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Sabbat
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Barrios Dominique
Le sabbat
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Dans la tradition biblique, le sabbat est une grande fête...
 

Dans la tradition biblique, le sabbat est une grande fête.

« Tu te souviendras du jour du Sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras... mais le 7e jour... tu ne feras aucun ouvrage. Car en six jours Yahvé a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, mais il s'est reposé le 7e jour, c'est pourquoi Yahvé a béni le jour du sabbat et l'a consacré » (Exode 20).

« Observe le jour du sabbat pour le sanctifier, comme te l'a commandé Yahvé ton Dieu... Ainsi, comme toi-même, ton serviteur et ta servante pourront se reposer. Tu te souviendras que tu as été en servitude au pays d'Égypte et que Yahvé ton Dieu t'en a fait sortir d'une main forte et « d'un bras étendu » (Dt 5).

Ces deux textes de l'Écriture fournissent deux justifications à l'obligation du sabbat : Dieu s'est reposé le 7e jour de son œuvre de création. L'homme, « image et ressemblance de Dieu », doit célébrer cette libération en se libérant lui-même et en libérant les siens, y compris ses propres esclaves, hommes ou bêtes, une fois chaque semaine. Au lieu d'affaiblir la règle du sabbat, ces deux justifications ont ouvert en se combinant un champ immense à la réflexion des sages d'Israël.

Une loi très audacieuse

Il est sans doute difficile de mesurer aujourd'hui, pris que nous sommes dans la « civilisation des loisirs », l'inimaginable et scandaleuse originalité de cette institution : d'autres peuples pratiquaient la circoncision, d'autres peuples honoraient leurs dieux par des sacrifices; aucun ne connaissait cette rupture hebdomadaire, ce jour qu'Isaïe appelle « Délices » et qui institue un espace pour la fête dans le cours même de la vie quotidienne.

Bien sûr, comme toute institution, celle-ci s'est progressivement pervertie et il est intéressant de voir que sa perversion suit les deux lignes de force qui en sont le fondement : la création et la libération. Car ne pas respecter le sabbat et continuer à vaquer à ses affaires, n'est-ce pas en quelque sorte refuser le rythme imposé par le Créateur à sa création et tenter de se substituer à lui, de faire soi-même ce qu'Il ne fait pas, de travailler en quelque sorte pendant que Dieu se repose ? Et faire du sabbat un carcan d'interdictions qui empêche la vie, n'est-ce pas oublier qu'il est célébration de la liberté ?

Le judaïsme a connu ces deux perversions. La première est dénoncée par les prophètes (voir par exemple Isaïe 56,2; 58,13). Mais c'est la seconde qui semble avoir été la plus dangereuse : la liberté devenue contrainte, la fête devenue triste obligation.

Jésus et les rabbins

Jésus réagira vigoureusement contre cela en se disant « maître du sabbat » (Mt 12,8). Le sabbat est loi de vie, non pas loi de mort. Aussi Jésus nous remet-il dans le droit fil de cette loi quand il déclare : « Le sabbat est fait pour l'homme et non pas l'homme pour le sabbat » (Mc 2,27).

La polémique chrétienne ultérieure a souvent utilisé ces protestations de Jésus pour opposer la liberté chrétienne au « pharisaïsme ». En réalité, Jésus ne fait en cela que se conformer à la Loi de Moïse. Il le dit d'ailleurs lui-même, en rappelant l'histoire passée d'Israël, la loi d'Israël ou encore la pratique courante et habituelle des Juifs (voir par exemple Mt 12,3; Lc 13,15; Jn 7,23). D'ailleurs des propos tout à fait similaires sont attribués à plusieurs rabbins très anciens. Ainsi Rabbi Siméon ben Manassé, lisant Exode 31,13-14, déclare : « Vois, le texte porte "gardez le Sabbat car il est saint pour vous". Cela veut dire : le Sabbat vous est donné à vous, et non pas : soyez donnés au Sabbat ».

Le nombre même de ces protestations de Jésus ou des rabbins témoigne clairement de ce que le danger de sclérose n'était pas illusoire, mais le fait que cette liberté ait parfois été confisquée et qu'à la place se soient imposées la routine et une masse d'interdits accumulés de façon obsessionnelle, n'a pas fait oublier le sens réel du Sabbat. Il a su garder, au fil des siècles, sa fonction de fête, signe de la présence du Dieu créateur et libérateur au cœur de l'existence juive. Il a su imposer le rappel, répété semaine après semaine, de la souveraineté absolue de Dieu sur l'univers et de l'absolue dignité de l'homme libre. Bien des auteurs juifs ont parlé du sabbat avec tendresse, amour et nostalgie parfois.

© SBEV. Dominique Barrios

 
 
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