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Jaïre
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Naïm
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Resurrection de Lazare
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Marchadour Alain
Trois récits de résurrection dans le Nouveau Testament
Commentaire au fil du texte
 
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La fille de Jaïre (Marc 5,22-43) - Le fils de la veuve de Naïm (Luc 7,11-17) - La résurrection de Lazare (Jean 11)
 

Les évangiles nous rapportent trois récits de résurrection. On peut penser qu'à travers ces trois manifestations extraordinaires de la puissance et de la compassion de Jésus, les évangélistes ont voulu nous enseigner quelque chose de son mystère et aussi du sort promis à tous les disciples qui écoutent sa parole de vie.

La fille de Jaïre (Marc 5,22-43)

Les trois synoptiques rapportent la résurrection de la fille de Jaïre, chacun avec son génie propre On peut noter la dramatisation progressive : la fillette, gravement malade chez Marc, se meurt chez Luc et vient de décéder chez Matthieu.

Centrons-nous sur le seul texte de Marc pour en souligner quelques traits. La fillette aux portes de la mort a besoin qu'un intermédiaire, son père, qui se déplace pour solliciter l'intervention de Jésus. Ce père, connu par son nom, est un notable juif. Le récit souligne la force de sa foi : il croit au pouvoir guérisseur de Jésus. Sa confiance résiste même à l'annonce de la mort de sa fille, ce qui devrait normalement rendre inutile l'intervention de Jésus. En accueillant la parole de Jésus « Ne crains pas, crois seulement », l'homme reconnaît en lui un être si proche de Dieu qu'il pourrait avoir part au privilège divin de faire vivre.

Au fur et à mesure que Jésus approche de la jeune fille, le récit est retardé : l'éloignement, puis l'annonce de la mort et enfin l'irruption d'une femme souffrant d'hémorragie depuis douze ans. Cette dramatisation est accentuée par le secret qui entoure l'intervention finale de Jésus : la foule disparaît. Jésus ne laisse personne l'accompagner, sinon Pierre, Jacques et Jean, les témoins privilégiés de la Transfiguration et de l'agonie à Gethsémani. Quand il arrive à la maison, il en chasse tous les moqueurs et ne garde que les trois apôtres ainsi que le père et la mère.

La parole de Jésus arrache la fillette à son sommeil. Car pour Jésus la mort n'est qu'un sommeil d'où s'éveille celui qui accepte d'écouter sa voix. Éveillée, la fillette retrouve la vie, puis retourne au quotidien à travers l'invitation de Jésus à lui donner à manger. L'histoire s'achève brutalement sur la recommandation de se taire. Mais le récit est là pour nous dire que le temps du silence a pris fin. Désormais les croyants savent que Jésus a pouvoir sur la mort. Ceux qui entendent sa voix entrent dès maintenant dans la vie.

Le fils de la veuve de Naïm (Luc 7,11-17)

Luc est seul à rapporter ce fait extraordinaire qui met en scène un jeune mort qu'on mène à sa tombe. À la différence du récit précédent de Marc, Luc a donné le maximum de publicité à la scène : ce sont deux grandes foules qui se rencontrent, l'une suivant Jésus, l’autre accompagnant le jeune mort.

Jésus apparaît comme le Seigneur de la vie, plein de la puissance de Dieu et inspiré par la tendresse. Il est pris de pitié devant les pleurs de la veuve. À sa seule parole le mort se dresse, retrouve l'usage de la parole et réintègre le circuit familial. Rien n'est dit de sa vie ensuite. Le récit est centré sur Jésus, dont la seule présence est une arme contre la mort. Sa renommée se répand dans toute la contrée. À la puissance de la mort, entraînant l'enfant vers la disparition définitive, la parole vivante de Jésus fait, barrage de façon efficace. Pour rédiger son récit, Luc s'est souvenu d'un récit analogue montrant la puissance de Dieu qui agissait par le prophète Elie (1 Rois 17,17-24).

La résurrection de Lazare (Jean 11)

La résurrection de Lazare est rapportée seulement par Jean. C'est le plus spectaculaire des trois récits. Quatre jours se sont déjà écoulés depuis que l'ami de Jésus a été mis au tombeau; le cadavre sent déjà. L'évangéliste souligne, plus encore que Marc, le suspense qui retarde l'arrivée de Jésus auprès du tombeau.

Comparons ces récits qui ne manquent pas de points communs. Le rôle de l'intermédiaire est toujours important : c'est la pitié pour la mère qui provoque le deuxième miracle. Ici, ce sont les deux sœurs qui interviennent en faveur de leur frère malade. La mort apparaît, dans les trois cas, comme un sommeil dont la parole toute puissante de Jésus a le pouvoir de faire sortir. La fin des trois récits se caractérise par une banalisation, surprenante à première vue. Jésus rend le jeune homme à sa mère; il demande que la fillette reçoive de la nourriture; Lazare est renvoyé dans le quotidien. Enfin les trois « ressuscités » demeurent de grands silencieux : rien n'est dit de leurs réactions, comme si le narrateur laissait volontairement une page blanche, peut-être pour que nous, les lecteurs, ayons plus facilement envie de la remplir ?

© SBEV. Alain Marchadour

 
Jn 11
Lc 7,11-17
Mc 5,22-43
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org