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Beaude Pierre-Marie
Isaïe : la jeune femme et l'enfant (Is 7,10-17)
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Mystérieux signe en vérité que propose là Isaïe au nom du Seigneur. Qui est cette femme, qui est cet enfant ?
 

« Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. De crème et de miel il se nourrira pour qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien » (Is 7,14-15). Mystérieux signe en vérité que propose là Isaïe au nom du Seigneur. Qui est cette femme, qui est cet enfant ?

Une ambiance « royale »

Isaïe s'est beaucoup occupé de rois et de grands de ce monde. Non pour les courtiser, mais, en prophète, pour leur montrer le chemin, les reprendre, les encourager. Les chapitres 7 et 8 du livre qui porte son nom se comprennent dans le cadre de la guerre syro-éphraımite qui menace gravement l'existence du royaume de Juda. Le roi de Juda est Akhaz. Dans l'oracle (7, 3-9) qui précède celui qui nous intéresse ici (7,10-17) Isaïe annonce à Akhaz que les rois qui se sont ligués contre lui ne sont pas à craindre. Ce ne sont que des « bouts de tisons fumants ». Ils croient pouvoir mettre un autre roi qu'Akhaz sur le trône de Jérusalem, mais ils se trompent. Ainsi donc, malgré la guerre, l'avenir n'est pas bouché pour Akhaz ni pour sa dynastie. À condition bien sûr qu'il ait foi en son Dieu : « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas » (7,9).

L'oracle (7,10-17), d'où est tiré le verset sur la femme et l'enfant cité au début de cet article, prolonge cette ambiance. Il y est question de rois et de dynastie. C'est pourquoi les exégètes pensent que la « jeune femme » désigne en fait une reine, certainement l'épouse même d'Akhaz puisque c'est à celui-ci que l'oracle est adressé.

De plus, en l'appelant simplement femme, l'oracle ouvre sur tout un univers symbolique : on pense à la première femme Ève, on pense à toutes les femmes dont la femme du roi est un peu comme l'image idéale.

Un enfant au nom merveilleux

L'enfant reçoit un nom : Emmanuel. En hébreu, cela signifie « Dieu avec nous ». Un bien joli nom pour le futur fils d'Akhaz, un nom par lequel Dieu, à travers Isaïe, ouvre l'avenir à l'espoir. Au moment où l'oracle est proféré, la situation politique n'est pas brillante. Mais Dieu ne laissera pas tomber la dynastie d'Akhaz. Un fils va naître, et son nom « Dieu avec nous » sonne comme une promesse de paix et de sécurité, puisque c'est Dieu lui-même, à travers ce fils, qui vivra avec les gens du pays. Un peu plus loin dans le livre, le nom même d'Emmanuel est expliqué comme un signe de victoire : « Prêtez l'oreille, toutes les régions lointaines de la terre ! Ceignez vos armes et soyez écrasés ! Formez un projet, il sera mis en pièces... car Dieu est avec nous »» (8,9-10). Grâce à l'enfant qui va naître, Juda ne sera plus humilié ni vaincu.

Un nom lourd à porter

Le fils d'Akhaz fut Ézékias. Il régna après son père, mais son règne ne fut pas la pleine réalisation de l'espoir soulevé dans l'oracle du prophète. On peut s'en rendre compte en lisant par exemple les chapitres 36 à 38 d'Isaïe. Quel roi d'ailleurs aurait pu avoir cette ambition d'être pleinement, par sa vie et son œuvre, à la hauteur du nom « Dieu avec nous » ? Quel roi aurait pu revendiquer pour nourriture « la crème et le miel », c'est-à-dire une nourriture « digne des dieux », une nourriture qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler la terre promise, pays où coulent « le lait et le miel » ?

La prophétie d'Isaïe appelait en ce sens à voir loin, très loin. Elle appelait à espérer pour l'avenir un héritier royal qui serait vraiment digne d'être appelé « Dieu avec nous ». En d'autres termes, l'oracle d'Isaïe appelait une réinterprétation messianique. Le véritable « Dieu avec nous » était « le » Messie à venir.

Sur ce chemin des réinterprétations du texte d'Isaïe, il faut signaler l'importance de la traduction grecque appelée Septante, traduction faite par des Juifs d'Alexandrie à partir du troisième siècle avant J.-C. La Septante traduit en effet le mot hébreu « jeune femme » par « vierge ». En ce sens, elle augmente l'aspect merveilleux et messianique du texte. C'est cette traduction grecque que l'évangéliste Matthieu 1,23 reprit pour l'appliquer à la naissance « virginale » de Jésus. Pour les chrétiens, en effet, Jésus n'était-il pas le Messie, seul digne de porter le beau nom d'Emmanuel et de sceller une paix durable pour le peuple rassemblé autour de lui ? Jésus est Emmanuel, Emmanuel est Jésus.

 

© SBEV. Pierre-Marie Beaude

 
Is 7,10-17
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org