252
Bible
1161
Education
6
Le Saux Madeleine
L'éducation dans la Bible
Gros plan sur
 
Commencer
 
On chercherait en vain dans la Bible un traité d'éducation...
 

On chercherait en vain dans la Bible un traité d’éducation. Certains ont pu parler de la pédagogie de Dieu avec son peuple, ou de la pédagogie de Jésus, mais il s'agit alors d'une réflexion moderne. Il existe pourtant des références explicites à l'éducation des enfants, surtout dans les Proverbes, le Siracide et les Épîtres de Paul.

Discipline et correction

D'une manière générale, ou peut dire que les principes d'éducation reposent d'abord sur l'idée qu'un groupe donné se fait de la nature humaine. Il semble bien que les auteurs de l'Ancien Testament soient plutôt pessimistes sur ce point : « Le cœur de l'homme est porté au mal dès sa jeunesse » lit-on en Gn 8,21.

Sachant cela, on n'est pas trop étonné d'apprendre que le mot « yasar » utilisé en hébreu pour dire « éduquer » porte des connotations de correction, châtiment, discipline. Un des anciens proverbes affirme:  « La folie est liée au cœur des jeunes; le bâton de la discipline l'en éloignera » (Pr 22,15). Le Siracide, au IIe s. avant J.-C., tient à peu près le même langage : « Un fils laissé à lui-même devient impossible » (Si 30,8). Les « bonnes habitudes » s'acquièrent donc à force de corrections: « N'écarte pas des jeunes le châtiment; si tu les frappes du bâton, ils n'en mourront pas » (Pr 23,13). Seule limite à cette discipline très dure : « Ne t'emporte pas jusqu'à le faire mourir » (Pr 19,18). L'amour n'est pas exclu pour autant, mais il se prouve en corrigeant l'enfant : « Qui épargne le bâton n'aime pas son fils; mais qui l'aime se hâte de le châtier (Pr 13,24).

Pas question donc, pour le père, de s'amuser avec les enfants : « Cajole un enfant et il te causera des surprises; joue avec lui et il te contristera. Ne ris pas avec lui » (Si 30,9; cf. 7,24). En effet, le résultat à long terme doit être préféré à l'immédiat : « Celui qui aime son fils lui donne souvent le fouet, afin de pouvoir finalement trouver sa joie en lui » (Si 30,1). Pas plus que le père ne fera confiance à la liberté de son enfant, il ne cherche à développer en lui une personnalité originale. Le résultat idéal de l'éducation, c'est un fils semblable au père. Alors, « si le père succombe, c'est comme s'il n'était pas mort, car il laisse après lui quelqu'un qui lui ressemble » (Si 30,4).

Saint Paul ne prêche pas la même sévérité, mais plutôt la soumission : « Enfants, obéissez en tout à vos parents. Voilà ce que le Seigneur attend de vous » (Col 3, 20). Même conseil en Éphésiens 6,1. Mais l'Épître aux Hébreux fait écho aux vieux Proverbes : « C'est pour votre éducation que vous souffrez. C'est en fils que Dieu vous traite. Quel est, en effet, le fils que son père ne corrige pas ? (He 12,7).

Dans le peuple de l'Alliance

La manière d'éduquer tient compte également du rôle que s'attribue un groupe humain. En Israël toute la vie est commandée par le service du Seigneur, et l'enfant fait partie d'un tout dont il doit apprendre les priorités et la Loi.

On sait à quel point dans ce peuple l'enfant est précieux désiré, voire nécessaire. Il est surtout jugé tel parce qu’il est de la race choisie pour garder de génération en génération l'Alliance, la terre et la Loi reçues du Seigneur. Le précepte qui résume et justifie tout le reste est la cinquième des Dix Paroles : « Honore ton père et ta mère » (Ex 20,5). Ce n'est pas là une exigence arbitraire, mais la condition pour entrer dans l'histoire sainte. Faire partie du groupe ne peut aller sans assumer un héritage fait de lois, certes, mais aussi de promesses : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu ». Apprendre la discipline commune, c'est finalement apprendre à vivre, personnellement et en peuple. Ce qui permet de dire que « le bâton sauve du séjour des morts » ( Pr 23,14). Apprendre un métier est important pour ne pas devenir un voleur. Et l'étude de la Loi est une tâche prioritaire, à commencer dès l'enfance.

Qu'il s'agisse de l'Ancien ou du Nouveau Testament, ce qui est dit de l'éducation des enfants ne se comprend bien que dans un ensemble. Ce qui est prescrit aux jeunes, c'est, en fait, ce qui est demandé à tous. Et pour tous, seule la volonté du Seigneur a autorité : « Ne rejette pas, mon fils, l'éducation du Seigneur... car le Seigneur réprimande celui qu'il aime, tout comme un père, le fils qu'il chérit » (Pr 3,11-12). Pour tous, « la crainte du Seigneur est principe du savoir » (Pr 1,7). Tous doivent écouter, obéir, servir, « acquérir une éducation éclairée : justice, équité, droiture » (Pr l,3 ).

Paul demande aux enfants d'obéir à leurs parents et il rappelle à tous qu'ils ont à observer ce qu'il leur a lui-même transmis. Il s'empresse d'ajouter : « Mais le Maître c'est le Christ » (Col 3,24). Quand il invite à l'imiter, c'est parce qu'il cherche à imiter le Seigneur. Et ceci seul importe : « Imitez Dieu puisque vous êtes des enfants qu'il aime; vivez dans l'amour » (Ep 5,1).

Une expression de l'amour

Inutile de vouloir nier l'aspect déroutant qu'a pour nous le type d'éducation proposé par les Proverbes, le Siracide et même par Paul. Extrême sévérité à l'égard des fils, silence presque total sur les filles, beaucoup de devoirs et peu de droits : ce sont les traces d'une autre civilisation, ailleurs… sans pour autant oublier les merveilleuses expressions d'amour des enfants qu'on trouve aussi dans la Bible. Ainsi Osée fait-il dire au Seigneur : « Quand Israël était jeune, je l'ai aimé... Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d'amour; j'étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson contre leur joue et je lui tendais de quoi se nourrir » (Os 11,1-4).

On peut retenir surtout qu'il s'agit, en éducation comme dans toute la vie, de vouloir « ce qui est juste » (Ep 6,1). Or ce qui est juste, dit la Bible, vient du Seigneur: « Parents, ne révoltez pas vos enfants, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements inspirés par le Seigneur » ( Ep 6,4). Etre traité en fils, même « bien-aimé », ce n'est pas, selon la Bible, être mis à l'abri des difficultés, ni être dispensé des rudesses d'une existence normale. C'est seulement être promis à la vie. Qu'est-ce que la vie ? Diverses sont les réponses à cette question, et tout aussi diverses les idées sur l'éducation. Pour la Bible, la vie c'est le Seigneur.

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org