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Premiers chrétiens
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Résurrection
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Beaude Pierre-Marie
Les premiers chrétiens parlent du ressuscité
Théologie
 
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Pour parler de la résurrection de Jésus, les auteurs du Nouveau Testament multiplient les façons de s'exprimer...
 

Depuis les origines, l’Église célèbre et proclame la résurrection de Jésus. C'est dans sa lumière que les textes du Nouveau Testament furent écrits. Pour parler de la résurrection de Jésus, les auteurs du Nouveau Testament multiplient les façons de raconter, les manières de dire, les expressions. Ils ne disent pas seulement : « Christ est mort et ressuscité », mais ils utilisent d'autres formules. Parce qu'avec la Pâque du Christ, la réalité se fait trop riche pour être exprimée en un seul mot.

Les plus anciennes confessions de foi

On repère parfois, dans certains murs, de magnifiques pierres provenant d'abbayes ou de châteaux en ruines qui ont été récupérées et réutilisées. Dans les lettres de Paul ou dans les Évangiles, les exégètes ont parfois l'œil attiré par d'anciennes confessions de foi empruntées aux liturgies, aux prédications, aux proclamations des tout premiers croyants.

En voici quelques-unes.

« Dans l'attente de son Fils qu'il a ressuscité des morts » (1 Th 1,9-10)

Dans la Première lettre aux Thessaloniciens, à la fin de l'adresse, Paul cite quelques mots d'une ancienne confession de foi. Les voici : « Chacun raconte comment vous vous êtes tournés vers Dieu en vous détournant des idoles, pour servir le Dieu vivant et véritable, et pour attendre des cieux son Fils qu'il a ressuscité des morts, Jésus qui nous arrache à la colère qui vient ». On remarque que c'est Dieu qui ressuscite Jésus, comme c'est souvent le cas dans les textes anciens; mais on peut trouver aussi « Jésus a été ressuscité ». Le verbe utilisé (en grec : egeirô) signifie « réveiller ». Ailleurs on trouve « relever » (en grec : anistèmi).

On note aussi qu'avec la résurrection de Jésus est affirmée l'attente de la parousie : « Pour attendre des cieux son Fils, Jésus qui nous délivre de la colère qui vient ». Le jour de colère est le jour de la venue du Seigneur qui mettra un terme à la violence et à l'injustice pour en délivrer les croyants. Cette espérance est très affirmée dans la première Lettre aux Thessaloniciens (voir les ch. 4 et 5). Les premiers chrétiens ne dissociaient pas la célébration de la résurrection de Jésus, de l'attente de son retour en tant que juge de l'univers.

« Si ton cœur croit que Dieu l'a réveillé d'entre les morts » (Rm 10, 9)

Dans la lettre aux Romains, Paul cite à nouveau une ancienne confession de foi. Il dit : « Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur, et si ton cœur croit que Dieu l'a réveillé des morts, tu seras sauvé ». Confesser Jésus Seigneur et croire que Dieu l'a ressuscité des morts vont ensemble. Le mot Seigneur (en grec Kyrios) est le nom même de Dieu dans l'Ancien Testament. Ce nom éminent est relié à la Pâque de Jésus qui fait de lui le Seigneur. D'autres textes explicitent l'importance de ce nom. C'est le cas de l'hymne aux Philippiens dont il nous faut parler maintenant.

« C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé » (Ph 2,6-11)

Ici le vocabulaire déjà rencontré (réveiller, relever) n'apparaît pas. L'hymne parle de dépouillement, d'abaissement, puis de « suprême élévation » (en grec hyperypsoô). Nous ne sommes plus dans le schéma « s'endormir / se réveiller », mais dans le schéma « abaissement / exaltation ». Notons aussi l'importance du mot « Seigneur ». C'est le Nom qui est au-dessus de tout Nom, le nom même de Dieu que Jésus reçoit en lien avec sa mort sur la croix et son exaltation. Tout ceci ne porte pas ombrage à Dieu, c'est au contraire pour la gloire de Dieu le Père.

On pourrait citer bien d'autres textes, par exemple ce bel hymne d'Éphésiens 5,14 tout rempli de la symbolique de la lumière, si importante dans la liturgie du baptême dès les origines : « Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts; sur toi le Christ resplendira ». Mais il faut maintenant nous intéresser aux récits d'apparitions. Nous allons y voir un vocabulaire tout aussi varié, et retrouver nos deux schémas « résurrection » et « exaltation ».

L'apparition de Jésus en Matthieu (Mt 28,16-20)

Ce texte ne contient pas le mot « ressusciter », alors que la TOB lui donne pour titre : « Le Ressuscité envoie ses disciples en mission ». Le mot ressuscité se trouve en fait dans le récit précédent, quand l'ange dit aux femmes : « Allez dire à ses disciples : il est ressuscité des morts » (28,7). À partir du verset 16, d'autres mots se mettent en place : la scène se déroule sur la montagne, ce qui suggère déjà le schéma « vertical » de l'exaltation. La montagne est symboliquement l'endroit où le ciel touche la terre, un endroit qui grandit Jésus aux yeux de ses disciples. Le texte précise d'ailleurs qu'ils « se prosternent », ce qui augmente encore l'impression de grandeur. Ce n'est pas un homme qu'on rencontre au détour d'un chemin ni près d'un tombeau, ni dans une maison de la ville, mais déjà un Jésus qui est « au-dessus » des disciples, dans toute sa grandeur et sa majesté, un Seigneur de gloire devant qui on se prosterne.

Les paroles qu'il prononce accentuent d'ailleurs cet aspect : « Tout pouvoir m'a été donne au ciel et sur la terre ». Un tel pouvoir est divin, Dieu seul a pu le conférer. On est loin, dans ce genre de récit, de l'apparition à Thomas ou Jésus l'invite à mettre ses mains dans son côté. On est loin aussi d'un Jésus marchant avec les deux disciples sur la route d'Emmaüs. Ici c'est d'abord un Seigneur de gloire qui apparaît, le maître de la terre et de l'histoire : il est avec ses disciples jusqu'à la fin des temps.

En lisant ce texte, les exégètes pensent aussitôt à la vision de Daniel sur le Fils d'Homme (Dn 7,13). Ce Fils d'Homme apparaît sur les nuées du ciel et s'approche du trône de Dieu, décrit sous les traits d'un Ancien, de qui il reçoit pouvoir : « Il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient » (Daniel 7, 14). Pour l'auteur du livre de Daniel, ce mystérieux Fils d'Homme représentait le peuple des martyrs qui avaient été fidèles dans la persécution et à qui Dieu donnait le pouvoir sur l'univers. Les premiers chrétiens voient en Jésus l'accomplissement de ce Fils d'Homme. Il est le Fils de l'Homme qui par sa Pâque reçoit le pouvoir sur tout l'univers et qui donne à ses disciples la mission d'aller par toutes les nations.

Les apparitions aux disciples et à Thomas en Jean (Jn 20)

Tout autre est l'ambiance des récits d'apparition dans l'évangile de Jean. On est cette fois à Jérusalem, dans une maison et non sur une montagne. Jésus vient. Il se tient au milieu de ses disciples (Jn 20,19). Le récit développe alors le temps de la reconnaissance. Aux Onze, il montre ses mains et son côté. À Thomas, il dit : « Avance ton doigt ici et regarde mes mains; avance ta main et enfonce-la dans mon côté » (20, 27). Ce temps de reconnaissance permet d'identifier le Seigneur Jésus, de passer de la tristesse provoquée par sa mort à la foi en sa résurrection. Après quoi Jésus délivre un message. Aux Onze il dit en effet : « Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis... » À Thomas, il déclare : « Parce que tu m'as vu, tu as cru; heureux ceux qui croiront sans avoir vu » (20, 30). Dans ce type de récit, la reconnaissance joue un grand rôle. Jésus apparait proche de ses disciples; il doit pourtant encore être reconnu, pour que naisse leur foi.

Plusieurs langages nécessaires

La foi chrétienne se nourrit de tous ces récits et façons de parler de la Pâque de Jésus. Il y en a d'autres, que nous n'avons pas mentionnés encore. Luc, par exemple, aime utiliser le vocabulaire de la vie : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? » ou encore : « Les femmes sont venues dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le déclarent vivant » (Luc 24, 5.23). Ce foisonnement des expressions et du vocabulaire autour de la Pâque de Jésus est nécessaire. Car en fait chacun des mots, chacun des récits a ses propres limites.

Si l'on gardait uniquement l'expression « Jésus est vivant », on risquerait de ne plus assez faire la différence entre la vie propre à Jésus ressuscité et la vie d'une être terrestre. Si l'on gardait seulement le schéma qui montre Jésus exalté ou élevé dans la gloire, on risquerait de ne plus se rappeler que ce Jésus porte sur son corps glorieux les marques de sa passion et de ses clous. Si l'on gardait uniquement les récits de reconnaissance comme l'apparition à Thomas, on risquerait peut-être de « chosifier » le corps du ressuscité. Il faut garder la multiplicité des récits et du vocabulaire à propos de la Pâque comme on garde la richesse des quatre évangiles. Il serait prétentieux et dangereux de vouloir les réduire à l'unité.

© SBEV. Pierre-Marie Beaude

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org