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Jean Baptiste
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Prédication
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Tricard François
La prédication de Jean Baptiste
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Quel était le contenu de la prédication de Jean Baptiste ?
 

Voici comment Luc présente l'entrée en scène de Jean-Baptiste : « L'an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d'Abilène, sous le sacerdoce de Hanne et de Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés comme il est écrit au livre des oracles du prophète Isaï e... »

Luc, on le voit, situe l'intervention de Jean-Baptiste par rapport au monde juif et au monde romain. L'histoire du salut est ainsi insérée dans l'histoire de l'humanité.

Tibère est empereur depuis la mort d'Auguste, en l'an 14. Ponce Pilate est préfet de Judée (26-36). Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand, règne sur la Galilée depuis l'an 4 avant Jésus-Christ. Caïphe est le Grand Prêtre en titre depuis l'an 18, mais Hanne, son beau-père, qui l'a précédé à cette charge, reste influent.

Pour Luc, le silence dans lequel Dieu avait laissé depuis longtemps son peuple est rompu par une voix dans le désert, celle qui est adressée à Jean. L'expression : « la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie », est solennelle. Elle est inspirée des prophètes Osée, Michée, Jérémie. Elle veut signifier. l'importance de l'événement:b Dieu à nouveau va parler à son peuple, par le Baptiste.

Une voie nouvelle pour tous

Selon Luc, Jean ne prêche pas dans le désert, comme dans Matthieu, mais « autour du Jourdain » (Voir Matthieu 3,1). Il « proclame ». Le terme utilisé ici est le même que pour la première communauté dans les Actes. Il désigne la même prédication des hérauts de l'Évangile : les apôtres, Paul, les premiers missionnaires (Actes 9,2; 12,3). Ce que Jean proclame, notons-le, ce n'est pas la venue du Royaume. Chez Luc, cette proclamation est réservée au Christ, alors que, chez Matthieu, le Baptiste dit : « Repentez-vous, car le Royaume des cieux est proche » (Matthieu 3,2). Jean Baptiste, chez Luc, annonce un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Il s'agit de changer de chemin, de redresser l'orientation prise. L'évangéliste cite le chapitre 40 d'Isaïe : « Tout ravin sera comblé et toute colline abaissée » (on pense au Magnificat). Les passages tortueux deviendront droits, les chemins raboteux seront nivelés. Et surtout, c'est la pointe de la citation, « Tout homme verra le salut de Dieu ». La perspective s'agrandit ainsi aux dimensions du monde; elle est universaliste et non réduite au seul peuple d'Israël.

Jésus s'adresse aux foules et non pas seulement aux Pharisiens et aux Sadducéens comme l'indique Matthieu. C'est à tous qu'il dit « Engeance de vipères ». Peut-être y a-t-il une allusion au serpent de la Genèse dont les chemins étaient tortueux ? Ceux qui se laissent illusionner par le mal ou qui trompent les autres n'y échapperont pas. Inutile d'essayer de se soustraire à la Colère, au Jour du Seigneur qui vient (Sophonie 1,15-2,3; Isaïe 30,27-33); c'est le moment de vérité. Jean-Baptiste emploie des symboles connus de tous: la cognée à la racine des arbres (Isaïe 6,13), le feu (Isaïe 5,24-25), la pelle à vanner (Jérémie 15,7).

Il ne suffira pas d'avoir été baptisé ou de se recommander de son ascendance: ni le geste rituel, ni les liens du sang avec Abraham ne suffiront. C'est la fin de toute situation privilégiée, puisque, même des pierres, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Certains commentateurs voient un jeu de mots entre pierre qui se dit èbèn en hébreu et fils qui se dit bèn.

Que nous faut-il faire ?

Le dernier des prophètes vient préparer un peuple bien disposé à accueillir le Messie. Le peuple est dans l'attente. Jean l'invite à choisir une voie droite, mais il ne demande pas à ses auditeurs de tout quitter pour le suivre. Il n'est pas le Messie. Que nul ne se trompe. Un plus fort vient qui baptisera lui aussi mais dans l'Esprit Saint et le feu. Ce baptême sera inauguré à la Pentecôte. Deux fois dans les Actes est citée la parole du Seigneur:  « Jean a donné le baptême d'eau, mais vous allez recevoir le baptême dans l’Esprit Saint” (Actes 1,5 et 11,16). Le baptême de Jean avait un rôle préparatoire. Nous dirions aujourd'hui « catéchuménal ».

« Je pense, écrit Origène, que le mystère de Jean s'accomplit encore maintenant dans le monde. Quiconque doit croire dans le Christ Jésus, il faut qu'auparavant l'esprit et la vertu de Jean viennent dans son âme et préparent au Seigneur un peuple parfait, aplanissent les voies dans les aspérités du cœur et redressent les sentiers. Jusqu'à aujourd'hui, l'esprit et la vertu de Jean précèdent l'avent du Seigneur Sauveur » (Homélies sur Luc IV).

Des règles pratiques

Ceux qui veulent se convertir demandent des règles pratiques : « Que nous faut-il faire ? » On retrouvera la même interrogation sur les lèvres des convertis de la première génération chrétienne (Actes 2,37; 16,30; 22,10).

Aux foules, Jean recommande le partage du vêtement et de la nourriture. Le surplus appartient aux démunis. Si tu as deux tuniques, donne à celui qui n'a rien. Si tu as de quoi manger, fais de même.

Aux collecteurs d'impôts, méprisés parce qu'ils collaborent avec l'occupant romain – comme ces publicains Lévi, Matthieu ou Zachée que Jésus appellera bientôt –, il demande de ne pas exiger plus que ce qu'ils doivent percevoir. (Zachée reconnaîtra qu'il a détourné les fonds publics à son profit en demandant sans doute aux contribuables plus qu'ils ne devaient). Quant aux soldats – peut-être des Juifs enrôlés par les Romains, et donc détestés – qu'ils ne fassent pas d'exactions ou de violence.

Dans les trois cas, la manière de se préparer à la venue du Messie consistera à ne pas profiter d'une situation avantageuse, à travailler à une juste répartition des biens et à respecter les droits de l'homme, dirions-nous de nos jours.

Jean ne se contente pas d'appeler les petits à la conversion, il interpelle aussi les grands de ce monde, et particulièrement Hérode Antipas, qui, en plus de nombreux crimes, avait détourné et épousé la femme de son frère.

La venue du Messie est imminente. C'est un moissonneur. Il recueillera son blé. La paille sera brûlée. Le feu qui ne s'éteint pas est un avertissement apocalyptique (Isaïe 66, 24). La prédication de Jean Baptiste est « une bonne nouvelle ». Il y a cohérence entre la prédication de Jean Baptiste qui va payer de sa vie sa fidélité à la vérité, et Jésus qui va inaugurer sa mission. Jean Baptiste annonce le plus puissant, le plus digne, qui vient avec le feu de l'Esprit mettre en lumière la vérité des personnes, leur « densité » réelle, mais les publicains et les pécheurs seront accueillis.

© SBEV. François Tricard

 

 
 
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