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Babylone
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Exil
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Ezéchiel
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Soupa Anne
L'épreuve de l'Exil à Babylone
Note historique
 
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Entre 597 et 538, le peuple juif va connaître l'exil à Babylone...
 

Entre 597 et 538, le peuple juif va connaître le premier grand traumatisme de son histoire. L'exil à Babylone, la métropole de l'Orient, la ville aux orgueilleux jardins, aux temples innombrables. Sur les bords du fleuve, il pleurera ses collines, sa ville et son temple ravagés, son roi prisonnier. Que va-t-il gagner à avoir tout perdu ?

La situation géographique d’Israël l'a exposé au cours de son histoire à être l'enjeu des deux grandes puissances du Moyen Orient : au sud-ouest l'Égypte et à l'est tantôt l’Assyrie, tantôt la Babylonie. Israël a beaucoup contre lui : c'est un petit pays, encore plus petit depuis le schisme entre le Nord, qui garde le nom d’Israël Jusqu’à sa chute en 721, et les deux tribus du Sud, devenues le royaume de Juda. C'est un pays convoité parce que fertile, et c'est surtout une vole de passage fréquentée.

À la fin du VIe siècle, l'Égypte est en déclin. Son pharaon, Nekao, vient d’être battu en 605 par la puissance montante, les Chaldéens ou Babyloniens, conduits par Nabuchodonosor. Avec un peu d’inconscience politique, Juda refuse pourtant de lui payer tribut. À ces causes externes, Il faut ajouter des divisions intérieures que l'auteur du Livre des Rois impute à l'impiété des rois. Ces rois sans charisme ont « fait ce qui déplaît au Seigneur ». Des cultes étrangers existent dans le Temple même, les prêtres sont volontiers corrompus, l'injustice règne.

Comment le malheur arrive

Pour faire une démonstration de force à son vassal rebelle, Nabuchodonosor arrive sous les murailles de Jérusalem et y met le siège. Le roi Joyakin, âgé de 18 ans, se rend avec toute sa famille et ses dignitaires (2 R 24,10 ss). Une chronique babylonienne nous informe de la date exacte : le 16 mars 597. Les trésors du Palais et du Temple deviennent le butin du vainqueur. Soldats, dignitaires, artisans, forgerons, serruriers, dix mille personnes environ, quittent Jérusalem derrière leur roi captif pour rejoindre la vallée de l'Euphrate, au nord, et la suivre jusqu’aux terres marécageuses de Chaldée. Parmi eux, le prêtre Ézéchiel.

Le vainqueur installe à Jérusalem un roitelet à sa solde, un oncle de Joyakin, dont il change le nom en Sédécias. Mais bientôt lui aussi regimbe devant la puissance orientale. Quelques années plus tard, en 589, Nabuchodonosor met de nouveau le siège devant la ville. Le roi abandonne sa population affamée et s'enfuit. Les Chaldéens le rattrapent et lui crèvent les yeux, juste après qu'il ait vu le massacre de ses fils. La ville est prise en Juillet 587. Le Temple est pillé de ses derniers trésors et incendié, comme toute la ville. Sur place, le vainqueur laisse un gouverneur, Godolias. La population restante exploite les terres abandonnées.

Là bas

À Babylone, tout paraît démesuré aux exilés. La ville est gigantesque, les bâtiments sont immenses (le champ de ruines actuel s’étale sur 975 ha, soit deux fois le Paris de Henri IV). La ville est renommée depuis longtemps, puisque le grand Hammourabi en a fait, au XVIIIe siècle av. J.C la capitale de son empire. Après des éclipses, Babylone est en pleine expansion, depuis le début du règne de Nabuchodonosor en 605. L'Euphrate baigne la ville qui est traversée du nord au sud par une immense voie processionnelle allant de la porte d’Ishtar au temple de Mardouk, le grand dieu national. Au début de chaque année, la ville célèbre son dieu : sa statue se déplace à travers la ville et le roi lui rend hommage.

Il ne faut pas Imaginer la vie des exiles comme celle de prisonniers dans des cellules. Jérusalem était loin pour qu’ils s'enfuient ! Ils ont sans doute été affectés à des travaux urbains ou architecturaux, comme la grande tour de Babylone, ou Ziggourat, la « tourde Babel » de la Bible. D'autres exilés sont devenus agriculteurs, sur des terres qui leur étaient affectées. La lettre de Jérémie laisse entendre qu'ils peuvent s'installer, bâtir, cultiver la terre. Leur roi Joyakin, à partir de 561, sera réhabilité et mangera à la table du roi.

Si je t’oublie Jérusalem…

Certaines sources, en particulier bibliques, insistent sur la tristesse du « petit reste » d’Israël sur cette terre étrangère. Un texte du Deuxième Isaïe (49,8-10) évoque la servitude, les ténèbres, les cachots. Il faut relire le Psaume 137 qui se lamente sur Jérusalem : « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion... » Une crainte domine : celle d’oublier la ville natale à laquelle on doit tout...

Mais selon d’autres sources, il semble que des Juifs auraient gravi les échelons de la société pour devenir commerçants, bijoutiers, clients d’une banque dont on a retrouvé les archives. Certains auront de hautes fonctions à la cour. Quand ils auront la liberté de retourner au pays, beaucoup choisiront de rester sur place. La cohésion de ces groupes d’exilés est assurée par des anciens, des prêtres ou des prophètes. Ils sont le centre autour duquel gravite la vie religieuse des exilés. « Venez écouter quelle parole vient de la part du seigneur », dit un texte d'Ézéchiel (Ez 33,30). Les scribes qui se trouvent là entreprennent de consigner les traditions orales qui soutiennent la foi du peuple.

L’approfondissement de la foi

Cette période est celle d’un profond désarroi. Une question centrale taraude le petit reste : Dieu est-il encore avec son peuple ? Traditionnellement, pour Israël comme pour ses voisins, un dieu était dieu sur une terre et non ailleurs. Hors de sa terre, que pouvait faire Yahvé ? À plusieurs reprises dans les psaumes les questions des autres affleurent : « Où est-il, ton Dieu ? » (par ex. Ps 42,11). La découverte faite en exil, que tant de croyants ont refaite dans l'épreuve, est celle de la présence inconditionnelle de Dieu aux siens : Dieu était présent dans le malheur, il les a secourus. En outre, l’image de Dieu des Juifs s’est enrichie, la théologie a fait un pas en avant : si Dieu était là, en terre étrangère, il était donc Dieu partout dans l'univers. Tous les hommes pouvaient devenir ses messagers, tous pouvaient croire en lui. Il était aussi créateur du cosmos, du monde, de toute la nature. C`est l'affirmation centrale du récit de Genèse 1, écrit pendant cette période.

À cette question centrale s'ajoute le désarroi causé par la perte des piliers traditionnels de la foi juive : la terre, le roi, le temple. Autour de quoi la foi allait-elle maintenant se structurer ? Trois nouveaux piliers se sont fondés dans l'expérience de l’exil : l'Écriture, tout d’abord, est devenue un texte rédigé, une référence sûre pour la foi. C’est en effet pendant et après l'exil que les grands textes ont été regroupés dans la Torah. Les synagogues, ensuite, deviennent les lieux où l'on entend la parole de Yahvé. Enfin le sabbat a été institué comme ce moment où la foi commune pouvait s’exprimer. Ainsi, l'exil a permis aux exilés d’approfondir leur relation à Dieu. « D'un mal, Dieu sait tirer un bien » disait à peu près Joseph à ses frères (Gn 50,20).

 

© SBEV. Anne Soupa

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org