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Luc
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Cousin Hugues
Temps et espace chez Luc
 
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On a beaucoup discuté sur la façon dont Luc organise le temps et l'espace dans son oeuvre...
 

On a beaucoup discuté sur la façon dont Luc organise le temps et l'espace dans son œuvre. Voici quelques points de repère.

Le temps avant et après Jésus

En composant une œuvre en deux tomes, l'Évangile et les Actes, Luc a fait œuvre originale. On voit d'emblée que c'est l'Ascension, « le jour où Jésus fut enlevé » (Actes 1,22), qui vient distinguer ces deux périodes. Plusieurs facteurs manifestent la différence entre le temps de Jésus et celui de l'Église. Ainsi il y a la nouveauté radicale du don de l'Esprit à tous les disciples, à tous les croyants, alors qu'auparavant Jésus seul était porteur de l'Esprit; du coup, de « témoins oculaires », Pierre et ses compagnons deviennent « serviteurs de la Parole » (Luc 1,2) dans le second volume. Alors que Jésus prêchait le Règne de Dieu aux seuls Israélites, les apôtres annoncent la mort et la résurrection de Jésus le Christ jusqu'aux nations païennes.

Luc marque également une autre coupure. Jean Baptiste étant pour lui l'ultime prophète de l'Ancien Testament, il n'est pas question qu'il rencontre Jésus (sinon avant sa naissance ! Luc 1,41-42) : notre auteur raconte l'emprisonnement de Jean avant de mentionner le baptême de Jésus ! Ainsi est manifestée fortement la nouveauté de l'ère qui commence avec la prédication et les guérisons de Jésus.

Luc sait bien que ces périodes distinctes ne sont pas sans lien : ce qui advient avec Jésus est l'accomplissement de ce qui avait été promis aux pères dans l'Ancien Testament. Surtout, il prend bien soin de ne pas laisser s'établir un fossé entre Jésus et l'Église : c'est toujours, désormais, l'aujourd'hui du salut. C'est ainsi que Luc établit un parallèle certain entre le début du ministère de Jésus (Luc 3,21 à 4,30) et celui de la prédication apostolique (Actes, chapitres 1 et 2).

L’espace dans l’évangile de Luc

L'espace où se déroule l'action de chaque tome est, lui aussi, chargé de sens du point de vue de l'histoire du salut. L'Évangile de Luc est tout entier orienté vers Jérusalem, la ville où doit mourir le prophète Jésus (13,33-34) et où, jusqu'à Jésus, Dieu s'est donné à connaitre. L'Évangile s'ouvre dans le Temple avec l'annonciation à Zacharie et il s'y clôt : « Ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu » (Luc 24,53). La montée dé Jésus dans cette ville sainte et criminelle (13,34) est solennellement introduite (9,53), considérablement développée (quelque dix chapitres!). On comprend dès lors pourquoi Luc ne veut pas rapporter d'apparitions du Ressuscité en Galilée; c'est à Jérusalem exclusivement que se déroulent la Passion, l'Ascension du Christ et la descente de l'Esprit et aucun disciple ne doit quitter cette ville auparavant (Luc 24,49).

L’espace dans les Actes des Apôtres

C'est le Christ ressuscité qui donne le cadre géographique et le thème fondamental du deuxième volume : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » (1,8). Le livre raconte donc comment la Parole de Dieu va progressivement passer de Jérusalem, la capitale où, autrefois, s'opérait la rencontre avec Dieu, jusqu'aux extrémités du monde, symbolisées par Rome, capitale de l'Empire des païens. À ce déplacement dans l'espace correspond un changement progressif des serviteurs de la Parole. À Pierre et aux apôtres qui prêchaient à Jérusalem (Actes, chapitres 1 à 5), succèdent les Sept, tant à Jérusalem qu'en Samarie (chapitres 6 à 8). C'est évidemment Pierre qui, contraint par Dieu, décide de faire entrer dans l'Église un incirconcis, le centurion Corneille (Actes 10). Mais déjà le personnage de Paul nous a été présenté (Actes 9); en un mot Pierre passe à Paul le relais de la Parole, puis il disparait, sa tâche ainsi accomplie (12,17). Paul, reconnu par ceux qui avaient connu Jésus, est dès lors, avec ses compagnons, le porteur de l'Évangile. Lorsque Luc nous dit que Paul « proclame librement le Règne de Dieu à Rome » (28,31), il n'a plus qu'à mettre le point final à son œuvre. Son propos n'est nullement de nous raconter les martyres ultérieurs de Pierre et de Paul, mais de nous dire comment la course de la Parole a atteint « les extrémités du monde ».

© SBEV. Hugues Cousin

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org