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Le Saux Madeleine
Les Actes des Apôtres : conflits et communion
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On a souvent idéalisé l'église primitive, mais qu'en était-il en réalité ?
 

« La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme : (...) ils mettaient tout en commun ». Ce verset des Actes des Apôtres (4,32) a beaucoup fait rêver, parler, écrire. On a souvent idéalisé cette église primitive, mais qu'en était-il en réalité ?

Un début idéal

Trois textes parlent de façon un peu détaillée de la première communauté des disciples de Jésus après son départ et l'envoi de l'Esprit : 2,42-47; 4,32-35 et 5,12-14. Les mêmes éléments, très élogieux, se retrouvent dans les trois passages. Les croyants sont tous unis, unanimes, ils n'ont qu'un cœur et qu'une âme; en un mot, ils vivent la communion fraternelle. Il est dit également qu'ils sont assidus à l'enseignement des apôtres, à la fraction du pain et aux prières et qu'ils mettent tout en commun. On a vu dans ces expressions le secret de la communion fraternelle.

D'autres éléments sont encore mentionnés, comme des conséquences des premiers: l'accueil favorable par le peuple, des prodiges et des signes accomplis par la main des apôtres, l'allégresse quand ils prennent leur nourriture, le fait que parmi eux nul n'était indigent. Si puissant est le témoignage rendu à la résurrection du Seigneur Jésus, si grande la grâce à l'œuvre chez eux tous, que des multitudes de plus en plus nombreuses d'hommes et de femmes se rallient par la foi au Seigneur, et que la communauté ne cesse de croître.

Les sommaires : une parole située

Ces textes appellent quelques remarques. Tous se trouvent dans les cinq premiers chapitres. Ils présentent la même structure et des traits semblables : ils relèvent du genre littéraire « sommaire ». Ce sont des résumés qui généralisent, par des formules caractéristiques : tout le monde, tous ceux qui étaient devenus croyants, tout en commun, le peuple tout entier, chaque jour, nul parmi eux, chacun, etc.

On voit encore que ces sommaires servent à introduire ou conclure des récits. Le premier conclut le récit de la Pentecôte et introduit la guérison de l'infirme du Temple. Le deuxième se situe entre la libération de Pierre et Jean emprisonnés et les deux histoires opposées de Barnabas et d'Ananie et Saphire. Le troisième suit immédiatement ce dernier récit et précède une nouvelle arrestation des apôtres. Loin d'être des notations anodines, ces sommaires jouent un rôle précis dans l'histoire en cours. Belles, trop belles proclamations d'unanimité, ils disent une parole importante, mais située.

À l'épreuve des faits

Une première ombre à ce tableau idyllique des débuts de l'Église est signalée dès le chapitre 5. L'auteur raconte la tromperie et la fin tragique d'Ananie et Saphire qui font semblant de partager leurs biens. Au chapitre 6, nouvelle difficulté : voici que les Hellénistes se mirent à récriminer contre les Hébreux parce que leurs veuves étaient oubliées dans le service quotidien de distribution de nourriture aux indigents. Des dissensions plus graves encore vont apparaître. Lorsque les premiers païens entrent dans la communauté, les divergences éclatent à propos de la circoncision. Les apôtres et les frères établis en Judée ont des discussions assez vives avec Pierre qui est entré chez des incirconcis notoires et a mangé avec eux (11,2); Pierre est aussi allé chez le centurion Corneille et l'a fait baptiser avec sa famille et ses amis.

Le conflit devient plus violent lorsque Paul et Barnabé reviennent de leur première mission : des fidèles issus du pharisaïsme intervinrent alors pour soutenir qu'il fallait circoncire les païens et leur imposer la loi de Moise (15,5). Il faudra une assemblée à Jérusalem pour que les apôtres et les anciens trouvent un accord et que la paix revienne dans l'Église. Aussitôt, cependant, un autre différend est raconté : Paul et Barnabé se disputent au sujet de Jean appelé Marc. Leur désaccord s'aggrava tellement qu'ils partirent chacun de leur côté (15,39). On est loin de l'idéal un seul cœur, une seule âme !

Idéal et réalité

On reste perplexe devant ces contradictions évidentes. On peut choisir de ne retenir que l'idéal... ou bien les conflits. On voit surtout que l'idéal est indiqué dès le début et, en même temps, qu'il a toujours été battu en brèche dans la réalité. Ce qui reste, incontestablement, c'est que la Parole court et se répand malgré les conflits, parfois même... grâce à eux, car ils obligent à inventer des solutions. Ce qui reste encore c'est ce qu'atteste le mot « frères », d'un bout à l'autre des Actes: de 1,15 –1es premiers disciples de Jérusalem – à 28,15 – les fidèles de Rome venus à la rencontre de Paul prisonnier.

Comme pour tant de groupes plus tard, chrétiens ou non, l'idéal de la vie fraternelle joue dans les Actes à la manière d'une utopie qui inspire, incite à créer et ne cesse de critiquer la réalité vécue, étant en même temps un but toujours à atteindre. Ce qui est réalisé à certains moments privilégiés, en certains lieux, comme sans doute aux débuts de l'Église, témoigne que ce n'est pas seulement un rêve.

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org