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Ancien Testament
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Résurrection
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Gruson Philippe
La résurrection dans l'Ancien Testament
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L'Ancien Testament parle très peu de la résurrection des morts...
 

L'Ancien Testament parle très peu de la résurrection des morts, et seulement dans les tout derniers livres. D'où vient donc cette croyance, cette espérance ? Pourquoi est-elle apparue si tard ? N'est-elle pas une croyance étrangère à la foi d'Israël ? Pour répondre à ces questions, il faut parcourir les principaux textes de l’Ancien Testament concernant la résurrection.

Deux enfants morts (1 R 17 et 2 R 4)

Dans l’Ancien Testament, deux cas de résurrection sont attribués aux prophètes du IXe  siècle : Élie et son disciple Élisée. Il s’agit de deux enfants qui viennent de mourir. La prière d’Élie est révélatrice : « Seigneur, mon Dieu, que le souffle de cet enfant revienne en lui ! » (1 R 17,21). Et c’est ce qui arrive : « Le souffle de l’enfant revint en lui, il fut vivant ». Et la mère serrant son enfant dans ses bras peut dire à Élie : « Oui, maintenant je sais que tu es un homme de Dieu et que la parole du Seigneur est vraiment dans ta bouche » (v. 24). C’est sur Élis qu’est centré ce récit populaire assez ancien : en lui Dieu parle et agit.

Au fond, ces deux résurrections sont des réanimations, des guérisons extraordinaires, comme celles que Jésus fera plus tard, pour deux jeunes également : la fille de Jaïre et le fils de la veuve de Naïm. Ces guérisons prouvent que Dieu a pouvoir sur le souffle vital, sur la vie des hommes : « Le Seigneur fait mourir et fait vivre ; il fait descendre au séjour des morts et en fait remonter» (1 S 2,6). Mais rien ne vient entamer l'évidence universelle que le séjour des morts, le shéol, est le « pays sans retour », comme le dit David qui pleure son enfant (2 S 12,23)

Retour à la vie le troisième jour (Osée 6)

Au VIIIe siècle, toujours dans le Royaume du Nord, le prophète Osée se bat contre l'infidélité du peuple envers le Seigneur. Israël prend bien des résolutions de conversion, mais çà ne dure pas ! Les gens disent : « Venez, retournons vers le Seigneur. C'est lui qui a déchiré et c'est lui qui nous guérira il a frappé et il pansera nos plaies. Au bout de deux jours il nous aura rendu la vie au troisième jour il nous aura relevés et nous vivrons en sa présence’ » (Osée 6,1-2).

Manifestement ce langage de mort et de vie est symbolique et concerne tout le peuple : Israël est comme un malade ou un blessé que Dieu peut guérir. L'expression « le troisième jour » signifie : très bientôt. Les images de la pluie et de la rosée des v. 3-4 rappellent les mythes des paysans cananéens, pour qui Baal, le dieu de la végétation, meurt l'été à la saison sèche, et revient à la vie avec les pluies. Aux alentours de l'ère chrétienne, lorsque les Juifs traduiront ce texte en grec (la Septante) et en araméen (le Targoum), ils y exprimeront leur foi en la résurrection des mort.

Un texte d'après l'Exil, annonce le retour à la vie pour les morts (Is 26,19). Il emploie les images mythiques de la rosée et de la lumière. Bien qu'énigmatique et très discuté, il ne semble promettre, lui aussi, qu'un retour à la vie symbolique pour le peuple de Dieu menacé de disparition : « Tes morts revivront, leurs cadavres ressusciteront. Réveillez-vous, criez de joie, vous qui demeurez dans la poussière! Car ta rosée est une rosée de lumière et la terre aux trépassés rendra le jour ».

Le souffle sur les ossements (Ézéchiel 37)

Pendant l'Exil à Babylone au Vie siècle, les exilés ont perdu tout espoir de rentrer dans leur patrie. Ils se comparent à des morts vivants  : « Nos ossements sont desséchés, notre espérance est détruite, nous sommes en pièces » (Ez 37, 11). Alors Ézéchiel leur raconte une vision qu'il a eueb: une plaine couverte d'ossements desséchés, sur lesquels Dieu l'a fait prophétiser pour qu'ils reprennent forme humaine, puis qu'ils reçoivent le souffle, l'esprit de Dieu. Et ces corps se sont mis debout, vivants.

Images merveilleuses, mais images seulement : c'est comme une parabole en vision qui annonce la libération des exilés et leur retour à la vie, dans leur patrie. Ézéchiel ne dit rien de plus; mais lorsque les Juifs reliront ensuite cette vision sur le retour d'Exil, ils y reconnaîtront l'annonce de la résurrection des morts. C'est pourquoi les Juifs de Doura-Europos, sur l'Euphrate, au IIIe siècle de notre ère, peindront cette vision sur les murs de leur synagogue.

La vie éternelle pour les martyrs (Daniel 12)

En 167 av. J.-C. les Juifs subissent une violente persécution de la part du roi grec Antiochos Epiphane; il veut supprimer cette religion trop différente des autres et il profane le temple de Jérusalem. La circoncision, le sabbat, la lecture des Écritures, la nourriture juive : tout est interdit sous peine de mort. Pourtant beaucoup risquent leur vie pour rester fidèles à leur religion. Certains font même de la résistance, autour d'un chef, Judas Maccabée. Parmi les Juifs pieux, il y a des martyrs, notamment parmi « les gens réfléchis », qui enseignent la foi et la soutiennent : « Ce sera un temps d'angoisse tel qu'il n'en est pas advenu depuis qu 'il existe une nation jusqu 'à ce temps-là. En ce temps-là, ton peuple en réchappera, quiconque se trouvera inscrit dans le Livre. Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront ceux-ci pour la vie éternelle, ceux-là pour l'opprobre, pour l 'horreur éternelle. Et les gens réfléchis resplendiront, comme la splendeur du firmament, eux qui ont rendu la multitude juste, comme les étoiles à tout jamais » (Daniel 12,1-3).

La persécution va bientôt cesser et Dieu fera triompher les siens. Entre eux et leurs persécuteurs, Dieu va juger : pour ceux-ci, ce sera la destruction, mais ses fidèles, Dieu les arrachera au sommeil de la mort pour leur faire partager sa vie éternelle. Le message de cette annonce est très proche de celui de la vision du Fils de l'homme au ch. 7. Le « peuple des Saints du Très Haut » est représenté par ce personnage mystérieux, d'abord persécuté, puis élevé par Dieu dans sa gloire (Dn 7,24-27). Pour l'auteur du livre de Daniel, les martyrs ne peuvent pas rester dans la mort, puisqu'ils ont perdu leur vie pour Dieu. Ils entreront dans une vie nouvelle auprès de Dieu et continueront d'appartenir à son peuple, car leurs noms sont inscrits dans le Livre de vie.

Dans le second livre des Maccabées, au ch. 7, un récit illustre cette croyance nouvelle de la résurrection des morts. On y raconte le martyre de sept frères et de leur mère, toujours lors de la persécution d'Antiochos. Avant sa mort, chacun dit sa foi au Dieu vivant qui le ressuscitera. Ce récit – écrit vers 120 av. J.-C. – vient éclairer les questions soulevées par l'annonce de Daniel 12. Parce qu'ils ont choisi la fidélité à Dieu et à sa Loi jusqu'au bout, les martyrs restent unis à Dieu dans la mort. Au-delà de la mort, ils retrouveront une autre vie corporelle mais éternelle, car Dieu qui les avait créés va les recréer.

L'énigme de Job s'éclaire

Les prophètes n'avaient jamais osé franchir les limites de cette vie; le seul idéal du monde nouveau qu'ils envisageaient était celui d'une très longue vie : « Il n'y aura plus (à Jérusalem) de nourrisson emporté en quelques jours ni de vieillard qui n'accomplisse pas ses jours. Le plus jeune, en effet, mourra centenaire » (Isaïe 65, 17.20). De même le sage Qohéleth sait bien qu'il faut se résigner à la mort (Qo 9,5-10).

Mais avec l'apocalypse de Daniel la limite de la mort est franchie, sous le choc de la persécution et des martyrs. Et pourtant cette innovation se fonde sur deux certitudes traditionnelles en Israël : Dieu est créateur et il est juste. La mort ne saurait faire obstacle au Créateur, au maître de toute vie. Le séjour des morts, le shéol (les « enfers »), n'échappe pas non plus à son pouvoir. S'il ne juge pas les hommes avant leur mort, c'est qu'il les jugera après.

Ainsi s'éclairé la grande énigme du livre de Job, l'homme fidèle plongé dans les épreuves et le malheur, qui doute de la justice de Dieu. Les actes de chacun seront jugés après cette vie; Dieu rétribue le juste (le martyr, par exemple) par la vie nouvelle, tandis qu'il abandonne le pécheur (le bourreau) à son refus de Dieu et à la mort. Dieu ne peut pas ne pas sauver les siens, mais il le fera par-delà la mort, et non avant; il n'évite pas la mort à ses fidèles mais il leur offre de partager sa propre vie sans fin.

« Tu me prendras avec toi »

Avant Daniel, les juifs pieux avaient, semble-t-il, déjà eu le pressentiment de la résurrection, dans la prière. Les psaumes de confiance chantaient que Dieu ne peut abandonner les siens. Même si ces prières sont difficiles à dater et à commenter, les mots sont là, très forts; ils disent un immense désir, plus qu'une certitude.

« Dieu rachètera ma vie au pouvoir des enfers; oui, il me prendra » (Ps 49,16).

« J'ai toujours été avec toi : tu m'as saisi la main droite, tu me conduis selon tes vues, tu me prendras ensuite avec gloire » (Ps 73,23-26).

« Tu ne m'abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse. Tu me fais connaître la route de la vie; la joie abonde près de ta face à ta droite, délices éternelles » (Ps 16,9-1 1)

Cette piété juive trouvait d'ailleurs un support dans la tradition d'Élie qui affirmait que cet « homme de Dieu » avait été enlevé au ciel sur un char de feu (2 Rois 2,9-12). Dieu l'avait « pris » auprès de lui, comme déjà auparavant le patriarche Hénok (Gn 5,24). Ne disait-on pas la même chose du mystérieux Serviteur de Dieu qui pendant l'Exil avait donné sa vie en sacrifice pour le pardon des péchés de son peuple ? Lui aussi, Dieu l'avait pris (Isaïe 53,8). Bien plus, il lui avait fait voir une descendance (ou la lumière) et un triomphe (v. 10-12). Une telle vie donnée à Dieu, sur terre, ne pouvait aboutir qu'à une communion totale avec lui, par delà la mort : une vie sans fin en sa présence.

Au temps de Jésus, pour presque tous les Juifs sauf les Sadducéens, la résurrection des justes est devenue une certitude et l'on cherche qui en bénéficiera, quand et comment elle aura lieu. Qui ? Les justes seuls ou tout Israël ou encore tous les hommes ? Quand : aussitôt après la mort ou seulement au jugement universel, à la fin des temps ? Comment : au ciel ou sur terre ? Avec un corps ou sans corps ? Mais désormais cette espérance est enracinée en Israël. Beaucoup auraient pu dire comme Marthe à Jésus, devant la tombe de son frère Lazare : « Je sais, mon frère ressuscitera à la résurrection, au dernier jour ». Mais personne n'aurait pu prévoir la réponse de Jésus : « Je suis la résurrection » (Jean 11,24-25).


© SBEV. Philippe Gruson

 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
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