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Appel
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Samuel
18
Vocation
18
Marchadour Alain
L'appel de Samuel (1 S 3)
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Le récit de la vocation de Samuel est centré sur l'enfant Samuel et sa première expérience du Seigneur...
 

La Bible est avant tout une histoire d'hommes et plus encore une histoire d'adultes. Les enfants n'y interviennent que comme un prolongement des parents. Même quand ils sont au centre d'un récit, ils n'apparaissent qu'à la troisième personne; ils sont des « enfants », littéralement des « non parlant ». Un épisode comme le sacrifice d'Isaac est plutôt le sacrifice d'Abraham, ce géant de la foi. Dans tous ces récits d'adultes, le récit de la vocation de Samuel fait heureusement exception car il est centré sur l'enfant Samuel et sa première expérience du Seigneur.

Un texte imagé

Les récits populaires anciens remplissent plusieurs fonctions. Ils enseignent, ils distraient, ils soudent entre eux des hommes en les imprégnant des mêmes histoires fondatrices. Pour cela ils font jouer tous les registres dont ils disposent : l'art de raconter, le jeu avec les mots. Les répétitions de termes sont significatives, surtout dans une tradition orale où les sonorités des mots jouent un rôle. « Shemouel » signifie « El (Dieu) est son nom », mais évoque aussi le verbe « écouter », « shama » (cf. Ismaël : « Que Dieu écoute »). Trois fois revient le verbe écouter, aux v. 9 et 10, pour Samuel, et au v. 11, pour tout Israël.

Le nom de Samuel revient pas moins de vingt et une fois, alors que souvent l'écrivain aurait pu le remplacer par un pronom. C'est bien l'enfant, avec son prénom, qui occupe le centre du récit. Même les trois malentendus qui le conduisent auprès d'Éli endormi contribuent à alimenter le suspense chez le lecteur, qui se demande si l'enfant finira par identifier celui qui l'appelle par son nom. Le v. 9 marque la fin du suspense et l'effacement d'Éli au profit de l'enfant : « S'il t'appelle, tu diras : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ».

Un récit de commencement

Par plusieurs traits, ce récit souligne que quelque chose est en train de commencer. Le soir tombe et les yeux d'Éli tombent aussi de sommeil et de vieillesse. Quand l'histoire commence, le petit Samuel sert le Seigneur en présence d'Éli. Mais quand le récit s'achève, Éli s'efface du texte, après avoir conduit lui-même l'enfant à se mettre à l'écoute du Seigneur. « Samuel a grandi, et tout Israël sut que Samuel était accrédité comme prophète du Seigneur (v. 19-21). C'est une sorte de passage du témoin entre l'ancien qui achève son parcours, et l'enfant qui commence le sien. L'enfant le premier a su sortir de son sommeil pour se mettre à l'écoute et, grâce à Éli, reconnaître la voix de Dieu. Il devient voix de Dieu pour tout Israël, celui qu'il faut écouter.

Le récit s'ouvrait par « La Parole du Seigneur était rare en ces jours-là; la vision n'était pas chose courante » (v. 1). Quand le récit prend fin, parole et vision succèdent au silence de Dieu : « Le Seigneur continua d'apparaître à Silo. Le Seigneur en effet se révélait à Samuel, à Silo, par la Parole du Seigneur, et la parole de Samuel s'adressait à tout Israël » (3, 21-4,1). On retire l'impression que Samuel marque une coupure dans l'histoire. Dieu inaugure un temps nouveau dans sa révélation aux hommes; un matin inédit s'ouvre, lourd de mystères et d'espérance.

Un récit d'enfance

Les récits d'enfance remplissent une fonction précise dans la Bible, comme d'ailleurs dans la littérature en général. Un héros appelé à un destin d'exception se doit d'avoir reçu des signes avant-coureurs dès son enfance. L'enfance préfigure ce qui adviendra plus tard au héros. Un jour, Alexandre enfant a disparu; on le cherche et on le retrouve en train de fixer le soleil; une autre fois, il réussit à dompter un cheval emballé de son seul regard.

Le petit Moïse est arraché aux eaux de mort, dès sa petite enfance, lui qui libérera les Hébreux à travers les eaux de la Mer Rouge. Les saints aussi doivent avoir vécu dans leur enfance une annonce de leur sainteté ultérieure : tel saint refusait le sein maternel le mercredi et le vendredi, lui qui, plus tard, devint un modèle de mortification.

C'est ce qui arrive à Samuel, mis à part dès son enfance : sa mère était stérile; c'est Dieu qui le fait naître et c'est à lui qu'elle le consacre. Samuel, appelé par trois fois, et guidé par Éli, devient le serviteur à l'écoute de son Dieu. Il ouvre un temps nouveau, après celui des Juges; par lui commencera la royauté en Israël. Il est une figure charnière. La tradition juive l'a bien compris qui appelle toute l'histoire des débuts de la royauté – toute l'histoire de David ! –  « Livres de Samuel ».

© SBEV. Alain Marchadour

 
Jérusalem: l'entrée du St Sépulcre
1 S 3
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org