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Evangile de Jean
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Marchadour Alain
L'évangile de Jean : un évangile énigmatique
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Par bien des aspects, l'évangile de Jean est énigmatique...
 

Par bien des aspects, l'évangile de Jean est énigmatique, et il le reste, malgré les tentatives d'explication des spécialistes. Qui est l'auteur de cet écrit si différent des autres ? À quelle époque a-t-il été composé ? Quel public visait-il ? Quelle est sa valeur historique ? Comment l'harmoniser avec les trois autres ? Voilà quelques-unes des obscurités auxquelles les historiens tentent d'apporter un peu de lumière.

Qui a écrit cet évangile ?

Les premiers chrétiens étaient tellement convaincus que Jésus est au centre des évangiles, qu'ils ont laissé dans l'ombre les questions d'auteur. Ce n'est que dans le courant du 2° siècle qu'apparaissent les attributions traditionnelles : évangiles selon Matthieu, selon Marc, selon Luc et selon Jean. Ces rattachements aux apôtres ne seront jamais remis en question dans la tradition de l'Église. Irénée nous rapporte que « Jean le disciple du Seigneur, qui avait reposé la tête sur sa poitrine, publia son évangile alors qu'il se trouvait à Éphèse en Asie ».

Lorsque la critique s'est intéressée aux origines des écrits chrétiens, des questions ont surgi : comment un apôtre aussi inculte que le pêcheur, fils de Zébédée, aurait-il pu écrire un évangile aussi travaillé ? D'où peut bien venir ce langage du Jésus johannique si différent du Jésus des évangiles synoptiques ? Certains ont alors invoqué un curieux texte de Papias, évêque de Hiérapolis (Asie mineure) autour des années 120, citant deux personnages appelés l'un et l'autre du nom de Jean. L'un a été identifié sans l'ombre d'un doute avec le fils de Zébédée; l'autre est associé à un certain Aristion et désigné du nom de « Jean le Presbytre, disciple du Seigneur ». À partir de ce fragment aussi obscur que concis, s'est répandue parmi les savants l'hypothèse que ce Jean pourrait être l'intellectuel capable d'avoir écrit ce chef-d'œuvre.

Un évangile différent

Entre le parcours de Jésus rapporté par les évangiles synoptiques et la version de Jean, comment faire un choix ? En effet non seulement Jean se distingue par son vocabulaire et son ton, mais il est construit en grande partie autour de faits inconnus des trois autres. À quelle tradition a-t-il donc puisé ? Ignorait-il la documentation utilisée par les synoptiques ? Disposait-il d'une source inconnue ?

Il est sûr que cette différence de contenu peut troubler l'observateur. Les noces de Cana (Jean 2) par lesquelles Jésus inaugure sa mission n'ont laissé aucune trace dans les récits synoptiques, pas plus que des personnages aussi impressionnants que Nicodème, la Samaritaine ou l'aveugle-né. Le désaccord le plus troublant porte sur le personnage de Lazare : s'il est vrai que ce dernier a été la cause immédiate de l'arrestation de Jésus, comment expliquer que les évangiles synoptiques n'en aient pas parlé du tout ?

Le lecteur se rassurera en s'appuyant sur la longue séquence de la passion-résurrection commune aux quatre évangélistes. C'est vrai : mais à l'intérieur de ce consensus, que de différences ! L'expulsion des vendeurs du temple qui précède immédiatement l'arrestation de Jésus dans les synoptiques, est placée par Jean au commencement de la vie publique (2,13-22). Le dernier repas de Jésus, pascal dans les synoptiques, ne l'est pas chez Jean : il fait mourir Jésus à l'heure où s'élève le cri des agneaux sacrifiés sur l'esplanade du temple, pour le repas pascal (cf. 18,28). L'agonie décrite avec tant de minutie par les synoptiques a disparu chez Jean; ou plutôt les éléments évoquant la détresse de Jésus ont été répartis ailleurs par Jean, comme s'il voulait éviter tout ce qui pourrait porter atteinte à l'image du Seigneur. La passion elle-même est décrite comme un passage royal du Seigneur Jésus, maître des événements et des hommes : « Sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens, les aima jusqu'au bout » (13,1).

Des origines mystérieuses

Depuis le début du 20° siècle, l'évangile de Jean n'a cessé d'être livré au travail minutieux des critiques. Les énigmes de cet évangile ont suscité des enquêtes dont les résultats souvent contradictoires rempliraient des bibliothèques entières. Cette recherche est austère, parfois décevante, et pourtant nécessaire.

Se nourrir de cette parole de vie

Les lecteurs qui fréquentent Jean ignorent le plus souvent ces recherches savantes. En évoquant ici quelques énigmes de cet évangile sans proposer leur solution possible, je n'ai pas voulu jeter le trouble mais souligner la part d'obscurité qui entoure la naissance de nos évangiles. Il est sans doute dans la nature des textes sacrés de semer autour d'eux le mystère et l'énigme. En devenant sacré, l'évangile efface ses origines. De toute façon, par-delà ces enquêtes toujours incertaines, parfois éclairantes, subsiste l'essentiel : le texte de l'évangile de Jean, avec son intrigue, son souffle narratif, sa construction théologique. Cela signifie que, par-delà le travail de la critique, le lecteur est invité à se nourrir de cette parole de vie transmise par l'évangile de Jean, tel qu'il se donne à lire aujourd'hui.

© SBEV. Alain Marchadour

 
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