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Evangile de Jean
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Jean Baptiste
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Le Saux Madeleine
Jean Baptiste, le témoin unique dans l'évangile de Jean
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L'évangéliste Jean accorde une grande place à Jean Baptiste...
 

Ouvrons l'évangile de Jean. On est frappé dès le début par l'importance accordée au Baptiste. Son nom arrive dès le verset 6 du premier chapitre de son évangile. Avant 1ui, dans les premiers versets de ce premier chapitre, personne n'a été nommé sinon Dieu et le Verbe. Puis, à partir du verset 19, l'attention est centrée sur le Baptiste. On s'interroge à son sujet. « Qui es-tu ? » lui demande-t-on. Alors, il dit ce qu'il n'est pas, et aussi qui il est, une voix qui crie.

Celui qui n'est pas

Or Jean fait une déclaration sans restriction. Il déclare : « Je ne suis pas... » Ce qu'il n'est pas ? Un mot résume les attentes qu'il va décevoir : il n'est pas le Christ, Celui que tous espèrent. Serait-il donc cet Élie mystérieusement enlevé au ciel à la fin de sa vie et qui, selon les Écritures (Malachie 3,23) et selon une croyance très répandue, doit revenir juste avant « les dernier temps » ? Les apparences le laissent penser : il prêche le repentir comme « pour apaiser la colère avant qu'elle se déchaîne ». Mais Jean répond une deuxième fois : « Je ne le suis pas ». Qui est-il donc enfin ? Ne serait-il pas le « Prophète que le Seigneur Dieu avait promis de « susciter parmi ses frères » à la place de Moïse (Dt 18,15) ? Jean dit encore non. Il n'est pas celui qui comblerait l'espoir de son peuple. Il se définit donc d'abord comme celui qui n'est pas.

Une voix qui crie

Le réponses négatives ne sauraient satisfaire les autorités qu'il inquiète : « Que dis-tu de toi-même ? » Jean a quand même bien une opinion sur lui-même puisqu’il se donne bien une mission, puisqu'il baptise et rassemble autour de lui des disciples ! Alors, il dit : « Je suis la Voix... Je baptise dans l'eau ». Son existence et son action crient : « Préparez les chemins du Seigneur ». Il est le héraut de la nouvelle tant attendue : « Voici le Seigneur Dieu qui vient avec grande puissance » (Isaïe 40,10). Il va devant celui qu'il annonce et qui se tient pour l'instant dans l'ombre : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas... Je ne suis même pas digne de délier la lanière de sa sandale ».

Et quand enfin Jésus paraît, le langage de Jean est sans ambiguïté : « Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Affirmation lourde de sens ! Qui Jean peut-il désigner ainsi ? À qui peut-il reconnaître un pouvoir aussi fort ? Alors Jean précise son témoignage : « J'ai vu l'Esprit descendre et demeurer sur lui ». « J'ai vu et j'atteste qu'il est, lui, le fils de Dieu ». Et la voix du Baptiste est assez persuasive pour que deux disciples, puis quatre, quittent son entourage pour accompagner Jésus. À leur tour, ils vont désigner Jésus par des mots lourds de sens. Jésus est « celui de qui il est écrit dans la Loi et les Prophètes » (Jean 1,45). Il est encore le « Maître », le « Roi d'Israël » (1,49). On a l'impression que le récit de l'évangéliste, à cet endroit, multiplie les paroles dans une même direction : Jésus réalise la Promesse. Il est le Messie enfin trouvé (1,41). Il est « le Fils de l'Homme » grâce à qui le ciel et la terre communiquent de nouveau (1,51).

Voici l'agneau de Dieu

De tous les titres donnés ici a Jésus, celui-ci est le plus étrange, et c'est pourtant celui que nous répétons le plus souvent depuis vingt siècles. La référence n'est pas tellement claire, même pour les spécialistes. Mais elle est riche d'évocations bibliques

Le Serviteur souffrant d'Isaïe, « transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes », est comparé à « l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir », qui « offre sa vie en sacrifice expiatoire » et « justifie les multitudes » (Isaïe 53,5-11). Comment ne pas se souvenir aussi que le sang de l'agneau immolé pour la Pâque protégeait les maisons d'Israël contre le fléau destructeur (Exode 12) ? L'expression « agneau de Dieu » peut enfin rappeler une image traditionnelle au temps de Jésus et qu'on retrouve dans l'Apocalypse (5, 6) : celui qui doit sauver Israël aura l'aspect d'un « agneau à sept cornes », d'un être faible et sans défense mais investi par Dieu d'un pouvoir extraordinaire.

Tous croient par lui

Au temps où s'écrit l'évangile de Jean, Jésus l'agneau de Dieu a été mené à la mort et a vaincu les puissances du mal. Ses disciples savent que si Jean baptisait dans l'eau « pour la rémission des péchés », ce n'était qu'une préparation. Jésus a triomphé du « péché du monde ». Vivant pour toujours, il est la vie, pour tous. Aussitôt après l'annonce de Jésus par le Baptiste, vient l'épisode des noces de Cana (Jn 2). Ce jour-là, le vin, symbole messianique, est versé en abondance. Le baptiseur n'est pas là, mais seulement quelques-uns de ses disciples, ceux qui ont suivi Jésus. Jean Baptiste n'entrera pas dans la salle des noces. Il semble, dit l'exégète Annie Jaubert, « récapituler toutes les voix prophétiques qui annonçaient le Verbe », et il « s'accomplit en disparaissant ». C'était là sa vocation : il n'était pas la lumière, mais il venait rendre témoignage à la lumière pour que tous croient par lui. Tous, et nous aussi.

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org