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Jean Baptiste
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Gruson Philippe
Jean Baptiste : au tournant des deux Testaments
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Jean Baptiste se trouve au point de jonction de l'Ancien et du nouveau Testament...
 

Luc a construit ses deux premiers chapitres sur un parallèle entre les deux enfants, Jésus et Jean. Les deux annonciations à Zacharie et à Marie sont suivies de la rencontre des deux futures mères : la visitation de Marie à Élisabeth. Puis viennent les deux récits des naissances et des circoncisions. L'ensemble s'achève par les deux venues de Jésus au Temple, là où tout avait commencé. Luc veut ainsi montrer la parenté et la continuité entre les deux enfants, pour faire mieux ressortir la supériorité de Jésus sur Jean. Dans ce prologue, Jean récapitule l'Ancien Testament et devient le symbole d'Israël auprès de Jésus.

Jean, fils de prêtre

Le vieux couple Zacharie-Élisabeth, aux noms si éloquents (« Le Seigneur se souvient » et « Dieu a promis »), incarne le sacerdoce juif dans sa pureté : « Tous deux étaient justes devant Dieu et ils suivaient tous les commandements et observances du Seigneur d'une manière irréprochable » (Luc 1,6). Et pourtant ces deux justes sont privés de la bénédiction : « Élisabeth était stérile et ils étaient tous deux avancés en âge » (1,7). Israël a besoin de prêtres pour assurer le culte qui le maintient dans l'alliance avec son Dieu; qu'adviendra-t-il si Zacharie n'a pas de fils ? La prêtrise toucherait-elle à sa fin ? Mais la naissance de l'enfant prouve que « le Seigneur fait grâce », selon le sens du nom Jean (Yohanan). Il donne au prêtre Zacharie un fils inespéré, comme il l'avait fait pour Abraham, Isaac et Jacob, dont les épouses étaient également stériles. Le don de Dieu n'en est que plus évident. C'est lui qui donne à Israël ses prêtres.

L'annonce de cette naissance a lieu au cœur d'Israël, au Temple où Zacharie vient offrir l'encens. En sortant, il ne peut donner la bénédiction rituelle à l'assemblée, car il est devenu muet, tellement la promesse lui a paru incroyable. Il ne retrouvera la parole qu'à la naissance de Jean, et ce sera pour bénir Dieu, selon la fonction des prêtres (1,67-68). Fils de prêtre, Jean, devenu grand, ne succédera pas à son père; comme si le sacerdoce du Temple était devenu inutile. Il sera prophète, comme d'autres prêtres des siècles passés, Jérémie ou Ézéchiel. Un autre médiateur paraîtra entre Dieu et tous les hommes, qui célébrera la nouvelle Alliance dans son propre sang (22,20) et bénira le peuple nouveau (24,50-53).

Jean, prophète

La famille sacerdotale de Jean est curieusement prophétique. D'après l'annonce faite à son père, Jean « sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère », comme Samson (Jg 13,5), Jérémie (1,5) ou le Serviteur de Dieu (Is 49,1.5). Effectivement l'Esprit va l'animer, le faire « bondir » dans le ventre d'Élisabeth, lorsqu'elle accueille Marie enceinte de Jésus. En une sorte de Pentecôte anticipée, elle va chanter les merveilles de Dieu en sa jeune cousine (1,41-45). Comme sa femme, Zacharie est lui aussi inspiré par l'Esprit, à la naissance de Jean : sa langue se délie et « il prophétise » (1,67).

Le destin du bébé qu'il annonce est justement celui d'un prophète : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut » (1,76). Il rappelle les paroles de l'ange : « Il marchera par devant sous le regard de Dieu, avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener le cœur des pères vers leurs enfants et conduire les rebelles à penser comme les justes, afin de former pour le Seigneur un peuple préparé » (1,17).

Déjà Malachie annonçait la venue d'un prophète semblable à Élie, pour convertir Israël (Mal 3,24). Pas plus qu'Élie, Jean n'offre de sacrifices d'expiation pour les péchés, mais, avec la même vigueur que lui, Jean interpelle les pécheurs; il proclame « un baptême de conversion en vue du pardon des péchés » (3,3). Et cela pour tous, même pour les exclus du Temple, les publicains et les soldats; tous sont exhortés à « retourner » leur cœur pour vivre selon la justice, le respect d'autrui et le souci des pauvres. Depuis les appels d'Amos ou d'Isaïe, le message des prophètes d'Israël n'a pas changé. Avec Jean, cependant, un nouveau rite marque la conversion: le bain dans l'eau du Jourdain.

Jean, témoin du Messie

C'est toute la vie de Jean, et pas seulement son enfance, qui prépare et annonce celle de Jésus. « I1 annonçait au peuple la bonne nouvelle » (Lc 3,18). Il appelle les croyants à recevoir le baptême pour le pardon des péchés, comme le feront les Douze, dès la Pentecôte. Ses disciples deviennent les premiers disciples de Jésus : il leur a désigné l' « agneau de Dieu », qu'ils doivent suivre désormais. À ceux qui se demandent s'il ne serait pas le Messie, il parle d'un autre, « plus fort que lui », qui « baptisera dans l'Esprit Saint et le feu » (Lc 3,16), comme seul le Messie peut le faire. Sa mort enfin achève son témoignage. Emprisonné puis exécuté par Hérode Antipas, pour avoir dénoncé son injustice, il accomplit parfaitement le destin des prophètes. D'après les évangiles, c'est en apprenant la mort de Jean que Jésus comprend jusqu'où sa fidélité va l'entraîner, lui aussi.

Jean se trouve ainsi à la charnière des deux Testaments. Il est le dernier des prophètes et prépare Israël à la venue du jugement, et, d'autre part, il désigne le Messie qui vient réaliser ce jugement. Le lieu où il baptise est symbolique de sa fonction de « passeur » : c'est la rivière du Jourdain. Ici, douze siècles plus tôt, les fils d'Israël étaient entrés dans la Terre promise, sous la conduite de Josué (Jésus, en grec). Aujourd'hui, sur cette même frontière, Jean ouvre le temps du pardon avant le jugement; il fait entrer dans les temps messianiques. La voix des prophètes s'était tue depuis trois ou quatre siècles; la voici qui résonne de nouveau pour témoigner en faveur de Jésus de Nazareth. « Une voix crie dans le désert »; elle alerte, réveille et rassemble des croyants.

Les peintres chrétiens ont été souvent fascinés par Jean Baptiste, ce personnage extraordinaire. Ils ont volontiers illustré sa mission et son témoignage par ses deux gestes : la main tendue, l'index désignant Jésus encore méconnu, et la main versant l'eau du Jourdain sur l'agneau de Dieu parmi lés pécheurs : ce geste par lequel tous les hommes peuvent entrer dans le monde nouveau.

© SBEV. Philippe Gruson

 
 
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