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Actes des Apôtres
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Assemblée de Jérusalem
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Autané Maurice
Les Actes des Apôtres : l'assemblée de Jérusalem (Ac 15)
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Pour devenir chrétien, faut-il d'abord être juif, comme Jésus et les Apôtres ?
 

Le chapitre 15 des Actes, qui raconte l'assemblée de Jérusalem, est le nœud du livre et une véritable charnière : c'est l'aboutissement de ce qui précède et l'ouverture de toute la suite. Il répond au problème majeur de l'Église primitive: pour devenir chrétien, faut-il d'abord être juif, comme Jésus et les Apôtres ?

Il s'agit de régler un conflit doctrinal essentiel, qui risque de diviser l'Église primitive. Luc a développé le récit de cet événement capital en rappelant les événements précédents et en solennisant la décision prise à Jérusalem, avec les autorités Apôtres et Anciens et avec une lettre de mission.

Pierre et l'expérience de Césarée

Devant l’assemblée de Jérusalem, Pierre est le porte-parole des Apôtres et des Anciens. Il intervient alors que la discussion s'envenime (v.7) et en quelques mots il va clarifier la situation et ramener le calme qui permettra la décision finale. Si Pierre a tant d'importance, ce n'est pas seulement parce qu'il a été choisi par Jésus comme responsable du groupe des Douze, mais aussi parce qu'il a déjà inauguré la mission vers les païens, en allant baptiser le centurion Corneille à Césarée (Ac 10).

À ce moment-là un pas décisif a été franchi : Dieu a donné à des païens l'Esprit Saint (10,44), comme aux Apôtres à la Pentecôte. Désormais, dit Pierre, ce serait défier Dieu lui-même que de contredire ce fait accompli... par Dieu lui-même. Le peuple juif reste le premier destinataire du message, mais ce message, désormais, concerne aussi les païens. Personne ne conteste cela. Mais ce qui fait problème c'est la manière d'intégrer les païens convertis comme Corneille. Pour certains judéo-chrétiens, impossible d'être chrétien sans d'abord devenir juif, comme Jésus et les Apôtres. Pierre, au contraire, rappelle que ni les juifs ni les judéo-chrétiens n'ont été capables d'observer la Loi qu'ils voudraient maintenant imposer aux païens. Croire en Jésus est la seule chose qui sauve les Juifs comme les païens.

Paul au premier plan

Le discours de Pierre rappelant la conversion de Corneille a calmé l'assemblée. Celle-ci peut maintenant écouter Paul et Barnabas raconter comment Dieu a accompli des miracles lors de leur mission chez les païens. Leur témoignage justifie la position de Pierre. D'ailleurs il faut noter que celui-ci va « disparaître » du livre des Actes dès la fin de son discours du ch. 15. A partir du ch. 16 le chef de file de la mission sera Paul. Le v. 2 est une transition vers le second grand discours de l'assemblée : celui de Jacques, le chef de la communauté de Jérusalem, qui va décréter l'ouverture aux païens et envoyer Paul pour cette mission.

Les décisions prises

Luc insiste beaucoup sur l'aspect normatif et universel de l'assemblée. Toute l'Église, en la personne des Apôtres et des Anciens, est présente. Il ne s'agit pas d'une simple décision locale. Les discours de Pierre et de Jacques ont amené la décision attendue : l’Évangile peut être annoncé aux païens sans qu'il leur soit demandé de se faire juifs (15,21). C'est une décision de l'Esprit Saint; nul ne peut la contester. Notons au passage qu'à partir de cette décision le centre de gravité de l'Église va se déplacer : Jérusalem ne sera plus le centre; c'est le monde gréco-romain qui va accueillir l'Évangile annoncé par Paul.

Quel est le contenu exact de la décision ? En 15,19 Jacques décide de ne pas obliger les païens à observer une Loi qui leur est étrangère. Mais il va leur proposer quatre règles, énoncées au v. 20, tirées des lois du Lévitique (ch. 17-18) : « s'abstenir de l'idolâtrie, de l'immoralité, de la viande étouffée et du sang ». Ces règles ne sont pas des obligations morales : elles interdisent les viandes offertes aux idoles, les viandes non saignées et les mariages consanguins. Elles ont pour but de permettre aux judéo-chrétiens et aux pagano-chrétiens de se fréquenter, de manger ensemble et donc de célébrer ensemble l'eucharistie. La mise par écrit de cette décision (v. 29) souligne son aspect normatif. Le fait que la lettre soit confiée à Paul et Barnabas ouvre la suite des Actes, qu'on peut donc intituler : « l'Évangile aux païens ».

© SBEV. Maurice Autané

 
Ac 15
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org