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Cène
182
Eucharistie
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Evangile de Luc
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Le Saux Madeleine
Le dernier repas de Jésus selon saint Luc
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Le récit de la passion commence avec l'évocation du dernier repas de Jésus avec ses disciples...
 

Que l'on prenne l'évangile de Matthieu, de Marc ou de Luc, le récit de la passion commence pareillement par l'évocation du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Les textes de Marc et de Matthieu ont beaucoup de points communs. Luc, quant à lui, est plus proche de ce que « transmet » Paul dans la première aux Corinthiens.

Depuis des temps anciens

Le chapitre 22 de Luc débute par la précision : « La fête des Pains sans levain, appelée la Pâque, approchait ». Suit la trahison de Judas, puis la préparation de la Pâque quand « vint le jour ». Et « ce fut l'heure ».

Ainsi, selon Luc, la Cène se situe en pleine atmosphère pascale. C'était le temps où le peuple se souvenait des fêtes des origines et revivait sa libération. La fête de l'agneau reportait aux ancêtres nomades, celle des pains azymes aux ancêtres paysans, qui, les uns et les autres, voulaient assurer leur vie et, pour cela, offraient les prémices de leurs productions afin d'obtenir des dieux fécondité et protection. En Israël ces deux fêtes n'en faisaient plus qu'une depuis longtemps. Ne fallait-il pas célébrer solennellement ce soir de Pâque où les « pères » avaient pu quitter l'Égypte sous la conduite de Moïse ? Le « Mémorial » du passage de la servitude à la liberté avait tout rassemblé. Les rites s'étaient enrichis :l'immolation et la manducation d'un agneau sans défaut, les pains sans levain remplaçant tout vieux pain.

Luc montre Jésus entrant dans les prescriptions traditionnelles, de lieu, de temps et autres, consignées dans le Deutéronome (16,1-8). Il est le seul à raconter la Pâque ancienne célébrée avec les disciples.

Entre l'histoire et le Royaume

On a beaucoup discuté pour savoir si le dernier repas de Jésus coïncide bien avec la Pâque. En tout cas, dans le texte de Luc, le lien est étroitement établi entre les deux. Fidèle à l'histoire de son peuple, Jésus fait mémoire du passé lointain, se soucie des préparatifs de la fête et respecte apparemment les rites. Il dit même aux, apôtres qu'il a « désiré d'un grand désir manger cette Pâque » avec eux.

Mais aussi par deux fois il ouvre la perspective du « Royaume de Dieu ». Et les mots évoquent le festin messianique que « Yahvé prépare pour tous les peuples » selon Isaïe (25,6). C'est là que va « s'accomplir » la Pâque. Le repas, gestes et paroles, décrit par Luc, représente l'heure brève « avant de souffrir» où Jésus occupe encore la place du maître et chef de famille qui préside la table selon la coutume, cette heure entre les temps anciens et les temps nouveaux, qui ne sera « jamais plus ».

Mémoire et Alliance

Le récit de Luc souligne que l'initiative est à Jésus. C'est encore son heure, alors qu'un peu plus tard il va déclarer à ceux qui viendront l'arrêter : « C'est maintenant votre heure » (22,53). Il sera « livré », mais pour l'instant il réalise son « désir ». Et il indique le sens de ce qui va se passer : « Mon corps livré pour vous... », « Mon sang versé pour vous ».

Il leur est dit aussi que la coupe à laquelle ils boivent est « la nouvelle Alliance en son sang ». Pour des familiers des Écritures, voici rappelée la promesse faite par Dieu en Jérémie 31,31-33 : « Une Alliance nouvelle », inscrite au fond de l'être, sur les cœurs et non plus sur la pierre. Chez Jérémie c'est Yahvé qui parle, ici c'est Jésus.

« Faites ceci en mémoire de moi ». La volonté de Jésus, dont on peut dire qu'elle est la dernière, est qu'un nouveau mémorial s'instaure. Il ne s'agit plus du rite d'alliance de Moïse répandant le sang des animaux sacrifiés, moitié sur le peuple, moitié sur l'autel qui représente Dieu (Exode 24,8) Au-delà même de la « nouvelle Alliance » selon Jérémie, une autre alliance se conclut « dans le sang » de Jésus. Il donne sa vie (le sang c'est la vie) avec le pain et la coupe Et il invite à refaire ce geste.

Une parole pour les siècles

Les versets 19 et 20 de Luc présentent l'institution eucharistique avec la brièveté, la clarté, la perfection d'un texte définitif. Ce sont les mêmes mots que ceux de Paul dont on pense qu'il fut le premier à les écrire. Paul dit qu'il « transmet ce qu'il a lui-même reçu du Seigneur ». Selon les spécialistes ceci nous fait remonter à une dizaine d'années à peine après la mort de Jésus. La formule n'a pas vieilli deux mille ans plus tard. Nous y puisons toujours comme à une source, car Jésus, I'inépuisable, se donnait aussi dans sa parole.

Et nous « faisons mémoire », selon sa volonté, siècle après siècle, parce qu'il est la Vie sans fin, toujours à recevoir. L'histoire commencée à la Cène ne s'est pas arrêtée au Golgotha. Selon Luc, Jésus fait route avec deux disciples après ce qu'on avait cru être sa fin, et il « se met à table » avec eux à Emmaüs (Lc 24,30). Depuis nous savons qu'il est toujours « l'heure » de se souvenir, de le retenir quand « le soir tombe », de le « reconnaître à la fraction du pain » et d'en être transformé.


© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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