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Jésus
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Matthieu
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Beaude Pierre-Marie
Le Jésus de Matthieu
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Jésus est un nom propre. Christ, Seigneur, Maître, Fils de l'homme sont des titres, des titres qui existaient bien avant Jésus, dans les Écritures juives...
 

Jésus est un nom propre. Christ, Seigneur, Maître, Fils de l'homme sont des titres, des titres qui existaient bien avant Jésus, dans les Écritures juives. C'est en rapprochant tous ces titres du nom de Jésus que les premiers chrétiens disent leur foi. Pour eux, la question est de savoir comment ces titres conviennent à Jésus. Matthieu, comme les autres évangélistes, est confronté à ce problème. Prenons ici l'exemple du mot Messie, dans les deux premiers chapitreS de l'évangile.

Christ ou Messie

Christ et Messie ont le même sens. Le mot Christ est la traduction grecque du mot hébreu Mashiah, messie. Cela signifie Oint. On se souvient en effet qu'en Israël, les rois étaient oints. Parce qu'il s'adresse à des chrétiens venus du judaïsme Matthieu attache une grande importance au mot Christ. Si Jésus est le Christ, les chrétiens venus du judaïsme ont trouvé en Jésus l'accomplissement de toute l'attente d'Israël. Les premiers mots de l'évangile sont : « Livre des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham ». Dès le départ, Jésus est donc relié au roi éminent que fut David ainsi qu'au « Père » Abraham. La généalogie qui suit énumère toutes les générations qui vont d'Abraham à David et de David à Joseph, l'époux de Marie « de laquelle est né Jésus que l'on appelle Christ ». Voilà Jésus posé dans la continuité de l'histoire de son peuple.

David, le roi idéal

David, on le sait, est devenu dans l'histoire d'Israël la figure même du roi idéal. Et quand, sous le coup des désillusions du présent, on se mit à espérer la venue d'un grand roi qui rétablirait la fierté et la souveraineté de son peuple, on espéra un nouveau David. Pour Matthieu comme pour tous les premiers chrétiens, c'est Jésus qui accomplit cette espérance.

On ne s'étonnera donc pas d'entendre les mages poser la question suivante : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2,2). Jésus est ainsi présenté comme une figure royale, un messie dans la ligne de David. Et si Matthieu note que cela « jette dans le trouble Hérode et tout Jérusalem avec lui », il n'en reste pas moins que, pour l'évangéliste, Jésus est pleinement Messie-roi.

L'appui des Écritures

En bon rabbi qu'il est, Matthieu s'appuie sur l'Écriture pour conduire sa pensée. Pour lui, l'Écriture est en effet la manifestation de la volonté de Dieu qui dirige l'histoire. Comme Jésus est né dans la ville même de David, Bethléem, les textes qui parlent de cette ville prennent aux yeux de l'évangéliste une importance particulière. Ainsi, quand Hérode demande aux scribes où doit naître le Messie, ceux-ci répondent : « À Bethléem, en Judée, car c'est ce qui est écrit par le prophète : ‘Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le plus petit des clans de Juda : car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple’ » (2,5-6).

Cette citation est un mélange du prophète Michée et du deuxième livre de Samuel. Dans les synagogues, de tels rapprochements de textes se faisaient tout naturellement. C'était une façon de « faire vivre »» l'Écriture. De plus, Matthieu n'hésite pas à apporter quelques changements. Michée disait : « Tu es trop petite pour compter parmi les clans de Juda ». L'évangéliste dit : « Tu n'es certes pas le plus petit des clans de Juda ». Tout cela est normal dans le judaïsme du temps. On connaît l'Écriture par cœur. Quand on la commente, on l'actualise grâce à de petits ajustements de ce genre.

Messie et Serviteur

Pour Matthieu, Jésus est donc le Messie. Mais le travail de l'évangéliste n'est pas fini pour autant, car Jésus n'est pas un messie comme les autres, comme tous ceux par exemple qui se levèrent avant lui, chefs de guerre, prophètes étranges, qui entraînèrent parfois de grandes foules. Et puis, ne l'oublions pas, quelques années avant que Matthieu n'écrive, sévissait la guerre des Juifs contre les Romains, une guerre qui avait incarné les espérances de libération du peuple juif dans un grand mouvement de révolte armée, durement réprimé par Rome.

Jésus, lui, n'est pas un Christ guerrier. Aussi Matthieu, pour le montrer, cherche-t-il dans l'Écriture une autre figure, une figure que déjà Jésus avait certainement utilisée, celle du « Serviteur de Dieu ». Dans le prophète Isaïe, ce Serviteur vit de douceur et de simplicité. Pour Matthieu, Jésus est à l'image de ce Serviteur « qui ne cherche pas de querelles, ne pousse pas de cris, ne brise pas le roseau froissé et n'éteint pas la mèche qui fume encore » (12,18-21). Et quand, aux Rameaux, il entre en roi dans Jérusalem, c'est monté sur un âne. Ainsi s'accomplit l'Écriture : « Voici ton roi qui vient à toi, humble et monté sur une ânesse et un ânon, le petit d'une bête de somme » (Za 9,9 et Mt 21,5). On le voit, Matthieu a besoin de faire jouer les titres de Messie-Christ et de Serviteur l'un par rapport à l'autre. Aucun titre, à lui seul, n'exprime pleinement le mystère de Jésus.

© SBEV. Pierre-Marie Beaude

 
 
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