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Evangile de Jean
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Jésus
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Beaude Pierre-Marie
Le Jésus de saint Jean
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L'évangéliste Jean, dès le départ, affiche sa conviction...
 

« Au commencement était le Verbe... et le Verbe s'est fait chair ». Saint Jean, dès le départ, affiche sa conviction : ce Jésus de Nazareth qui passa parmi les hommes est le Verbe. Il existe de tout temps. Semblable à la Sagesse qui présidait la création du monde, il était près de Dieu et tout fut créé par lui (Sagesse 9,1-2). Vie, lumière des hommes, voilà qui est Jésus.

De si prestigieuses origines ne peuvent être reconnues au prophète de Nazareth que par un croyant. C'est bien le cas de Jean qui associe étroitement la foi et l'écriture de son évangile : « Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d'autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. Ceux-ci l'ont été pour que vous croiez » (20, 30-31). Dans le portrait qu'il trace de Jésus, Jean dit sa foi, raconte pour qu'à notre tour nous croyions.

Jésus et Jean Baptiste

Situé par le prologue comme la Parole qui était auprès de Dieu, Jésus est situé également dans sa vie historique par rapport à Jean le Baptiste. La forte personnalité de ce dernier n'est contestée par aucun historien, et sans doute l'évangéliste se trouvait-il confronté de la part de certains à l'objection suivante : celui qui a baptisé Jésus n'est-il pas plus grand que lui ? Aussi l'évangéliste prend-il grand soin de montrer que le Baptiste est témoin, et seulement témoin, de Jésus (1,7). Voyant Jésus qui vient vers lui, il déclare : « Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »; et deux de ses disciples le quittent pour suivre le Nazaréen (1,29. 35-36).

Les signes et les œuvres

Voici donc Jésus situé sur le devant de la scène. Nous allons le voir agir et parler. Agir d'abord, et ce sont les signes qu'il pose, dont Cana est le premier (Jean 2). Ils occupent une bonne partie du début de l'évangile. Nicodème, par exemple, déclare : « Personne ne peut accomplir les signes que tu fais si Dieu n'est avec lui » (3,2).

Dans les signes, Cana, la guérison du fils d'un officier, le mystère de Jésus se révèle déjà. Naturellement, Jésus parle aussi, il parle pour appuyer les signes qui orientent vers le mystère de Dieu et son propre mystère. À la différence des autres évangiles, le mot « Royaume » ici n'est pas très présent. Jésus n'est pas d'abord présenté comme un prédicateur du Royaume, mais d'abord comme quelqu'un qui fait des signes. Et ces signes sont comme relayés par un autre mot, important chez Jean : les œuvres. « Ma nourriture, dit Jésus, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre » (4,34). Le Père a donné à Jésus des œuvres à accomplir; elles lui rendent témoignage (5,36). Elles montrent que le Père l'a réellement envoyé en ce monde. Ainsi se dessine progressivement le portrait de Jésus: il opère des signes, des œuvres, et ceci témoigne qu'il est bien envoyé par le Père. Le croyant saura reconnaître cette qualité d'envoyé. Il mettra sa foi en Jésus et celui-ci le conduira au Père.

Voir Jésus

On est ainsi très centré sur la personne du Nazaréen Ces signes qu’il fait invitent à croire, mais croire n'est pas une affaire d'opérations « magiques » ou « matérielles »: « En vérité je vous le dis, ce n'est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que tous avez mangé des pains à satiété » (6,26). Croire est une affaire de rencontre personnelle de l'Envoyé au travers des signes posés. C'est à une personne qu'il s'agit d'adhérer, une personne qui révèle quelque chose du mystère même de Dieu. »

Voir Jésus, croire. Les signes, les œuvres qu'il pose orientent le regard vers lui. Mais il s'agit de regarder jusqu'au bout, jusqu'à cette « heure » où il sera pleinement visible, parce qu'élevé entre ciel et terre. « Et moi, élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi » (12,32). Jésus n'a jamais été aussi visible que sur la croix. C'est pour cette « heure » de grande visibilité qu'il est venu en ce monde, c'est là le grand accomplissement de tous ces signes qui préfiguraient déjà son mystère. Il est donné à voir, totalement, et c'est le moment du croire Au pied de la croix se tiennent Marie et le disciple aimé, qui annoncent déjà le groupe des croyants, l'Église.

À la fin de la passion, le rédacteur ajoute ces simples mots : « Celui qui a vu a rendu témoignage, et son témoignage est conforme à la vérité, et d'ailleurs Celui-là sait qu'il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez » (19,35). Toute la christologie de Jean débouche sur cet appel à la foi. Et quand le ressuscité apparaît aux disciples, c'est encore à la foi qu'il appelle. Les premiers témoins voient et croient. Puis vient le temps de ceux qui croient sans avoir vu : « Parce que tu m'as vu, dit le Seigneur à Thomas, tu as cru. Bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu » (20,29).

Croire sans voir, n'est-ce pas le statut des croyants de tous les, temps et de tous les pays qui se réfèrent à Jésus Christ ? Par sa mort et sa résurrection, Jésus inaugure le temps de l'Église, le temps des sacrements où la présence se donne par la médiation de signes. Temps de l'épreuve et de la foi nourrie par la lecture de l'évangile qui fut écrit « afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant, vous ayez la vie en son nom » (20,31).

© SBEV. Pierre-Marie Beaude

 
 
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