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Résurrection
Trois questions sur la résurrection
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Pourquoi n'a-t-on pas tout de suite reconnu Jésus ressuscité ? Y a-t-il des preuves de la résurrection de Jésus ? Que pouvons-nous espérer ?
 

Dans les groupes d'adultes, de jeunes ou d'enfants, certaines questions arrivent régulièrement. Elles sont d'autant plus nombreuses et importantes qu'il s'agit d’un sujet essentiel. Quoi de plus important, en effet, que la vie et la mort, le mystère de l'au-delà ? Nous sommes tous concernés quand on parle de résurrection. Voici trois questions parmi d'autres, avec leur éclairage par les textes bibliques.

Pourquoi n’a-t-on pas tout de suite reconnu Jésus ressuscité ?

Jésus avait appelé les apôtres à le suivre. Pierre, Jean, Thomas et les autres ont passé des mois et des années avec lui; ils ont partagé sa vie jusqu'au soir de son arrestation. Marie de Magdala ne l'a plus quitté, depuis le jour où il l'a délivrée de « sept démons » (Marc 16,9). Elle a été là jusqu'au dernier moment, près de la croix. Et pourtant aucun de ces amis à qui Jésus se manifeste après sa mort ne l'a reconnu d'emblée.

Une première explication, c'est qu'ils ne s'attendent pas à revoir leur maître. Les Onze repartent chez eux en Galilée, disent Matthieu et Marc; Jean précise même que Pierre, Thomas et Nathanaël, les fils de Zébédée et deux autres disciples reprennent leur métier de pêcheurs sur la mer de Tibériade (Jean 21). Ils n'espèrent plus rien dans l'immédiat, même si en annonçant sa mort et sa passion Jésus a parlé de sa résurrection « au troisième jour ». Car, dans la mentalité des Juifs de cette époque –mis à part les Sadducéens –, la résurrection doit bien avoir lieu, mais à la fin des temps, ou « au dernier jour » selon le mot de Marthe à Jésus à propos de Lazare. Et cette résurrection sera générale. Jésus lui-même ne pense pas autrement : l'atrocité de son agonie en témoigne. Tous sont donc complètement pris au dépourvu « le matin du premier jour de la semaine ».

La mentalité commune explique encore que les disciples ne sont pas tellement surpris de voir le fils de la veuve de Naïm ou la fille de Jaïre reprendre vie. Ces miracles ne les déconcertent pas tellement apparemment, ni d'ailleurs les apparitions d'anges. Par contre leur désarroi est total quand des femmes leur disent que Jésus est ressuscité. « Ces paroles leur semblent un délire » note Luc (24,11). Marie de Magdala, quant à elle, s'obstine à réclamer le corps du crucifié. Ce qui arrive est tellement impensable que les meilleurs amis de Jésus ne peuvent y croire.

Et que voient-ils donc lorsqu'il se manifeste vivant ? Selon tous les récits, c'est quelque chose de tellement nouveau qu'ils n'ont pas de mots pour le dire. C'est bien lui : il porte des marques de sa passion, il « montre ses mains et ses pieds » (Luc 24,39-40) ou « ses mains et son côté » (Jean 20,20). Il mange sous leurs yeux « un morceau de poisson grillé » (Luc 24,42). De toute façon pour un Juif, si Jésus est vivant ce ne peut être qu'avec tout son être d'homme. Mais en même temps il vit d'une manière tout à fait nouvelle, avec des possibilités inattendues. Il « vient toutes portes fermées », se fait voir où il veut, quand il veut, à qui il veut. Paul, à qui il est aussi apparu, parle d'un « corps spirituel ». Aucun n'arrive vraiment à raconter son expérience. Tous témoignent qu'ils ont dû croire pour le voir, même ceux qui avaient vécu avec lui. La foi, et elle seule, leur permet de « voir le Seigneur » en cet homme dont la rencontre avait déjà été décisive pour eux.

Y a-t-il des preuves de la résurrection de Jésus ?

Aujourd'hui, lorsqu'on veut vérifier un fait invraisemblable, on dépêche des reporters avec magnétophones et caméras. Ils enregistrent matériellement ce qu'ils peuvent saisir de l'événement, et personne, ou guère, ne récuse l'image et le son qu'ils retransmettent au public. Il ne pouvait y avoir rien de tel au début du 1° siècle. Il n'y a même pas eu de témoins oculaires de la résurrection elle-même. Que le tombeau ait été trouvé ouvert et vide ne prouve rien en soi. Le récit de Matthieu porte les traces d'une polémique à ce sujet: les grands prêtres et les anciens paient les soldats chargés de garder le tombeau pour qu'ils diffusent une fausse explication : « Ses disciples sont venus de nuit et l'ont dérobé pendant que nous dormions » (Mt 28,13). En fait, il n'y a aucune preuve historique valable du fait même de la résurrection de Jésus.

Ce qui reste, et qui a déjà traversé vingt siècles, c'est la parole des témoins. Ceux à qui Jésus s'est manifesté et qui l'ont reconnu, difficilement parfois, ont attesté qu'ils l'ont rencontré vivant alors qu'ils l'avaient vu mort. Seul un petit groupe d'hommes et de femmes a bénéficié de cette expérience unique qu'ils ont du mal à décrire. Seuls ces privilégiés ont pu dire : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie... nous en rendons témoignage » (1 Jean 1,1).

Il n'y a qu'une réalité historiquement constatable : une communauté de disciples se forme après la mort de Jésus et s'en va annoncer à un monde de plus en plus large et lointain la nouvelle stupéfiante : cet homme de Nazareth, Dieu l'a ressuscité et « fait Seigneur et Christ ». Il n’y a pas d'autre preuve que cette communauté des commencements qui vit de lui et par lui, d'une vie nouvelle, et qui a grandi comme l'arbre issu du grain de sénevé, selon la parabole du Maître. La meilleure preuve aujourd'hui encore, si pauvre soit-elle, ce sont les chrétiens.

Nul ne le reconnaît sans la foi. Les Écritures parlent de lui, mais seulement à ceux qui croient. Il rassemble ses disciples pour qu'ils communient à son « corps livré » et à son « sang versé », mais, là aussi, il n'est reconnaissable que par les yeux et les oreilles des croyants. Finalement, pour chacun la résurrection se vérifie surtout dans son expérience, limitée mais réelle, d'une vie transfigurée par la rencontre et la présence du Ressuscité. « Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru » (Jean 20,29). Ils peuvent dire, avec Paul, « l’avorton » : « Ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu, et sa grâce à mon égard n'a pas été vaine » (1 Co 15,10).

Que pouvons-nous espérer ?

Beaucoup de contemporains restent marqués par la conception grecque, très ancienne, de la dualité de l'être humain, âme et corps; le corps emprisonnant en quelque sorte l'âme, et la mort signifiant la séparation de l'un d'avec l'autre, et même la libération de l'âme. Dans cette perspective, alors que le corps s'en va en poussière ou en cendres, I'âme, elle, est immortelle. À la mort, elle entre ou retourne pour toujours dans le monde de Dieu, un monde d'esprits. Avec des variantes, cette façon d'envisager l'existence humaine peut satisfaire. Force est cependant de constater que telle n'est pas l'idée que se faisaient de la vie et de la mort les Juifs du début de notre ère; Jésus lui-même ne s'est donc pas pensé de cette manière.

Pour un Juif, I'homme est tout un, chair animée, capable d'être visitée et vivifiée par l'Esprit de Dieu. Jésus a vécu l'angoisse de l'anéantissement et imploré son Père: « »Que cette coupe s'éloigne de moi ! » S'il avait su, à notre manière humaine de savoir, que son âme allait continuer à vivre, et dans de meilleures conditions, que signifieraient tant de souffrances ? « Là où je vais, dit-il à Pierre avant la passion, tu ne peux me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard » (Jean 13,36) « Je », « tu », et non pas « mon âme », « ton âme ».

Lorsqu'on croit que l'être humain meurt tout entier, il ne reste qu'à faire confiance à son Dieu, une confiance totale. « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23,46). L'esprit ici n'est pas l'âme au sens grec du terme, c'est le souffe de vie reçu de Dieu.

Or Paul lie étroitement résurrection de Jésus et résurrection des morts. Aux Corinthiens qui doutent de cette dernière, il affirme et répète : « Si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus n'est pas ressuscité ». Mais « Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts » (I Co 15,16.20).

Comment ressusciterons-nous ? Ici les mots manquent, même à Paul. « Avec quel corps ? » L'apôtre prend la comparaison du « grain nu, de blé ou d'autre chose ». « Ce que tu sèmes n'est pas la plante qui doit naître, dit-il, c'est Dieu qui dorme corps » à chaque être. Le Créateur peut aussi ressusciter. La mère des sept frères martyrs l'avait déjà dit (2 Mac 7). Et la deuxième création est encore plus belle que la première : « Semé corruptible, le corps ressuscite incorruptible; semé méprisable, il ressuscite éclatant de gloire; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel ».

L'être tout entier, non l'âme seule, doit « revêtir l'immortalité » selon Paul. Il n'en sait pas plus; il fait confiance comme l'avait fait Jésus. Depuis l'irruption du Ressuscité dans son existence, n'expérimente-t-il pas que la vie triomphe en sa faiblesse et que rien ni personne « ne peut le séparer de l'amour du Christ, ni la mort, ni la vie » ? Réponse récusable de l'extérieur, espérance folle et merveilleuse certitude pour celui qui aime le Vivant et se sait aimé de lui.

© SBEV.

 

 
 
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