1112
Femmes
398
Jésus
72
Gruson Philippe
La vie quotidienne des femmes au temps de Jésus
Gros plan sur
 
Commencer
 
Comment vivaient concrètement les femmes au temps de Jésus ?
 

La vie quotidienne

Dès son plus jeune âge, la fillette apprend à tout faire comme sa mère : elle ramasse du bois pour la cuisine, elle nettoie la courette où se trouve le foyer, elle balaie la maison. Matin et soir elle accompagne sa mère au puits ou à la source. Les femmes s'y retrouvent volontiers et, pendant que chacune puise son eau, elles bavardent et se confient secrets ou potins du village. Chaque jour il faut faire le pain: pour moudre l'orge, on l'écrase entre les deux pierres de la meule, ce qui est fatigant. Puis on pétrit la pâte avec un peu de levain pour en faire des galettes qui vont cuire sur les pierres du foyer.

Sa mère lui a montré à filer la laine, à tisser des étoffes et à les coudre pour faire les vêtements ordinaires. Mais c'est à la ville qu'on achète les belles robes, les tuniques, les voiles. Et l'enfance se passe à cet apprentissage des tâches quotidiennes : le bois, l'eau, le pain, la cuisson des fèves ou des lentilles, le filage et le tissage, sans oublier de s'occuper des frères et sœurs plus petits. Il reste peu de temps pour jouer ou bavarder avec les autres filles. Si la famille est riche, au contraire, il y a des servantes pour assurer la plupart de ces tâches.

Les fêtes et le sabbat

Au fil des saisons, les fêtes sont l'occasion de réjouissances : les femmes ne sont pas les dernières pour la musique, les chants et les danses ! Comme dit un proverbe : « Au son du tambourin, elles dansent à 60 ans comme à 6 ans ! » Chaque sabbat est jour de fête. Dès le vendredi matin, il faut s'affairer pour préparer les repas du soir et du lendemain midi, car on ne doit pas allumer de feu le jour du sabbat. Le soir venu, la mère allume la belle lampe à huile, puis le père chante la bénédiction sur la coupe de vin, et le repas se déroule dans la gaité, agrémenté de gâteaux de figues et de friandises au miel.

Le samedi matin, le père et les garçons vont à la synagogue, mais la mère et les filles n'y sont pas tenues. Si elles y vont, elles resteront groupées avec les autres femmes, comme au Temple de Jérusalem où la cour la plus proche du sanctuaire est réservée aux hommes C'est aux hommes de chanter les psaumes et de lire les Écritures, car ils ont appris à le faire, à l'école de la synagogue. Rares sont les filles instruites, sauf dans les milieux fortunés.

La loi juive

La fille ne connait de la Loi juive que ce qui la concerne. De sa mère elle a appris les règles alimentaires – ce qu'on ne doit pas manger, les aliments à ne pas mélanger – et surtout les lois très strictes sur la pureté rituelle. Pendant la semaine qui suit ses règles, comme après l'accouchement, la femme ne peut aller à la synagogue ni au Temple. Cette pureté rituelle a une grande importance dans sa vie : toute la sexualité et la maternité sont ainsi encadrées par des rites de purification, car le don de la vie est sacré.

Le mariage

Dès que la fille a 12 ans, son père lui cherche un mari : de préférence un cousin ou un parent déjà connu. Cela évite les mauvaises surprises, en théorie du moins, et facilite l'entrée de la jeune femme dans sa belle-famille. En outre le patrimoine, s'il existe, ne sera pas dispersé. Quand la fille a donné son accord, les deux familles célèbrent les fiançailles : c'est un véritable engagement, avec un contrat de mariage par écrit. Le fiancé verse une dot à ses beaux-parents, en dédommagement du travail que sa fiancée ne fera plus chez eux. Il lui offre des cadeaux : des vêtements de fête, des bijoux, des parfums, et une somme d'argent qu'elle possèdera personnellement.

Mais la cohabitation ne commence qu'un an plus tard : la femme a alors 14 ou 15 ans, et le mari, 18 au 20. Les noces ont lieu un soir : les amis, garçons et filles, viennent chercher la mariée chez ses parents et la conduisent en un joyeux cortège chez ses beaux-parents. La fête et le repas vont durer toute la nuit, et même les jours suivants; tous les voisins du quartier ou du village y participent.

La maternité          

Bientôt vient le premier enfant. Si la jeune femme a la chance d'avoir un garçon, elle acquiert sa vraie place dans sa nouvelle famille. Mais si c'est une fille, le père sera plutôt déçu. D'ailleurs la mère d'une fille devra attendre 80 jours avant sa purification, au lieu de 40 jours pour un garçon. La grande fierté d'une femme, et donc son importance, résident dans le nombre de ses enfants et surtout des garçons. Il faut se rappeler que la mortalité infantile est forte, notamment à cause du manque d'hygiène lors de l'accouchement et durant les premiers mois de vie du bébé. En outre ces maternités nombreuses et rapprochées, jointes au dur travail quotidien, font vieillir précocement bien des femmes.

La stérilité, toujours attribuée à la femme, est une honte et une réelle souffrance. L'usage prévoit que si, au bout d'une dizaine d'années, la femme n'a toujours pas d'enfant, son mari devra la répudier et la remplacer. En théorie la polygamie est possible, mais elle est rare, car elle suppose un mari assez riche pour entretenir deux ou plusieurs épouses.

La répudiation

La femme répudiée, bien qu'elle conserve la dot de ses fiançailles et reçoive un certificat de répudiation qui la libère de son mari, pourra difficilement se remarier, en raison de sa stérilité. Il lui faudra retourner dans sa propre famille, car il est impensable qu'elle demeure seule.

Le mari peut encore répudier sa femme pour d'autres motifs. En cas d'adultère elle sera chassée, mais le père gardera ses enfants. Si ses propres parents ne l'accueillent pas, elle sera réduite à une vie misérable et parfois acculée à la prostitution. Les juristes discutent pour savoir dans quels cas un homme a le droit de répudier sa femme. Pour les uns, il faut un motif grave, comme l'infidélité ou la stérilité, mais pour d'autres le moindre prétexte suffit : par exemple si elle est paresseuse, acariâtre, laide, ou simplement si elle a laissé brûler le rôti ! Mais ce sont des exceptions, car la société juive défend la stabilité familiale, même si elle ne remet jamais en cause la supériorité masculine.

Le veuvage

Selon la fortune laissée par le mari défunt, le veuvage aura des conséquences très diverses. Dans une famille pauvre, la veuve se retrouve sans ressources, livrée au bon vouloir de ses enfants et de sa belle-famille, à moins qu'elle puisse encore se remarier.

La vie sociale

Juridiquement, la femme ne peut témoigner au tribunal : sa parole ne compte pas. Economiquement, même si elle gagne de l'argent, c'est son mari qui gère les biens de la famille, excepté quelques économies qu'elle garde précieusement. Bref, la femme est considérée comme une mineure. Elle dépend toujours d'un homme : après son père, c'est son mari ou son fils ainé qui lui servent de tuteurs.

À la campagne la femme est libre de ses mouvements : elle assure avec les enfants la garde des bêtes, elle partage les travaux des champs avec les hommes, elle va vendre le grain, les fruits et légumes qu'elle récolte. Tandis qu'en ville les usages sont plus stricts : la femme ne sort guère de sa maison que par nécessité ou pour visiter sa famille. D'ailleurs, dès qu'elle sort, une femme mariée doit se voiler le visage et les convenances interdisent aux hommes de la fixer et de lui adresser la parole en public. Les femmes vivent donc beaucoup entre elles, entre voisines et parentes. Les hommes leur adressent les reproches traditionnels, témoin cette explication – bien masculine – de la côte d'Adam, dans le Talmud : « Dieu se demanda de quelle partie du corps de l'homme il formerait la femme. Je ne choisirai pas la tête afin qu'elle n'élève pas trop fièrement sa propre tête, ni l'œil, pour qu'elle ne soit pas trop curieuse, ni l'oreille, pour qu'elle n'aille pas écouter aux portes, ni la bouche, pour qu'elle ne soit pas trop bavarde, ni le cœur, pour qu'elle ne soit pas trop jalouse, ni la main, pour qu'elle ne soit pas trop prodigue, ni le pied, pour qu'elle ne sorte pas sans cesse de chez elle. Je vais la tirer d'une partie du corps qui reste cachée, afin de la rendre modeste ».

© SBEV. Philippe Gruson

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org