1471
Alliance nouvelle
908
Jérémie
72
Gruson Philippe
Jérémie : une alliance nouvelle
Gros plan sur
 
Commencer
 
Changer l'homme de l'intérieur...
 

Les chapitres 30 et 31 sont une oasis dans le livre de Jérémie : ils contiennent presque les seules paroles du prophète à annoncer une espérance, un salut. Chose curieuse, ils interpellent "Israël" et non Juda. On pense donc volontiers que Jérémie les a adressés aux Israélites de l'ancien royaume du Nord. Autrefois conquise par les Assyriens en 722, cette région a été en partie reconquise par Josias, le roi de Juda. Est-ce dans le cadre de la grande réforme, à partir de 622, que Jérémie invite les croyants du Nord à refaire l'unité dans l'Alliance autour de Jérusalem (31,6) ? En tout cas ces oracles ont ensuite été appliqués à Juda (cf. l'addition en 31,31).

L'alliance brisée

L'oracle de 31,3.1-34 commence par annoncer une "alliance nouvelle"; c'est le seul texte de l'Ancien Testament qui emploie cette expression (v.31) qui aura une grande importance. Pourquoi une alliance nouvelle ? Parce que la première, celle du Sinaï, est brisée : « L'alliance que j'ai conclue avec leurs pères, le jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d'Égypte, eux l'ont rompue. Mais moi je reste leur maître » (v.32). Cette alliance était conditionnelle : Dieu s'engageait envers Israël si celui-ci lui était fidèle et gardait sa loi. « Je mets aujourd'hui devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction... choisis la vie ! » (Dt 30,15-20). Mais les faits ont prouvé l'infidélité permanente d'Israël : si le royaume du Nord a disparu, c'est qu'il n'a pas gardé sa foi en son Dieu.

La situation en Juda, plus tard, n'est guère plus brillante. Il y a bien eu le grand élan de la réforme de Josias, pendant une douzaine d'années, mais dès la mort brutale du roi en 609, les efforts de conversion ont été abandonnés et les cultes païens sont réapparus un peu partout. Pour Jérémie ce fut une cruelle déception : décidément, le peuple de Dieu ne sera jamais à la hauteur ! « Un Noir peut-il changer de peau, une panthère de pelage ? Et vous, les habitués du mal, pourriez-vous faire le bien ? » (13,23). « La faute de Juda est écrite avec un burin de fer; elle est gravée sur la table de leur cœur » (17,1). Le mal est trop profond : l'alliance ne pourra jamais réussir avec un tel peuple. À moins que...

Changer l'homme de l'intérieur

... À moins que Dieu ne change précisément le cœur de l'homme : « Je donnerai ma Loi (Tora) au milieu d'eux et sur leur cœur je l'écrirai; je serai Dieu pour eux et eux seront un peuple pour moi » (v.33). Ce que l'homme ne peut faire, Dieu peut le faire, lui qui crée l'homme. Comment cela ? Faut-il qu'il crée une autre humanité qui ignorerait le mal, et donc la liberté ? Et que deviendrait Israël ? Non, l'alliance nouvelle qu'annonce Jérémie est toujours conclue avec Israël : cela ne change pas. Ce qui change, c'est la relation entre Dieu et son peuple. L'alliance à venir ne sera plus conditionnelle, elle sera gratuite, inconditionnelle et reposera uniquement sur la volonté de Dieu de faire vivre et de sauver Israël, même infidèle, même indigne.

Comment ? Désormais la loi de Dieu ne sera plus gravée sur la pierre mais inscrite sur le cœur, là où l'homme désire, réfléchit et décide. Elle sera "donnée" et pas seulement "mise" à l'intérieur de l'homme. La relation à ce Dieu d'alliance n'aura plus à passer par les prêtres ou les prophètes : « Car ils me connaîtront tous, du plus petit au plus grand, oracle du Seigneur, car je pardonnerai leurs fautes et de leurs péchés je ne me souviendrai plus » (v.34). Il faut que Dieu donne à l'homme ce qui lui permettra de le connaître et de lui répondre : « Je leur donnerai un seul cœur et une seule manière d'agir... je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu'ils ne s'écartent plus de moi » (32,39-40).

Une alliance fondée sur le pardon

Pour que l'homme soit rénové, il faut que Dieu "change" sa relation avec lui; au lieu de la malédiction qui menace le pécheur, c'est le pardon qui est finalement annoncé. Le Deutéronome est bien optimiste, qui pense que, de lui-même, l'homme va choisir la vie, le bonheur, et donc la fidélité à Dieu. Jérémie va plus loin : la lucidité ne suffit pas. L'homme peut bien constater son mal et en souffrir; il ne peut s'en libérer. Dieu seul peut lui offrir un salut, une délivrance : son pardon. Impossible de continuer à faire des comptes et à sanctionner : l'homme sera toujours perdant.

Pour casser l'engrenage Loi – péché – punition, le Dieu de Jérémie invente une alliance toute neuve où la Loi devient le désir même de ce que Dieu veut, l'Esprit de Dieu dans l'esprit de l'homme. Plus tard Ézéchiel reprendra le même message d'espérance et de pardon : « Je vous purifierai de toutes vos impuretés et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf... Je mettrai en vous mon propre Esprit je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes » (Ez 36,25-27). Ailleurs Jérémie parle d'une "alliance éternelle", ce qui revient au même, car lorsque Dieu fait du "nouveau", c'est toujours du définitif (voir Jr 32,40; 50,5).

Ce que Jérémie a entrevu comme seule issue possible, deviendra un jour une réalité. Dans une maison de Jérusalem, un soir de printemps de l'an 30, lors de son dernier repas, Jésus dira à ses amis : « Cette coupe de vin est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi » (1 Co 11,25).

 

© SBEV. Philippe GRUSON

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org