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Babylone
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Isaïe
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Marchadour Alain
Isaïe et la chute de Babylone (Is 24-27)
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Les chapitres 24-27 forment un ensemble assez cohérent pour être regroupés sous le nom d' « Apocalypse d'Isaïe »...
 

Les chapitres 24-27 forment un ensemble assez cohérent pour être regroupés sous le nom d' « Apocalypse d'Isaïe ». La chute de Babylone, sous l'assaut des armées de Xerxés ler en 485 a excité l'imagination du monde ancien, au point que certains y ont lu les signes avant-coureurs de la fin du monde.

Dans l'effondrement du monde païen symbolisé par la disparition de la capitale de l'impiété devenue « cité du néant » (Isaïe 24,10), le prophète voit la bataille décisive entre le Dieu des armées et les rois de la terre : « Les rois seront rassemblés, troupe de prisonniers conduits à la fosse » (Isaïe 24,22). Même les animaux mythiques participent à ce combat cosmique et sont vaincus par Yahvé le Dieu guerrier « qui châtiera avec son épée dure, grande et forte Léviathan le serpent fuyard, le serpent tortueux, et tuera la dragon qui habite la mer » (Isaïe 27,1).

Dieu sortira vainqueur de ce grand combat et offrira à ses fidèles, sur la montagne de Jérusalem, un grand banquet, « un festin de viandes grasses, un festin de bons vins » (Isaïe 25,6).

La lumière du passé

Pour décrire l'événement qui retentit dans l'univers tout entier, l'auteur se tourne vers son histoire pour y puiser des mots, des images, du sens. Ce qu'il voit ressemble aux événements fondateurs : « Le Seigneur dévaste la terre et la ravage » (Isaïe 24,1) comme il l'avait fait au temps du déluge (Genèse 6). Comme le péché des hommes avait été à l'origine du premier cataclysme, ainsi « la terre sera profanée sous les pieds de ses habitants car ils ont transgressé les lois, violé le décret, rompu l'alliance éternelle » (Isaïe 24,5). Les habitants sont dispersés (Isaïe 24,1) comme les constructeurs de la tour de Babel ont été disséminés (Genèse 11,1-9).

La préfiguration du futur

Le prophète est un visionnaire. Dans les événements présents éclairés par l'histoire du salut, il pressent les signes avant-coureurs des derniers temps En cela il annonce le genre apocalyptique auquel le prophète Daniel donnera ses lettres de noblesse. Cette littérature connaîtra une grande vogue entre 150 avant J.-C. et 100 après J.-C.; il faudra à la Synagogue et, dans une moindre mesure à l'Église primitive, beaucoup de fermeté pour rejeter ces écrits. « Ceux qui lisent les livres étranges, dit le Talmud, n'entreront pas dans le Royaume des cieux ».

Ces quatre chapitres d'Isaïe comportent la plupart des caractéristiques de cette littérature : ils sont rattachés à une figure prestigieuse du passé. Ils décrivent la fin des temps comme un bouleversement cosmique engageant Dieu et l'ensemble du cosmos : « La lune sera confuse, le soleil aura honte » (Isaïe 24,23). La désolation touche autant les habitants que la cité : « Toute joie a disparu... Dans la ville ce n'est que décombres » (Isaïe 24,12). Les figures mythologiques, longtemps exclues du langage monothéiste, réapparaissent sous les figures fantastiques de Léviathan et du Dragon.

Ce monde en convulsion annonce la création d'une cité nouvelle sans pleurs et sans mort : « Le Seigneur a fait disparaître la mort à jamais, il a essuyé les pleurs sur les visages » (Isaïe 25,8). La mort, la vieille ennemie de l'homme est vaincue. Le visionnaire annonce déjà une certaine résurrection des morts : « Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront » (Isaïe 26,19).

Voilà bien un texte fécond, puisqu'il réussit à éclairer le présent marqué par la chute de Babylone, en s'enracinant sur le passé et en ouvrant sur le futur. L'Apocalypse de Jean s'en inspirera à plusieurs reprises (Ap 7,17; 18,22; 21,4).

© SBEV. Alain Marchadour

 
Is 24-27
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org