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Jérémie
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Gruson Philippe
Jérémie en son temps
Note historique
 
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Jérémie est le prophète dont on connaît le mieux la vie...
 

Jérémie est le prophète dont on connaît le mieux la vie, grâce aux divers récits qui alternent avec ses oracles, dans le livre qui porte son nom. De famille sacerdotale, on ne le voit pourtant jamais exercer une activité de prêtre; quand on parle de lui au temple, c'est au contraire pour montrer son opposition au clergé de Jérusalem. Originaire d'Anatot, un petit village à une heure de marche de la ville, c'est plutôt un paysan. Toute sa vie va se dérouler auprès de Jérusalem, mais il est bien informé sur la situation de son pays et des puissances voisines.

L'Assyrie, Babylone et l'Égypte

Quand Jérémie commence à prophétiser vers 626 - il a tout juste 20 ans -, Assurbanipal vient de mourir. En lui, l'Assyrie a perdu son dernier grand roi. En 612 la capitale Ninive tombe aux mains des Babyloniens: c'est la fin du prestigieux empire assyrien qui a dominé tout le Proche-Orient pendant plus de deux siècles. Babylone, sa rivale au sud de la Mésopotamie, ne cesse de grandir. Dès le début de son règne, en 605, le roi Nabuchodonosor bat l'armée d'Égypte à Karkémish sur l'Euphrate, ce qui lui permet de compter le petit royaume de Juda comme vassal.

L'Égypte était jusque là le suzerain naturel de Juda, son petit voisin. Par exemple, le pharaon Nékao II, en 609, vient destituer le roi Joachaz et le remplace par Joyaqim. Contre la menace de Babylone, les rois de Jérusalem cherchent souvent le soutien de l'Égypte mais celle-ci s'engage peu: ses intérêts sont ailleurs. Elle ne pourra pas empêcher l'annexion de Juda.

Le règne de Josias (640 609)

Ce roi de Juda reçoit des éloges dans la Bible: il a reconquis une partie de l'ancien royaume d'Israël, au nord, pendant la décadence de l'Assyrie. Mais il est surtout loué pour la réforme religieuse qu'il lance en 628 (ou en 622 ?, à la découverte du "Livre de la Loi du Seigneur" dans le temple de Jérusalem ). La réforme, menée d'après la Loi du Deutéronome, consiste notamment à faire de Jérusalem le seul sanctuaire du royaume en supprimant tous les autres lieux de culte. Jérémie n'a pu que se réjouir de cette réforme. Hélas, elle ne durera qu'une douzaine d'années ! La mort brutale de Josias, tué au combat à Megiddo en 609, met un terme à ce réveil religieux. Les vieilles habitudes et les pratiques religieuses païennes réapparaissent vite.

Le règne de Joyaqim (609 598)

Après trois mois de règne, Joachaz, fils de Josias, est remplacé par un de ses frères, Joyaqim (ou Joachim). Mais bientôt celui-ci se déclare vassal de Nabachodonosor. Un discours de Jérémie au temple fait scandale (ch. 7 et 26) et Jérémie l'aurait payé de sa vie, sans l'appui d'un ministre du roi. Le message du prophète dépla~t, car il dénonce les injustices du roi et des responsables, la corruption générale. Il annonce même que Dieu va intervenir contre Jérusalem. Joyaqim ne tient aucun compte de ces avertissements. En 604, il brûle un rouleau des paroles de Jérémie écrit par son secrétaire Baruch (ch. 36). Vers 600, Joyaqim~change une nouvelle fois ses alliances et se révolte contre Babylone.

Le règne de Sédécias (597 587)

Dès 598,1'armée de Nabuchodonosor vient occuper Juda. Joyaqim meurt bientôt. Son fils Joyakin lui succède et se rend au bout de trois mois. I1 est déporté `à Babylone avec la famille royale, les chefs militaires, des conseillers et des prêtres, dont Ezéchiel. C'est la première déportation. A la place de Joyakin, Nabuchodonosor établit un autre fils de Josias: Sédécias. Jérémie ne cesse de prêcher la soumission à Babylone qu'il considère comme envoyée par Dieu pour châtier Jérusalem l'infidèle. Mais il se fait contredire par certains prophètes revanchards comme Hananya (ch. 27-28). C'est 1'échec; son découragement devant une mission impossible apparaît dans ses « confessions ».

Mal conseillé, Sédécias se laisse entraîner par les pro-égyptiens dans une révolte contre Babylone. L'année suivante, en 588, l'armée de Babylone envahit Juda et assiège Jérusalem. Le siège dure un an et demi, sauf une brève interruption de trois mois, début 587. Jérémie continue d'annoncer la victoire des Babyloniens, ce qui lui vaut d'être arrêté. I1 recommande à Sédécias la reddition pour éviter l'irréparable, mais rien n'y fait (ch. 37-38). En juillet 587, la ville est prise. Sédécias en fuite est repris et déporté. Le temple et la ville sont incendiés (ch. 39). Onze ans après la première, une nouvelle caravane de déportés prend la route du nord, vers Babylone.

La fin de Jérémie

Nabuchodonosor nomme comme gouverneur un certain Guedalya, un notable de la famille qui avait protégé Jérémie et appartenait au parti pro-babylonien. Trois mois plus tard Guedalya est assassiné par des nationalistes (ch. 40). Pour éviter les représailles ceux-ci se réfugient en Égypte en entraînant avec eux, de force, Jérémie et Baruch. C'est là-bas que Jérémie lance ses derniers oracles (ch. 42-44). On ignore tout de sa fin.

© SBEV. Philippe GRUSON

 
 
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