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Evangile de Jean
1459
Marie de Magdala
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Le Saux Madeleine
Marie de Magdala et le Seigneur ressuscité (Jn 20,11-18)
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Marie de Magdala vient au tombeau « le premier jour de la semaine, à l'aube, alors qu'il faisait encore sombre »...
 

« Près de la croix de Jésus se tenaient debout sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala ». Matthieu et Marc, eux aussi, mentionnent Marie de Magdala parmi ceux qui assistent à la mort de Jésus, mais « regardant à distance » comme les autres femmes qui l'ont « suivi ». Jean la montre « près de la croix » avec la famille la plus proche. La suite du récit porte l'attention sur la mère de Jésus et le disciple qui lui est donné pour fils, sur la mort de Jésus, le coup de lance et la côte transpercée, et enfin sur la mise au tombeau par Joseph d'Arimathie et Nicodème. Dans cette dernière scène le texte précise : « À l'endroit où Jésus avait été crucifié il y avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau tout neuf où jamais personne n'avait été déposé; c'est là qu'ils déposèrent Jésus ».

Marie cherche

Et c'est là que vient Marie de Magdala, « le premier jour de la semaine, à l'aube, alors qu'il faisait encore sombre », autrement dit dès que cela lui est possible, aussitôt après le repos sacré du sabbat et sans même attendre la fin de la nuit. Elle vient pour un corps, cherchant encore ce qui n'est plus comme ceux qui hantent les cimetières. Elle découvre que « la pierre a été enlevée » et en est toute bouleversée. Pour retrouver le corps de Jésus elle donne l'alerte, recourt à Simon-Pierre et à l'autre disciple, implore celui qu'elle prend pour le gardien du jardin : « Dis-moi où tu l'as mis et j'irai le prendre ». Elle cherche en pleurant, et l'on ne sait trop si elle pleure davantage sur celui qu'elle a perdu, ou sur la disparition de ce qu'elle pouvait espérer trouver de lui encore.

Marie pourtant, dans le récit de Jean, cherche déjà plus qu'un mort : « On a enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons où on l'a mis... On a enlevé mon Seigneur ». Elle ne chercherait pas si elle n'avait un peu trouvé. « Celui que j'aime, vous l'avez vu ? », dit la fiancée du Cantique des Cantiques. « Au long de la nuit je cherche celui que j'aime » (Ct 3,1.3). Marie est sûre que son bien-aimé a, est « plus qu'un autre » (Ct 5,9). Et elle est prête à tout.

Marie voit

Alors même « qu'il fait encore sombre », elle « voit que la pierre a été enlevée du tombeau », et elle en déduit que le corps de Jésus a été enlevé. Lorsqu'en pleurant elle se penche vers le tombeau, elle voit deux anges vêtus de blanc, assis à l'endroit même où le corps de Jésus avait été déposé. Ils sont deux comme les témoins qui se veulent crédibles, vêtus de blanc, couleur symbolique de ceux qui représentent la divinité, et ils occupent tout l'espace qu’occupait le mort, « l'un à la tête et l'autre aux pieds ». Il faut pourtant que Marie « se retourne » pour voir « Jésus qui se tenait là ». Encore ne voit-elle d'abord qu'un jardinier, un inconnu. Marie veut voir et ne le peut : « Je le cherche mais ne le rencontre pas » se lamente l'amoureuse éperdue (Ct 3,1).

Marie entend

« Pourquoi pleures-tu ? » lui disent-ils tous. Marie n'émerge de la douleur qui la prend tout entière que lorsque « Jésus lui dit : Marie », c'est alors qu'elle « se retourne » une deuxième fois. Elle reconnaît celui qui « appelle ses brebis chacune par son nom... elles connaissent sa voix » (Jean 10,3-4). Au même instant Marie entend son propre nom et entend le « Maître » qui lui apprend ce qu'elle a besoin de savoir. Il « mène dehors » ses brebis pour qu'elles trouvent leur vie et « elles le suivent ». Marie voulait « prendre » un corps et « l'emporter ». Elle s'entend dire : « Ne me touche pas, ne me retiens pas ». Condition première pour comprendre la nouvelle inouïe et pour la porter à d'autres.

Marie parle

Selon Jean, c'est à Marie de Magdala que Jésus se manifeste d'abord, et non pas à Pierre et aux disciples, même pas à celui qui le premier « a cru ». C'est à elle aussi que l'on confie le message qui va se répandre de proche en proche par toute la terre. Au premier jour de la semaine un monde nouveau commence en ce jardin où un tombeau tout neuf a accueilli le mort du vendredi. Des relations et une vie qui dépassent toute imagination sont révélées : « Va dire à mes frères... mon Père qui est votre Père, mon Dieu qui est votre Dieu ». Et « Marie va annoncer aux disciples : J'ai vu le Seigneur et voilà ce qu'il m'a dit ».

Celle qui a tant aimé, a veillé et trouvé, vu et entendu, non pas ce qu'elle cherchait, mais bien plus, celui qui « monte vers le Père » pour mieux demeurer parmi nous. Jean représente souvent une catégorie de gens par un personnage : ceux qui viennent à la lumière par l'aveugle-né guéri, les Pharisiens de bonne foi par Nicodème, ceux qui ne peuvent croire sans voir par Thomas. Il a fait de Marie de Magdala le type même de ceux qui cherchent parmi les morts celui qui est vivant, mais que l'amour sauve car « l'amour est plus fort que la mort » et que toutes les errances.

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
Jn 20,11-18
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org