et l'acharnement des chefs juifs : « Il relâcha le meurtrier et livra Jésus à leur volonté » (v. 25) : pour Luc, ce sont les autorités juives qui vont crucifier Jésus. Dans les Actes, Luc fait preuve de loyalisme envers le pouvoir romain et ne le conteste jamais.

Livré à leur volonté

Reconnu totalement innocent par l'autorité romaine, Jésus va pourtant subir la « volonté » de ses adversaires (v. 23.24.25), volonté qui le fera mourir. Mystérieusement, cette volonté de mort coïncide avec la volonté du Père à laquelle Jésus s'est remis, au mont des Oliviers (22,42). Pour Luc, l'injustice des hommes qui assassinent un innocent n'est nullement un échec au plan de salut de Dieu. Au contraire, les Écritures attestent que « le Messie devait souffrir tout cela pour entrer dans sa gloire » (24, 26).

Même lorsque le mal réussit à détruire Jésus, ses adversaires ne peuvent empêcher la volonté de Dieu de réaliser l'œuvre du salut. Quand les premiers apôtres seront, eux aussi, jugés et condamnés injustement, ils comprendront que c'est le procès et la passion de Jésus qui se poursuit : « Oui, ils se sont vraiment assemblés en cette ville, Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et les peuples d'Israël, contre Jésus... Ils ont ainsi réalisé tous les desseins que ta main et ta volonté avaient établis » (Ac 4,28)

© SBEV. Philippe Gruson

 
 
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