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Jésus
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Luc
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Beaude Pierre-Marie
Le Jésus de Luc
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Chaque évangéliste a sa propre façon de parler de Jésus...
 

Chaque évangéliste a sa propre façon de parler de Jésus. Le portrait qu’en fait Luc est trop riche pour être détaillé ici. Intéressons-nous seulement à ce point capital : comment Luc met-il en rapport Jésus et l'Ancien Testament ?

Aujourd'hui l’Écriture est accompli

Nous sommes dans la patrie de Jésus, Nazara (Luc chapitre 4). Chaque jour de sabbat, le village se réunit dans la synagogue. Jésus entre donc avec les gens. La cérémonie se déroule ainsi : on dit des prières, puis quelqu'un fait la lecture d'un passage de la Loi. Après cela, on lit un passage d'un livre d'un prophète. Ensuite c'est l'homélie expliquant les textes qui viennent d'être lus. Si quelqu'un passe dans le village, on lui demande de parler : cela permet de ne pas entendre toujours les mêmes ! Saint Paul fera ainsi l'homélie à Antioche de Pisidie : « Après la lecture de la Loi et des Prophètes, les chefs de la synagogue firent dire à Paul et à ses compagnons : "Frères, si vous avez quelques mots d'exhortation à adresser au peuple, prenez la parole" ». Paul saisit l'occasion pour parler de Jésus (Actes chapitre 13).

On tend donc à Jésus le rouleau d'Isaïe pour qu'il en fasse la lecture. Il se lève et tombe par hasard sur le passage : « L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a donné l'onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d'accueil par le Seigneur » (Isaïe 61).

Le hasard a bien fait les choses. Il ne reste plus à Jésus qu'à commenter ce beau texte : « Aujourd'hui, dit-il, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez ». En clair, cela signifie que Jésus se présente comme l'oint du Seigneur. Il a reçu 1’Esprit pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Avec lui, l'ère merveilleuse, annoncée par Isaïe, commence.

Il est curieux de constater que Luc ne parle pas de la première lecture, celle de la Loi qui venait avant le passage du prophète. Dans la liturgie de la synagogue, c'était pourtant elle qui était la plus importante; le texte extrait des prophètes, lui, n'avait pour but que de mieux l'éclairer. En effaçant la Loi, Luc montre que le texte du prophète ne sert plus la Loi mais Jésus. L'Écriture est toute prophétique : elle annonce Jésus le messie.

Jésus nouvel Élie

La figure d'Élie, ce prophète si fascinant qui vécut en Israël au 9° siècle, était dans tous les esprits au temps de Jésus. On attendait son retour pour inaugurer ou préparer, selon les cas, le jour du Seigneur (Voir Malachie 3,23). Dans l'évangile de l'enfance de Luc, Jean Baptiste est présenté comme celui qui précèdera le Seigneur avec l'esprit et la puissance d'Élie (Voir Luc 1,17 et 76). Mais à partir de la vie publique, c'est Jésus qui est le nouvel Élie. On en trouve un certain nombre d'indices.

Dans la synagogue de Nazara dont nous venons de parler, Jésus fait allusion à Élie : « Il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d'Élie, quand le ciel fut fermé trois ans et six mois et que survint une grande famine sur tout le pays; pourtant ce ne fut à aucune d'entre elles qu'Élie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta » (Luc 4,25-26). Élie fut donc envoyé à une étrangère et il put la secourir dans sa pauvreté. De même Jésus, messie de Dieu, est envoyé aux nations étrangères. Luc, on le sait, adresse son évangile à des non-juifs. La figure d'Élie rapprochée de celle de Jésus lui permet d'annoncer l'universalité du salut.

Dieu a visité son peuple

Intéressante est sous ce biais la résurrection du fils de la veuve de Naïn. La situation évoque celle d'Élie ressuscitant le fils de la veuve de Sarepta (Luc 7 et 1 Rois 17). Par quelques touches suggestives, Luc fait affleurer ce miracle d'Élie à son récit du miracle de Jésus. C'est, par exemple, la même expression « le rendit à sa mère » dans le cas d'Élie et dans le cas de Jésus (1 Rois 17,23; Luc 7,15). Luc termine ainsi : « Tous furent saisis de crainte et ils rendaient gloire à Dieu en disant : "Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple." Et ce propos sur Jésus se répandit dans toute la Judée et dans toute la région ». La Traduction Œcuménique de la Bible dit : « Dans la langue de Luc, la Judée désigne souvent tout le pays des Juifs et comprend la Galilée à laquelle appartient Naïn; la région peut désigner les pays païens qui l'entourent. » Jésus, nouvel Élie, est le grand prophète de la fin des temps. Par lui, Dieu visite son peuple pour un temps de grâce. Et ce peuple comprend non seulement les Juifs mais aussi toutes les nations.

© SBEV. Pierre-Marie Beaude

 
 
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