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Biscontin Chino
Bible et homélie
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Par Don Chino Biscontin
 

Don Chino Biscontin, prêtre italien, enseigne la théologie à Pordenone à Padoue. Il est directeur de la revue Servizio della Parola. Sa contribution est issue d’un Congrès qui s’est tenu à Rome en décembre 2010 suite au Synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église (voir BIB n° 80, p. 7). Si elle anticipe certaines remarques développées par le pape François dans son exhortation La joie de l’Évangile, publiée en 2013 après le Synode romain sur la Nouvelle Évangélisation de 2012, elle n’en garde pas moins une originalité susceptible de provoquer des débats, en particulier à propos de l’accent mis sur la narrativité de l’homélie.

« Plus de quarante ans après la publication de la Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum, fruit du Concile œcuménique Vatican II, les pères synodaux reconnaissent avec gratitude les grands bénéfices apportés par ce document à la vie de l’Église, au plan exégétique, théologique, spirituel, pastoral et œcuménique. » Quiconque a pu observer l’évolution en matière de prédication homilétique ne peut que souscrire à cette affirmation des pères synodaux dans la Proposition 2, reprise par Verbum Domini qui dit à son tour : « La grande impulsion que la Constitution dogmatique Dei Verbum a donnée à la redécouverte de la Parole de Dieu dans la vie de l’Église, à la réflexion théologique sur la Révélation divine et à l’étude de la Sainte Écriture, est connue de tous[1] » (n°3).

Nous avons encore un long chemin à parcourir, mais la réforme conciliaire a transformé en conviction commune ce qu’affirmait Sacrosanctum Concilium au n°24 : « Dans la célébration de la liturgie, l’Écriture Sainte a une importance extrême. C’est d’elle que sont tirés les textes qu’on lit et que l’homélie explique, les psaumes que l’on chante. C’est en elle que les oraisons, les collectes et les hymnes liturgiques puisent leur inspiration et leur force. C’est d’elle encore que les actions et les signes tirent leur signification. » Une telle conception est très vivante dans les documents ecclésiastiques postconciliaires ayant pour objet la relation qui devrait exister entre l’homélie et la Bible. Un exemple peut tous les résumer. Il est tiré d’un document issu de la Congrégation pour le clergé, promulgué le 19 mars 1999 et intitulé Le Prêtre, maître de la Parole, ministre des sacrements, et guide  de la communauté en vue du troisième millénaire chrétien : « Logiquement, la source principale de la prédication doit être l’Écriture Sainte, profondément méditée au cours de l’oraison personnelle et connue à travers l’étude et la lecture de livres appropriés. L’expérience pastorale enseigne que la force et l’éloquence du texte sacré bouleversent profondément ceux qui l’entendent. […] La pédagogie avec laquelle la liturgie de l’Église lit, interprète et applique la Parole de Dieu aux différents temps de l’année liturgique devrait aussi constituer un point de référence pour la préparation à la prédication[2]. »

C’est donc une conviction qui est maintenant profondément enracinée, même si elle ne se traduit pas toujours de façon adéquate dans la pratique. De fait, en ce qui concerne la prédication homilétique, divers problèmes subsistent encore, tant sur le plan théorique que sur le plan pratique. Je voudrais ici en présenter trois qui me semblent appeler une résolution urgente.

1. L’herméneutique des textes bibliques

Le premier de ces problèmes a trait à une juste herméneutique des textes bibliques, une question à laquelle Verbum Domini consacre des pages particulièrement denses (du n° 29 au n° 50). Ce dont je vais parler ci-dessous concerne l’herméneutique requise par le genre spécifique de l’homélie. De fait, certains prédicateurs envisagent leur tâche comme s’il s’agissait de donner un bref cours d’exégèse. Ainsi fournissent-ils les clarifications nécessaires à la compréhension du sens littéral des lectures bibliques qui viennent d’être proclamées. Souvent, ils y ajoutent ce qu’on pourrait appeler une transformation des données en reformulant le message biblique avec les mots d’aujourd’hui.

Bien sûr, l’homélie a aussi pour fonction d’expliquer le sens littéral des textes bibliques et, plus généralement, en lien avec la catéchèse, de familiariser les croyants avec le langage, les principaux évènements, les concepts et les symboles importants de l’univers biblique. Toutefois, elle ne peut se limiter à cet aspect. Le prédicateur, de par la nature même de l’homélie, se doit de transmettre de façon convaincante que ce que les Écritures rapportent et annoncent est en train d’advenir, ici et maintenant, pour cette assemblée de disciples du Seigneur Jésus, laquelle est peuple de Dieu. Le prédicateur ne peut donc se contenter d’interpréter les textes bibliques ma is, tirant d’eux une certaine lumière, il doit offrir aux auditeurs une interprétation croyante de ce qui advient dans la célébration en cours.

Or, nous pouvons affirmer  à partir d’une observation de la prédication courante, que la perception du caractère spécifique de cette tâche n’est pas suffisamment répandue. Trop souvent les homélies prennent la forme de brèves conférences, sans référence au contexte de la célébration. Combien de prédicateurs sont-ils conscients que lorsqu’ils parlent du Seigneur Jésus dans leur homélie, ils le font en présence de Dieu et du Seigneur Jésus lui-même ? Nous ne parlons pas de la même façon d’un absent et de quelqu’un qui est présent. Celui qui fait l’homélie ne peut donc se contenter de transmettre les contenus dogmatiques des textes bibliques ; il doit être aussi le médiateur de la présence de Celui qui parle dans ces textes. Benoît XVI en offre un exemple dans Verbum Domini 2 : « Je voudrais avant tout faire mémoire de la beauté attrayante de la rencontre renouvelée avec le Seigneur Jésus expérimentée au cours de l’Assemblée synodale. » Nous pourrions également méditer l’ensemble du n°51, intitulé La Présence actuelle du Christ dans la vie de l’Église. 

Être serviteurs de la Parole de Dieu signifie aussi et d’abord être les médiateurs d’une présence et d’une rencontre. Nous pouvons le déduire de Verbum Domini n°11 qui,  évoquant l’encyclique Deus Caritas est n° 1, dans le contexte d’une «christologie de la Parole » fascinante, rappelle que : «  La Parole ne s’exprime plus ici d’abord à travers un discours, fait de concepts ou de règles. Ici, nous sommes mis face à la Personne même de Jésus. Son histoire unique et singulière est la Parole définitive que Dieu dit à l’humanité. On comprend alors pourquoi "à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive". »

C’est dans une telle perspective que doit être compris ce propos des pères synodaux dans la Proposition finale n°7 : « La Parole de Dieu devient chair sacramentelle dans l’événement eucharistique et porte l’Écriture Sainte à son accomplissement. L’Eucharistie est le principal contexte herméneutique pour l’Écriture Sainte, tout comme cette dernière illumine et explique le mystère eucharistique. » A son tour, Verbum Domini n° 52 affirme : « Par conséquent, il faut comprendre et vivre la valeur essentielle de l’action liturgique par la compréhension de la Parole de Dieu. En un certain sens, l’herméneutique de la foi sur la base des Saintes Écritures, doit toujours avoir comme point de référence la liturgie, où la Parole de Dieu est célébrée comme une parole actuelle et vivante. »

À la lumière de ces considérations, nous devrions dire que la liturgie de la Parole, y compris l’homélie, constitue une médiation sacramentelle de la présence de Dieu et du Seigneur Jésus et de leurs paroles à l’assemblée ici et maintenant. C’est ce qu’affirme dans son ensemble Verbum Domini n°56 : « La proclamation de la Parole de Dieu dans la célébration implique la reconnaissance que le Christ lui-même est présent et s’adresse à nous pour être écouté. » Et de nouveau : « Le Christ, réellement présent dans les espèces du pain et du vin, est présent analogiquement dans la Parole proclamée dans la liturgie. »

Ainsi, la conscience aiguë de ce que représente cette tâche devrait susciter un plus grand engagement dans la préparation de l’homélie et une meilleure qualité religieuse au niveau des contenus et des modalités d’expression – toutes choses dont la nécessité se fait fortement sentir.

2. Homélie et narrativité biblique.

Lié à ce premier problème, voici le deuxième. Permettez-moi de vous le présenter en proposant une expérience mentale. Imaginons que nous prenons une Bible et que nous la parcourons dans le but d’ôter toutes les pages qui relèvent du récit. Que resterait-il en main si ce n’est la couverture et quelques écrits de sagesse ? Maintenant, essayons de nous remémorer les sermons donnés un prêtre au cours d’une année liturgique et de les transcrire sur un papier. Regardons les pages ainsi obtenues et répétons l’opération qui consiste à supprimer toutes les pages qui relèvent du récit. Que nous restera-t-il ? Vraisemblablement presque tout ! Cette disparité évidente au niveau des résultats est le symptôme que quelque chose ne va pas dans nos homélies si nous partons du principe que ces dernières devraient prendre l’Écriture pour modèle. L’Exhortation apostolique Verbum Domini contient un passage de type narratif intéressant, au n°4, quand elle rapporte : « Nous avons écouté et célébré ensemble la Parole du Seigneur. Nous nous sommes raconté mutuellement ce que le Seigneur accomplit au sein du Peuple de Dieu, partageant ses espérances et ses préoccupations. »

Si nous revenons maintenant à ce dysfonctionnement de notre prédication, nous constatons que le problème concerne la tâche spécifique de l’homélie, à savoir l’actualisation. De fait, comme nous le rappelle la Proposition n° 13 : « L’homélie permet à la Parole qui est proclamée de s’actualiser : aujourd’hui, le texte de l’Écriture que nous entendons s’accomplit (Lc 4,21). » Or cette tâche est loin d’être menée à bien, semble-t-il, dans la plupart des sermons.

Pour bien évaluer ce qui se joue ici, il nous faut préciser en quel sens nous comprenons le terme « actualisation ». Nous pouvons noter que, déjà dans la Bible, ce qui advient dans le temps présent, dans l’ici et le maintenant, prend une importance toute particulière. Pour nous en convaincre, il suffira, entre autres, de lire attentivement les Actes des Apôtres. S’il est vrai que les textes sacrés illuminent le présent en sa dimension d’histoire du salut, il est également vrai que le présent perçu comme histoire du salut permet aux Écritures de se dévoiler, comme si elles accédaient peu à peu à toute la plénitude de leur sens. Relisons par exemple Ac 4, 23-28 :

« Une fois relâchés, ils se rendirent auprès des leurs et rapportèrent tout ce que les grands prêtres et les anciens leur avaient dit. À ce récit, d’un seul élan, ils élevèrent la voix vers Dieu et dirent : "Maître, c’est toi qui as fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve ; c’est toi qui as dit par l’Esprit Saint et par la bouche de notre père David, ton serviteur : Pourquoi cette arrogance chez les nations, ces vains projets chez les peuples ? Les rois de la terre se sont mis en campagne et les magistrats se sont ligués ensemble contre le Seigneur et contre son Oint. Oui, vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël, pour accomplir tout ce que, dans ta puissance et dans ta sagesse, tu avais déterminé par avance." » [3] 

Les versets du psaume 2 éclairent ainsi l’histoire de la toute jeune Église, mais les événements dans lesquels cette dernière est impliquée font jaillir à leur tour de ces versets une signification plus complète, un sens à travers lequel Dieu parle aux disciples persécutés et affermit leur fidélité et leur espérance. Par là, Celui qui parle se rend présent dans un événement et dans une parole étroitement liée à ce même événement. Et tout cela ne peut être rapporté que par un récit.

Comment se fait-il donc que les récits abondent dans la Bible et qu’ils soient absents des prédications ? Parce que ceux qui nous ont donné les Écritures étaient conscients d’être impliqués dans une histoire sainte où Dieu lui-même agissait, alors que, trop souvent, nous vivons notre histoire, même celle toute humble de notre communauté chrétienne, comme s’il s’agissait d’une histoire profane. Voilà pourquoi notre prédication ressemble davantage à un  exposé doctrinal et à une transmission de préceptes moraux qu’à un témoignage  prenant place dans une histoire du salut au sein de laquelle nous sommes impliqués en tant que protagonistes. Pour que notre prédication parvienne à une authentique actualisation comme elle est censée le faire, il nous faut retrouver une perspective de foi qui, éclairée par la lumière de la Bible, pourra discerner l’action de Dieu dans nos histoires personnelles.

La constitution conciliaire Dei Verbum n°2, dans un passage fréquemment cité, rappelle quelle modalité Dieu a choisie pour se révéler et se communiquer aux hommes : « Cette économie de la révélation se fait par des actions et des paroles si étroitement liées entre elles, que les œuvres accomplies par Dieu dans l´histoire du salut rendent évidentes et corroborent la doctrine et l´ensemble des choses signifiées par les paroles, et que les paroles proclament les œuvres et font découvrir le mystère qui s´y trouve contenu. » Dans cette perspective, l’homélie apparaît comme la parole qui médiatise l’auto-communication de Dieu. Mais elle ne peut le faire sans être en prise sur les événements de l’histoire du salut qui nous concernent directement. Et c’est dans la mesure où nous sommes conscients d’être les protagonistes d’une histoire sainte que nous pouvons actualiser les lectures bibliques proclamées dans la liturgie, parce que le seul pont entre elles et nous est précisément notre commune appartenance à cette même histoire sainte.

Une actualisation aussi forte des textes bibliques ne peut s’opérer que par l’intervention de l’Esprit Saint qui, à travers les Écritures proclamées dans la foi, illumine le chemin suivi par la communauté assemblée et, par sa puissance, la façonne et la guide. Ainsi, l’Exhortation apostolique Verbum Domini  affirme-t-elle au n° 16 : « Comme la Parole de Dieu vient à nous dans le Corps du Christ, dans le Corps eucharistique et dans le Corps des Écritures par l’action de l’Esprit Saint, de même elle ne peut être accueillie et comprise pleinement que grâce à ce même Esprit. »

Dans la foulée, permettez-moi d’exprimer une certaine perplexité quant à l’utilisation dans la prédication de la méthode de la lectio divina dans sa forme canonique parvenue à maturité dans le cadre monastique. À juste titre, Verbum Domini en parle de manière très élogieuse, et cela à plusieurs reprises, tout particulièrement dans les n° 86-87. Cependant, tout en reconnaissant sa grande fécondité spirituelle, je maintiens qu’elle correspond à une recherche qui n’épuise pas celle du prédicateur. Dans la lectio, la perspective est dictée par la recherche solitaire d’une nourriture spirituelle substantielle, alors que dans la préparation de l’homélie, la perspective herméneutique est suscitée par la caritas pastoralis (« charité pastorale ») en tant que préoccupation du salut de l’assemblée convoquée pour la célébration, cheminant dans la fidélité au Dieu de l’alliance et envisageant toutes ses dimensions.

Parce que la Parole sainte est dite d’abord « pour nous les hommes et pour notre salut », cette approche herméneutique est la plus adaptée à une compréhension intégrale des textes. Au n°29, Verbum Domini affirme que : « le lieu originaire de l’interprétation scripturaire est la vie de l’Église. ». Et au n°30 : « En effet, comme l’a affirmé la Commission biblique pontificale, faisant écho à un principe partagé par l’herméneutique moderne, "le juste sens d’un texte ne peut être donné pleinement que s’il est actualisé dans le vécu de lecteurs qui se l’approprient". »

Nous en trouvons un magnifique exemple en 2 Corinthiens 5, 19 – 6,2 :

« Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant sur nos lèvres la parole de réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.

Et puisque nous sommes ses coopérateurs, nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu. Il dit en effet : Au moment favorable, je t’ai exaucé ; au jour  du salut, je t’ai secouru. Le voici maintenant le temps favorable, le voici maintenant le jour du salut. »

3. L’homilétique.

Le troisième problème relève de la situation actuelle concernant la préparation des futurs prédicateurs. Autrefois, leur cursus d’étude comprenait généralement une formation à la prédication. Avec la réforme qui a suivi Vatican II, les contenus de ce cycle institutionnel ont été élargis quantitativement et qualitativement. Cela a impliqué des choix dont, presque partout, celui d’éliminer le cours d’ « éloquence sacrée ». Les raisons de cette suppression sont diverses, entre autres le fait que cette matière, peu prise en compte, apparaissait comme peu utile ou encore le préjugé naïf qui partait du principe que si quelqu’un savait ce qu’il avait à dire, il savait aussi comment le dire.

De fait, cette discipline a été éclipsée. Je prends un exemple : en Italie, il est possible d’obtenir une licence ou un doctorat en liturgie pastorale sans avoir jamais suivi le moindre enseignement explicitement consacré à la prédication. À ma connaissance, il n’existe pas beaucoup de séminaires dans ce pays qui proposent un cours sur le sujet, d’ailleurs prévu, mais de façon assez vague, dans le document de novembre 2006, intitulé La formazione dei presbyteri nella Chieza Italiana. Orientamenti e norme per i seminari (La formation des prêtres dans l’Église d’Italie. Directives et normes pour les séminaires). De plus, les cours qui assureraient la formation spécifique d’éventuels futurs enseignants manquent.

Certes, il est vrai que les enseignements du cursus institutionnel normal constituent une préparation indispensable à la prédication, mais, actuellement, on est de plus en plus conscient de la nécessité d’une formation spécifique. La Proposition n°32 en est un signe manifeste lorsqu’elle exprime le souhait de voir « s’intensifier, pendant les années d’étude, une formation à la prédication » et, « pendant les années de ministère, une attention à la formation permanente, afin que l’homélie puisse effectivement parler à ceux qui l’entendent ». En outre, les pères synodaux pensent qu’il faudrait « élaborer un Directoire sur l’Homélie dont l’objectif serait d’exposer ensemble les grands principes de l’homilétique et de l’art de la communication, ainsi que les thèmes bibliques récurrents dans le lectionnaire utilisé par la liturgie ». Benoît XVI a fait explicitement siennes ces préoccupations des pères synodaux dans Verbum Domini n°59-60.

Sur ce point, ajoutons ceci : le souci que l’homélie soit aussi le fruit d’un art consommé de la communication ne relève pas du seul problème de la forme de la prédication. Sur la base d’une conception sacramentelle du ministère de la prédication et parce que la parole humaine est requise comme médiation pour que Dieu lui-même se fasse entendre, la parole prêchée doit être adaptée à une communication vraie et efficace. Nous avons là une analogie avec ce qui est recommandé en théologie sacramentaire où le scrupule relatif à l’authenticité de la « matière » garantit la vérité du signe et, par conséquent, du sacrement lui-même.

Pour moi,  la structure d’un cours d’homilétique, dans le cadre de la préparation immédiat au ministère, devrait prendre la forme d’un séminaire ou d’un laboratoire dans lequel il ne s’agirait pas uniquement de transmettre un savoir théorique sur la nature de l’homélie, mais de développer la capacité à chercher et à donner une forme adéquate au contenu de la prédication. L’objectif pourrait être d’imposer dès le départ une pratique de la prédication consciente et réflexive, qui permettrait aux jeunes prédicateurs d’acquérir une bonne expérience. Ensuite, sur le fondement de l’expérience acquise, la formation permanente des prédicateurs pourrait offrir des cours de vérification et de perfectionnement.

L’exégèse et l’herméneutique bibliques ont connu des transformations assez marquantes, ne serait-ce que ces cinquante dernières années, et Verbum Domini exprime l’espoir qu’elles verront encore maints approfondissements et enrichissements. Le prédicateur devrait être informé et tenu au courant des fruits de la recherche ; il devrait être en mesure de lire et de comprendre les meilleurs textes de haute vulgarisation sur ces questions. Au cours des soixante dernières années, les travaux sur la communication ont connu eux aussi un développement extraordinaire, y compris sur les prises de parole en public, avec solides résultats. Toute activité pastorale impliquant de communiquer, il est d’autant plus étonnant que la formation des futurs prêtres présente un déficit d’engagement pour tout ce qui touche le savoir et l’art de la communication. Cela vaut bien sûr aussi pour l’homilétique.

Une préparation sérieuse en ce qui regarde la nature de l’homélie et les conditions d’une communication correcte et efficace permettrait au prédicateur de se tenir à l’ambon avec la conviction d’accomplir un ministère important à l’égard de Dieu et de l’assemblée, et avec la conscience de pouvoir le faire avec compétence et efficacité. L’état d’esprit ainsi engendré par une sereine estime de soi et par l’enthousiasme qui en dérive est d’une grande importance pour que l’annonce de la Bonne Nouvelle atteigne le cœur des auditeurs et provoque leur engagement existentiel.

En outre, ce type de préparation a une dimension ascétique dont l’influence ne peut être que bénéfique sur la spiritualité du prédicateur. De fait, la conscience de la nature et de la fonction véritables de l’homélie ainsi que les perceptions relatives  au juste fonctionnement de la communication corrigent et purifient des attitudes et des comportements qui ne sont pas rares chez les prédicateurs. Nous pensons, entre autres, à  cette attitude empreinte d’un certain narcissisme, plus répandue que nous voulons bien l’admettre, qui pousse un certain nombre de prédicateurs à concevoir leur homélie comme s’il s’agissait d’une brève conférence laissée à leur entière discrétion, et à trop se concentrer sur la performance et le contenu de leur discours. L’ascèse qui résulte d’une préparation sérieuse amène au contraire le prédicateur à porter son attention sur ceux à qui l’homélie est destinée : Dieu, le Seigneur Jésus Christ, l’assemblée avec ses besoins pastoraux. Telle est l’attention que nous sommes en droit d’attendre d’un serviteur exerçant un ministère.

Je conclurai par une prière audacieuse qui se trouve dans le Missel en langue italienne. Elle manifeste une conscience vertigineuse de ce qu’est le ministère de la prédication : « Ô Dieu qui, en ton Fils fait homme nous as tout dit et tout donné, puisque dans le dessein de ta Providence tu as aussi besoin des hommes pour te révéler, et que tu demeures muet sans nos voix, donne-nous d’être de dignes hérauts et témoins de la parole qui sauve. »[4]

 

Don Chino Biscontin

 


[1] Traduction Libreria Editrice Vaticana, ainsi que pour tous les autres passages de ce document cités dans cette contribution.

[2] Traduction : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cclergy/documents/rc_con_cclergy_doc_19031999_ pretres_fr.html

[3] Traduction Bible de Jérusalem 1998 ainsi que les autres citations bibliques (NdT).

[4] Missel Romain (italien), collecte du 14e dimanche du Temps ordinaire.

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org