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Actes des Apôtres
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Ananie
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Saphire
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Le Saux Madeleine
Les Actes des Apôtres : Ananie et Saphire (Ac 5,1-11)
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La fin tragique d'Ananie et de Saphire est un récit gênant et choquant...
 

La fin tragique d'Ananie et de Saphire vient troubler l'harmonie et briser l'élan de la première communauté. Ce récit gêne et choque, mais est-ce une raison pour ne pas écouter son message important ?

Remarquons que les onze versets de ce récit peuvent être isolés de leur contexte : en les omettant, on passe sans problème de 4,37 à 5,12. En outre, le récit a du sens en lui-même, indépendamment de son contexte.

Un conte populaire tragique

C'est d'ailleurs un récit fort bien construit, comme une tragédie en trois actes. D'abord une présentation des personnages qui noue l'intrigue. Viennent ensuite deux épisodes parallèles concernant Ananie puis sa femme Saphire. La structure enfin est la même : questions et sentences de Pierre, mort du fautif, réactions de crainte dans l'entourage, sépulture du défunt.

Les spécialistes retrouvent ici les caractéristiques du conte populaire. L'histoire commence et se termine à la façon d'un conte. On a peu de personnages et ils sont répartis en deux groupes opposés : d’un côté Ananie, Saphire et Satan; de l'autre, Pierre et l'Esprit Saint; les jeunes gens anonymes ne sont que des exécutants. L'auteur n'aurait-il pas utilisé d'autres procédés habituels dans les contes ? La contraction du temps, par exemple, et la punition du coupable ?

Faute et châtiment

Dans la tradition orale, on voit volontiers dans le malheur qui frappe quelqu'un la conséquence d'une action passée. Une hypothèse très simple se présente : Ananie et Saphire sont morts subitement, à peu d'intervalle l'un de l'autre. On savait qu'ils avaient triché avec la communauté, avec les apôtres en particulier. De là à voir dans leur mort la punition de leur faute, il n'y avait qu'un pas... qui a été franchi. Et l'autorité de Pierre qui les a démasqués sort grandie de l'affaire.

Reste une question énorme : la disproportion entre la faute et le châtiment. Ananie a vendu une propriété pour partager ses biens avec les frères, comme Barnabé. Mais il a retenu une partie du prix. Comme un certain Akan qui, au temps de Josué, à l'entrée en Terre promise, retint une part du butin, la dissimula et attira la colère de Dieu sur le peuple (Jos 7,1). Le texte le dit (Ac 5,4) : Ananie était libre dans l'usage de ses biens, mais il ne devait pas mentir à l'Esprit Saint. Ce péché-là fait mourir. Aucune vie chrétienne personnelle ou communautaire, ne saurait se fonder sur le mensonge. Il était bon que toute l'Église le sache et s'en souvienne, et donc que ce récit soit là.

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
Ac 5,1-11
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org