463
Evangiles
451
Résurrection
289
Sevin Marc
La résurrection de Jésus dans les évangiles
Gros plan sur
 
Commencer
 
La Résurrection de Jésus est au centre des évangiles...
 

La Résurrection de Jésus est au centre de la foi chrétienne. Elle doit donc avoir une place centrale dans les évangiles puisqu'ils témoignent de la foi de l'Église primitive. Comment les évangiles la manifestent-ils ? On pense spontanément aux récits d'apparitions, mais est-ce assez ?

Les récits d'apparitions

La foi en la Résurrection de Jésus s'exprime explicitement dans les récits d'apparition qui ferment chacun des évangiles. On y voit le Ressuscité, reconnu sans équivoque possible, s'entretenir et manger avec ses familiers et ses disciples. Cette foi se retrouve dans le message des envoyés de Dieu aux femmes venant au tombeau : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n'est pas ici, mais il est ressuscité » (Luc 24, 5-6).

L'ensemble de ces textes ne forme cependant qu'une minime partie des évangiles : un seul chapitre chez Matthieu, Marc et Luc; deux chez Jean. Les spécialistes nous apprennent même que l'évangile de Marc a circulé quelque temps sans aucun récit d'apparition. Vu l'importance de la foi en la résurrection de Jésus pour les chrétiens, on peut s'étonner de cette discrétion des évangiles. La foi pascale serait-elle si peu présente dans les évangiles ?

Les évangiles sont entièrement imprégnés de la foi pascale

Les événements de Pâques ont surpris les disciples. Les récits évangéliques et ceux des Actes montrent qu'il leur a fallu du temps et l'intervention divine pour réaliser ce qui s'était passé. La Résurrection de Jésus n'est pas simplement le retour à la vie d'un mort, mais le commencement du monde nouveau de Dieu, entrevu et espéré par la tradition des fils d'Israël. Jésus, le Ressuscité, est maintenant vivant d'une vie totalement nouvelle près du Père. « Premier-né d'entre les morts », Dieu l'a fait Seigneur. Autrement dit, la Résurrection de Jésus bouleverse tout. Elle est le début d'une ère nouvelle et inédite qui intéresse tout homme. Quelque chose est changé dans notre monde. Comment dès lors oublier, ne fut-ce qu'un instant, cette donnée inouïe de la foi ?

Si des disciples du Ressuscité ont forgé les évangiles, ce ne peut être que pour en témoigner et non dans le souci sans intérêt d'une simple reconstitution historique des événements d'avant Pâques. Ils rédigent les évangiles pour faire comprendre à leurs lecteurs que toute la vie et l'action de Jésus de Nazareth préparent Pâques, ne se comprennent qu'à la lumière de Pâques, culminent dans Pâques. Ils racontent à partir de leur foi en la Résurrection; il ne peut en être autrement. Tout ce qu'ils écrivent est nécessairement passé préalablement au crible de la foi pascale. La Résurrection est leur point de départ. Elle est le critère qui leur fait retenir tel ou tel épisode de la vie de Jésus, telle ou telle de ses paroles.

Les évangiles, du premier au dernier chapitre, sont imprégnés de la foi en la Résurrection de Jésus.

De mille manières, cette foi transparaît. Quelques exemples suffisent à le démontrer.

Les titres donnés à Jésus

L'examen des titres donnés à Jésus tout au long des évangiles par ses amis comme par ses adversaires, est une bonne façon de commencer.

Dans le récit concernant l'enfance de Jésus dans l'évangile de Luc tous les titres donnés à l'enfant le sont par des personnes inspirées par l'Esprit Saint ou par l'ange envoyé de Dieu. L'enfant reçoit les titres de « Fils du Très Haut » (1,32), « Fils de Dieu » (1,35), « Seigneur » (1,43), « Sauveur, Christ Seigneur » (2,11), « Christ du Seigneur » (2,26) « le salut (de Dieu) » (2,36) « lumière pour la révélation aux païens et gloire d'Israël » (2,32). Ces titres sont manifestement teintés de coloration pascale; à partir de Pâques seulement les disciples ont pu découvrir que Jésus était Seigneur, Christ, le Sauveur de toute l'humanité.

Nous retrouvons, d'une manière ou d'une autre, ces titres dans le cours de chacun des évangiles. Quelques exemples : au baptême et à la transfiguration, une voix divine venant du ciel désigne Jésus comme le « Fils » (Mt 3,17; 17,5); Souvent les démons chassés reconnaissent en Jésus le « Saint de Dieu » (Mc 1,24), 1e Fils de Dieu (Mc 5,7); après la constatation de la mort de Jésus, un soldat étranger, dans l'évangile de Marc, reconnaît : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15,39).

Ces titres forment une synthèse de la foi chrétienne. Ils ont pris une profondeur insoupçonnée avec Pâques.

La présentation de Jésus

Les titres donnés à Jésus sont des indices facilement identifiables de la foi pascale. Il existe de nombreux autres indices, peut-être plus subtils. Dans la façon de présenter la personne de Jésus, ses paroles et son activité, se reflète tout aussi perceptiblement la foi pascale.

À de nombreuses touches on repère que les évangélistes mettent en scène non seulement Jésus de Nazareth mais aussi le Ressuscité. C'est ainsi que l'autorité de Jésus est soulignée. Il garde l'initiative de la plupart de ses rencontres. Jésus sait ce qui va lui arriver et n'est pas le jouet des événements. Ceci est particulièrement sensible dans les récits de la Passion, où l'on a l'impression que Jésus dirige tout ce qui se passe. Au moment où il est arrêté au jardin des Oliviers, il mène curieusement l'interrogatoire (Jean 18,1-6). Durant toute la Passion Luc aime à montrer que Jésus a le souci des autres; c'est déjà le Seigneur qui prend soin de son Église.

Les paroles de Jésus, on le constate plus facilement dans l'évangile de Jean, sont reprises et relues en fonction de la foi pascale. Nul doute que les évangélistes ont sélectionné parmi les paroles de Jésus d'abord celles qui pouvaient former et consolider la foi de leurs auditeurs. C'est déjà le Ressuscité qui parle avec Nicodème ou la Samaritaine. Lorsque Jésus s'entretient longuement avec ses disciples dans les discours d'adieux, on découvre que c'est de même le Ressuscité qui donne ses consignes à son Église (Jean 14-17).

Les miracles de Jésus témoignent de sa Résurrection

Puisqu'il est impossible aux rédacteurs des évangiles de faire abstraction de la foi pascale, ils vont marquer toute l'activité de Jésus au coin de cette foi. Les récits de miracles en sont une parfaite illustration. Jésus n'est plus seulement le guérisseur donnant des signes du royaume à venir, c'est en filigrane le Ressuscité capable de faire « entendre », de faire « voir » les disciples d'après Pâques, de ressusciter les disciples.

Lors de la tempête apaisée, c'est déjà le Ressuscité qui se tient au milieu des disciples apeurés dans la barque de l'église, et qui dompte la mer, symbole de la présence des forces du mal. C'est le Ressuscité qui dit à la communauté des disciples d'après Pâques : « Ta foi t'a sauvé » par l'intermédiaire d'un Bartimée ou de la femme malade. « Je suis la résurrection et la vie » dit le Ressuscité aux chrétiens dans le récit de Lazare.

Une lecture à poursuivre

On pourrait multiplier les exemples montrant comment, à chaque détour des évangiles, pointe la foi en la Résurrection de Jésus, en ce royaume de Dieu qui est déjà là et qui reste à venir. On découvrirait encore que les textes évangéliques essaient de répondre aux difficultés des chrétiens face à la Résurrection : comment se fait-il, par exemple, qu'on ne voit plus Jésus (cf. le récit de l'apparition à Thomas en Saint Jean); comment vivre ce temps nouveau inauguré par Jésus (cf. les discours d'adieux ou le chapitre 18 de Matthieu) ?

Le réflexe de commencer par chercher comment transparaît la foi pascale des premiers chrétiens dans tout passage d'évangile peut être un excellent moyen, et à la portée de tous, de renouveler et d’enrichir sa lecture croyante.


© SBEV. Marc Sevin

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org